« Dans les années 1950, pour ceux qu’on a appelés les “intentionnalistes”, Hitler était l’alpha et l’oméga du système. Ensuite, ceux que l’on a appelés les “fonctionnalistes” ont pris le contre-pied de cette hypothèse, en désignant Hitler comme un dictateur faible, n’intervenant guère sur un système complexe, chaotique, capable de fonctionner sans lui. Aujourd’hui, la plupart des historiens reprennent les thèses des fonctionnalistes, mais en les nuançant. À chaque fois que le système avait besoin d’un arbitrage, il revenait vers Hitler. Et toujours celui-ci l’infléchissait dans le sens du pire, c’est-à-dire de la radicalisation… »
Hitler n'a JAMAIS été l'alpha et l'oméga du système.
Le courant appelé "intentionnaliste" (d'ailleurs composite et mal défini) n'a JAMAIS été dominant, et surtout pas dans les années 1950.
Le fonctionnalisme a du plomb dans l'aile, et de plus en plus, les tentatives de le sauver en l'édulcorant étant vouées à l'échec.
Les arbitrages hitlériens étaient loin d'aller constamment "dans le sens du pire, c'est-à-dire de la radicalisation".
Le livre à paraître le 20 février
sur les meurtres de personnes précises ordonnés par Hitler
fait litière de toutes ces allégations.
Les maîtres mots en sont le secret, la méticulosité et le doigté.
Par exemple, tout le monde a écrit (y compris votre serviteur, dans un livre de 2004) à propos de la mort de Georges Mandel, le 7 juillet 1944, que l'ancien chef de cabinet de Clemenceau avait été "assassiné par la Milice en représailles du meurtre de Philippe, Henriot par la Résistance". Il suffisait d'un grain de bon sens pour faire tomber cette thèse en poussière : détenu en Allemagne, Mandel est amené à Paris par les SS. Si le Reich n'est pas enchanté qu'on lui tue en Henriot, membre de la Milice, le pendant vichyssois de Goebbels, la Milice est à son service et non l'inverse. La décision est allemande, l'exécution également (le tueur, certes encarté à la Milice, est avant tout un auxiliaire de la Gestapo).
Outre le fait qu'on ne voit pas bien qui, en Hitlérie, aurait pris la responsabilité de faire trucider une personnalité de ce rang sinon le dictateur, des documents sur ses relations avec Abetz permettent de cerner son rôle.
Non seulement Hitler décide du sort des personnages importants et aussi de nombreux anonymes, mais les décès ont tous une fonction d'intimidation et de chantage envers une personne ou une population précises à un moment donné, ou éliminent tout simplement quelqu'un qui devenait un obstacle.