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Billet de blog 28 juin 2015

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Sur le nazisme, des questions de plus en plus pertinentes

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Au seuil de cet été, les plaies mal guéries des années trente et quarante n’en finissent pas de suppurer, au Moyen-Orient comme en Afrique, en Europe de l’Est comme en Asie et, de plus en plus, dans les pays développés. L’anniversaire du procès de Nuremberg, cet automne, est l’occasion de réfléchir à ce qui, faute d’avoir été analysé, fait retour.

Je m’y efforce dans la nouvelle préface de mon livre de 2006 sur le procès, bientôt réédité en poche aux éditions de l’Archipel. Je mentionne notamment la redécouverte en 2013 par Jack El-Hai de Douglas Kelley, le premier psychiatre américain de la prison de Nuremberg, fasciné par Göring au point de se suicider comme lui au cyanure, en 1958. Ni l’ex-Reichsmarschall ni les autres accusés ne souffraient de pathologies mentales, assénait Kelley au contraire du psychologue Gustav Gilbert, dont le livre est beaucoup plus connu. Ce qui laisse entière la question de la santé mentale de Hitler, que Kelley n’avait pas rencontré mais sur lequel il avait recueilli, avant d’autres, le témoignage de sa secrétaire Christa Schroeder.

Il en tire une conclusion, pour l’époque, magistrale : « Il fut capable, par son dynamisme, son intelligence et son art de manier les gens, d’atteindre une position où, à la fin, ses déviations pathologiques ont pu perturber l’ensemble du monde civilisé, et presque le détruire. » (22 Cells in Nuremberg, New-York, American Book-Stratford Press, 1947, p. 250).

Les chapitres du livre qui avaient été mis en ligne sur le site seront réédités sans changement ou presque :

http://delpla.org/article.php3?id_article=338

http://delpla.org/article.php3?id_article=337

http://delpla.org/article.php3?id_article=321

http://delpla.org/article.php3?id_article=311

Deux analyses novatrices du nazisme sont parues, l’automne dernier, presque en même temps que mon livre Une histoire du Troisième Reich (Perrin, novembre 2014). Elles sont dues respectivement à Johann Chapoutot http://www.delpla.org/site/articles/articles.php?cat=11&id=64 et à Jean-Louis Vullierme. Ce dernier, un philosophe du droit et de la politique, a l’audace encore rare, et néanmoins recommandable, de tenir un blog où il répond sans détours à toute remarque. Nous y débattons depuis quelques semaines sur son ouvrage et sur sa démarche, qui consiste à rechercher la généalogie de la cruauté nazie dans la civilisation occidentale. Je lui propose de cerner de plus près le rôle du chef et de ses deux fantasmes fondamentaux : le cancer juif qui menacerait l’existence même de l’humanité, et la mission, confiée par la Providence à Adolf Hitler, de lutter contre ce fléau. Je regroupe ces fantasmes sous le nom de « folie » mais, si on préfère une formulation d’allure plus savante, on peut se rabattre sans dommage sur l’expression « psychose paranoïaque ».

Le film Himmler / The decent one de Vanessa Lapa, sorti en salles au début de cette année, vient d’être commercialisé sous la forme d’un DVD http://www.allocine.fr/film/fichefilm-226778/dvd-blu-ray/?cproduct=295657 . Interviewé pour le bonus, je fais remarquer que, si Hitler était fou, ses principaux collaborateurs ne l’étaient pas. Une décision aussi irrationnelle que le meurtre intégral des Juifs requérait des exécutants dotés de sens pratique et soucieux d’obéir exactement, plutôt que guidés par leurs propres fantasmes.

Cette folie transparaît aussi dans la vie privée du dictateur que j’ai étudiée en 2005 dans un livre, les Tentatrices du diable, bientôt réédité en poche lui aussi (vraisemblablement sous un titre plus explicite…). Il a contribué à l’inspiration d’un roman d’Alain Régus, le Journal d’Eva Braun, à paraître le 2 juillet chez Presse-Pocket.

La personnalité de Hitler et l’intelligence avec laquelle il menait sa barque ont suscité l’émergence d’adversaires solides et énergiques, qui refusaient de le suivre dans ses intrigues. L’un des moins connus est le pape Pie XI, revenu d’une complaisance initiale pendant les deux dernières années de son pontificat, comme en témoigne l’encyclique antinazie « Mit brennender Sorge » de mars 1937 ; il s’ensuit de grands écarts avec la Curie, qui ne sont pas sans préfigurer des événements récents. L’encyclique de 1937 vient de faire l’objet d’un colloque à Brest, dont les actes, où je signe quelques pages, seront disponibles dès le 10 septembre aux éditions Dialogues.

Cet été devrait être propice, notamment, à la rédaction des recensions sur mon Histoire du Troisième Reich, et l’automne à leur parution.

Elles ont pris un peu de retard, y compris, ô Antoine, sur Mediapart, sans doute à cause de l’ampleur de la matière et peut-être aussi d’une manière de la traiter qui contrarie certaines habitudes. Mieux vaut tard que jamais, et les ouvriers de la onzième heure seront les bienvenus : après tout, un article résumant mon livre de janvier 2013 sur la prise du pouvoir est bien en instance de parution dans le numéro de septembre de la revue Commentaire.

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