Le bâton d'abord, la carotte après

Voici 22 semaines que le pouvoir veut faire passer dans l’opinion cette idée simpliste : chaque samedi, quelques petits milliers de décérébré.e.s , toujours les mêmes, casseraient les vitrines et les bonbons de quelques grosses dizaines de millions de satisfait.e.s. Toujours les mêmes également ?

Pas de règlements de comptes à distance, mais il faut bien constater que la tactique est tellement rodée qu’elle a ses victimes plus ou moins consentantes sur Médiapart aussi.

Qu’elles continuent donc de sommeiller jusqu’à la Saint-Glinglin (dirait le jeteur de poudre de perlimpinpin) ! L’heure n’est même plus au jugement d’une politique. Mais bien à ce que nous citoyen.ne.s, adultes ou pas encore, et plus ou moins responsables, entendons par les mots de démocratie et dignité, collective et personnelle.

Oublions les chiffres régulièrement fournis par les préfectures, ils sont totalement fabriqués. Nul.le n’est tenu.e d’aller manifester sa colère dans la rue. D’ailleurs nombre de gens ayant passé le seuil de l’exaspération sont tenu.e.s d’aller bosser le samedi. Par simple réalisme financier, d’une autre sorte que celui qui consiste à remplir les caisses de l’Etat.

Au moins cette catégorie manifestement défavorisée s’épargne-t-elle le désagrément d’être nassée comme un banc de flétans, gazée comme une colonie de blattes, ou piétinée par un troupeau de buffles. J’exagère ? Non mon cher Chèpluki, qui me demandait il n’y a pas si longtemps si je savais ce qu’était une charge de police!!!laughing

Non seulement cette sauvagerie institutionnelle se fait-elle sur commande de l’autorité exécutive, mais elle est désinhibée à un degré jamais atteint. Comment s’en étonner, lorsqu’un président en exercice prétend nier le traumatisme subi par une septuagénaire dissipée, et incapable de courir un 100 mètres/haies en moins de 20 secondes ?

Ce genre d’exactions s’est produit partout, nous sommes nombreux à pouvoir en témoigner. Hélas, nombreux aussi à connaître quelqu’un.e atteint.e dans son intégrité physique. Des vidéos en font foi, des propos haineux sont tenus sous des casques bleus bien plus que sous des gilets jaunes, et des journalistes ne peuvent parfois pas rendre compte. Ni se rendre compte.

Il n’est pas question ici de réduire les forces de l’ordre à cette horreur totalitaire. "Tout le monde déteste la police" avait une valeur de slogan contestataire presque bonhomme, il est désormais un quasi-devoir de l’individu. Tant que nous nous sentirons écrasé.e.s par ce déploiement de moyens guerriers, hors de proportion avec le danger réel…

Modeste retraité pacifique de nature, désargenté sans amertume, et manifestant sous tous les régimes jusqu’à présent, j’ai craint récemment pour ma vie et celle de mes voisin.e.s de bitume. Dans les cités réputées si périlleuses, où les flics ne s’aventurent que peu, cela ne m’est jamais arrivé. Quant aux black blocs présentés comme la terreur absolue, ils sont politisés et ne tuent pas.

Que ce pouvoir cesse d’aboyer pour donner le change! Parce que c’est lui qui est aux abois, mais ce n’est pas la meute d'une vile populace qui le cerne. La carotte promise aux alentours des calendes grecques ne compensera pas le tonfa ouvrant un crâne par l'occiput. 

https://blogs.mediapart.fr/vingtras/blog/140419/la-meilleure-facon-de-marcher

https://blogs.mediapart.fr/ceinna-coll/blog/140419/gj-acte-xxii-paris-13042019

https://blogs.mediapart.fr/jose-espinosa/blog/130419/le-pied-du-mur

https://blogs.mediapart.fr/mustapha-ait-larbi/blog/140419/l-apres-gilets-jaunes-sera-gilets-jaunes-la-victoire-des-mis-terre

ps. Plaisir à constater (sans surprise) que le soleil printanier n'affecte pas les calebasses réfléchissantes cool

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