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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Édition du matin

Dimanche 18h. Nullité sondagière

C’est donc le Grand Débat ! De ceux qu’adore une presse Rantanplan qui a largement organisé sa couverture de la présidentielle autour de sondages censés pointer les hausses, les rebonds, les disparitions, tout comme ce magnifique concept que sont « les tendances lourdes » ! Ah, la « tendance lourde » ! Donc, disons-le brutalement : Mediapart se moque des sondages. Et nous n’en publierons évidemment pas avant 20 heures, ce dimanche. Pour plusieurs raisons.

C’est donc le Grand Débat ! De ceux qu’adore une presse Rantanplan qui a largement organisé sa couverture de la présidentielle autour de sondages censés pointer les hausses, les rebonds, les disparitions, tout comme ce magnifique concept que sont « les tendances lourdes » ! Ah, la « tendance lourde » ! Donc, disons-le brutalement : Mediapart se moque des sondages. Et nous n’en publierons évidemment pas avant 20 heures, ce dimanche. Pour plusieurs raisons.

Les médias doivent-ils ou non publier dimanche, dès 18 heures, soit deux heures avant la fermeture des derniers bureaux de vote (en zone urbaine), les sondages ? C’est, ces jours-ci, comme en 2007, comme en 2002, le grand charivari qui secoue notre petite planète médiatique. Au moment où les sites Internet de journaux papiers, lourdement déficitaires, sont engagés dans une course frénétique à l’audience et à la recette publicitaire, griller à moindre frais la concurrence peut rapporter gros. Voilà donc l’enjeu : profiter de l’obsolescence de la loi – qui interdit toute publication de sondages ou d’estimations avant 20 heures – pour gagner deux petites heures sur la concurrence et empocher le jackpot…

On peut juger l’exercice nécessaire dans une conception quelque peu dévoyée du droit à l’information. Le raisonnement est simpliste. Quelques centaines d’initiés ayant connaissance, aux alentours de 18 heures, de sondages sorties des urnes ou, aux alentours de 18h30, d’estimations (construites d’après le dépouillement de bureaux tests), il conviendrait que ces ébauches de résultats soient immédiatement accessibles à tous.

L’argument est profondément discutable. D’abord parce qu’il achève de s’émanciper de toute distance critique par rapport à cette formidable machine sondagière qui parasite de plus en plus le débat public. Environ 400 sondages auront été publiés pour cette campagne présidentielle (lire ici l’article de Mathilde Mathieu et Michaël Hajdenberg). Mélenchon a quelques raisons de rappeler le sort qui lui fut réservé par les médias dominants. Ignoré ou moqué tant qu’il fut sous la barre des 8 % puis soudain découvert et souvent contré quand il approcha celle des 15 % .

Il n’était pourtant pas très compliqué, par des reportages, des suivis de meetings, des enquêtes journalistiques de terrain de rendre compte de la dynamique qu’a réussi à créer le candidat du Front de gauche. On pourrait en dire de même pour la plupart des candidats. Le début de campagne tonitruant de Nicolas Sarkozy puis son incapacité à créer une dynamique ; la construction méthodique, faite de prudence et d’évitement, de François Hollande ; l’incapacité de Marine Le Pen à relancer sa campagne. Etc. Les sondages, trop souvent, alimentent la fainéantise journalistique, permettant de faire l’économie de reportages, d’enquêtes, de débats, d’interpellations…

Mediapart n’a jamais commandé de sondages, s’est gardé de les commenter ou de les relayer et, au final, ne le regrette pas. Se passer de cet outil de mesure contraint à en inventer d’autres et à organiser des événements rédactionnels différents. S’en passer autorise à ne pas être noyé dans cette écume de l’actualité ou un sondage du matin est contredit par un sondage du soir, où des Unes de journaux sont construites sur du sable quand elles ne font pas que relayer quelque opération de communication de tel ou tel camp. En ce sens, le fameux “croisement des courbes” Hollande/Sarkozy, rêvé, promis, annoncé par l’UMP fut sans doute l’un des épisodes les plus ridicules de cette campagne, formidable entreprise de diversion par rapport à ces débats de fond que le président candidat en vient à demander aujourd’hui…

Pour cette seule raison, nous n’avons guère envie de plonger la tête la première dans la frénésie sondagière ce dimanche dès 18 heures. Nous donnerons bien sûr, dès 20 heures, à la clôture des bureaux de vote, les estimations : parce qu’elles ne sont pas des sondages mais des évaluations construites au vu de vrais résultats partiels issus des dépouillements de bureaux de vote et dont la fiabilité s’avère infiniment plus grande.

Mais il est une autre raison de fond qui nous incite à patienter jusqu’à 20 heures, dimanche : la sincérité du vote. L’organisation d’un scrutin démocratique, au-delà du principe “un homme/femme–une voix”, c’est aussi l’égalité dans les conditions de vote. Que la révolution numérique ait rendu caduque l’actuelle loi est une chose. Cela n’évacue nullement la question démocratique, celle symbolique de l’exécution d’un rituel citoyen, celle immédiatement politique de l’égalité d’exercice de son droit de vote.

Quelques belles âmes, convoquant la science politique, nous assurent donc que la publication de sondages n’influe en rien les choix individuels comme les résultats du vote (lire par exemple ici l’éditorial de Libération qui, tout en demandant une “distance critique” par rapport aux sondages, annonce qu’il les publiera dimanche à 18h30 !). Oui, on peut faire les calculs : un peu plus d’un million de personnes votent après 18h30 et seraient donc susceptibles de changer leur choix en fonction de “résultats” déjà rendus publics. C’est déjà le cas avec le vote décalé des électeurs d’outre-mer. Mais les études politiques montreraient sans coup férir que cet impact s’avère nul…

La démonstration, peu convaincante reste à faire (lire ici un billet de Jean-Marcel Bouguereau). D’autres rappellent que Le Pen a devancé Jospin en 2002 de moins de 200.000 voix et que la connaissance de sondages en fin d’après-midi auraient peut être pu empêcher la catastrophe… Des conditionnels, des « si »... De fait, nous n’en savons rien, sauf que l’affirmation péremptoire que les sondages n’influent en rien les stratégies de vote relève de l’escroquerie intellectuelle.

La commission des sondages estime qu’une publication anticipée de résultats est susceptible d’altérer la sincérité du scrutin. Le parquet de Paris a d’ailleurs menacé de poursuites les médias publiant ces résultats avant 20 heures. Il est assez plaisant, par ailleurs, de constater que Nicolas Sarkozy, censé être la garant du respect de la loi, la juge “archaïque”, tout en ayant négligé toute les propositions de réforme ces dernières années (lire ses déclarations ici). Le président-candidat, qui dit ne pas « être choqué » par une publication anticipée de tels résultats, mise-t-il sur un effet de dernière heure pour améliorer son score ?

Il reste, in fine, l’essentiel : le plaisir particulier d’une journée d'élection libérée des bruits parasites et laissant à chacun le soin de voter comme il l’entend. C’est d’une telle journée que nous voulons profiter.

Rendez-vous donc dès dimanche sur Mediapart
pour notre journée spécial premier tour :

-       dès 11 heures, le récit en direct d’une journée de vote en France avec tous nos envoyés spéciaux dans les régions

-       toute la journée, la participation de nos abonnés, leurs témoignages et nos réponses à leurs questions

-       dès 20 heures, les estimations puis les premiers résultats

-       dans la soirée, nos envoyés spéciaux dans les sièges de campagne des candidats, entretiens et analyses

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