Et la deflation dans la crise ?

Une recession aux Etats-Unis et le « deleveraging » des banques font craindre un « credit crunch » et, pourquoi pas, une deflation. Retour sur la mue du systeme de credit americain.La fin du rallyEn finance, on appelle « rally » une hausse continue des cours qui profite aux investisseurs. C’est ce qui s’est passe sur les bourses les dernieres annees, et s’est termine avec la crise des subprimes. Cette formidable croissance n’a ete possible que grace a une aussi formidable expansion du credit. Un regard sur la masse monetaire, notamment M3 qui represente l’ensemble des creances, montre que le credit a augmente de 10 a 15% par an. Idem d’ailleurs pour les echanges internationaux. Il y a donc eu une multiplication des echanges et de l’endettement, l’un et l’autre se nourrissant mutuellement : plus j’echange et plus je dois faire appel a des credits, notamment de court terme.Donc, une creation de monnaie beaucoup plus importante que la croissance du PIB. Mais d’ou vient cet argent ? Des banques principalement. Une banque peut creer autant d’argent qu’elle souhaite, a la seule condition qu’elle puisse ensuite donner leur argent a ceux qui le souhaitent. Mais, en general, sauf panique, assez peu de gens demandent a pouvoir retirer tous leurs avoirs, et les banques n’ont souvent en reserve qu’un peu moins de 10% de ce qu’elles ont prete. Il est meme probable que certains credits soient crees a partir de credits, par exemple si j’emprunte 1000 euros a la banque A et les donne a la banque B, celle-ci pourra preter 10 x 1000 euros. Etc. Ce qui forme un immense echaffaudage de credits, dont l’expansion repond plus a des besoin de financement pour l’acceleration des echanges que pour payer son pain le matin. Devant l’emballement de cette masse monetaire, la Fed a meme arrete de calculer sa valeur, il y a 2006. Plus possible, trop complexe.Mais, tout cet edifice repose sur peu de choses. Disons, la confiance et un certain fonctionnement social. La confiance, car tout cet argent créé n’a de valeur que celle que lui donne les gens. Ce ne sont que des chiffres electroniques, sans aucune contrepartie reelle. Le fonctionnement social, parce que la création de monnaie et sa circulation est nécessaire au fonctionnement de l’economie et que tout le monde a donc besoin que tout marche bien.Le debut du deleverageMais, la crise a ebranle un peu cet edifice, et les banques ont commence a « deleverager », c’est-a-dire a liquider leurs dettes, trop dangereuses, et surtout pour retrouver des fonds propres. Il y a donc une decompression, un degonflement de l’edifice du credit. Ce qui se traduit concretement par un ralentissement des credits accordes, une sorte de « credit crunch ». Les banques pretent moins et se debarassent de certaines de leurs dettes.

Il y a donc, a priori, moins de monnaie en circulation. La-dessus, les gens consomment moins, et la demande flechit, ce qui entraine les prix...a la baisse. Il faut bien vendre. Dans un environnement fragile, les entreprises peuvent etre incitees a baisser leurs couts tout en baissant leurs prix pour rester competitive, un dumping concurrentiel. La baisse des prix generalise c’est de la deflation. Bernanke a d’ailleurs fait sur le sujet un speech lumineux.

 

Et le probleme de la deflation, c’est que le cout des dettes augmente. Plus on est endette, et plus on le devient ; l’inverse de l’inflation – pour laquelle les Etats endettes peuvent avoir un certain penchant. On a vu au Japon ce que ca pouvait faire. Et le pire est que les Banques Centrales ne peuvent a peu pres rien faire pour l’empecher une fois qu’elle est la. Juste attendre. Et distribuer du credit.Contre la deflation, l’inflation...ou l’inverseLa meilleure facon de tomber dans une spirale deflationiste sans fin, est de pousser l’inflation en creant de la monnaie. Plus de monnaie, donc de la monnaie de moindre valeur, et augmentation des prix. C’est ce qu’a fait la Fed en 2000-2002 pour eviter une deflation. C’est ce qu’elle fait encore aujourd’hui, aidee tout de meme par la hausse du petrole et matiere 1e. Meme si les deux inflation n’ont pas la meme origine, juste les memes effets.Mais que se passe-t-il quand on a les deux ? La Banque Centrale qui veut creer de la monnaie mais les banques qui n’en veulent pas ? Peut-on avoir d’un cote une inflation apparente due a la hausse de certains biens – mais qui n’est pas une vraie inflation, definie comme une hausse generale des prix – et de l’autre une baisse de la demande et rationnement du credit qui tirent les prix vers le bas ? Un grand ecart ? Ou alors, ce sont les entreprises qui se trouvent pris entre deux feux, celui de l’inflation locale (petrole, mat. 1e) et celui de la deflation generale ?Heureusement pour elles, elles semblent suffisamment diversifiee et internationalisees pour ne pas encaisser a 100% ces contrecoups de l’economie americaine. Du moins les plus grandes. Bon, il n’est pas toujours evident de voir ni d’etre sur de tous les mecanismes economiques a l’oeuvre lors d’une crise. Et tout se passe souvent tres lentement, s’enchaine patiemment, ce qui donne parfois l’impression que les choses vont mieux avec que l’embellie d’un secteur peut signifier la chute d’un autre.

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