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Billet de blog 29 août 2013

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La défaillance de Mediapart devant la menace de guerre d'août 2013

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce 29 août au matin, la certitude absolue d'une utilisation massive de l'arme chimique par le gouvernement syrien, le 21 août, contre la population civile d'un quarter de Damas favorable à l'opposition, fait place, dans la bouche de Barack Obama et de David Cameron, à la reconnaissance du caractère douteux de ce diagnostic. La décision, annoncée ces jours derniers comme ferme, de frappes aériennes de l'OTAN contre des cibles militaires syriennes est donc suspendue et le délai de quatre jours demandé par Ban Ki-moon pour que l'ONU statue sur le dossier a été accordé.

Il se trouve que notre cher Mediapart a, dans un article de Thomas Cantaloube, piètrement justifié par lui-même sur un billet de blog,  http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-guemriche/270813/syrie-la-reponse-de-thomas-cantaloube-et-ma-reponse-la-reponset et un autre de Caroline Donati http://www.mediapart.fr/journal/international/270813/armes-chimiques-en-syrie-ce-qui-sest-passe-le-21-aout , hurlé manifestement avec les loups et rejoint un choeur politique et médiatique dont, en France, François Hollande et Laurent Fabius avaient pris la tête, sans état d'âme apparent.

Si nous avons échappé pour l'instant, de très peu, à une nouvelle intrusion brutalissime de l'Occident pour séparer des combattants du Tiers-monde largement couvés et armés par lui, on ne peut donc pas dire que l'esprit critique de Mediapart y ait concouru et on peut même dire tout le contraire, surtout si on considère la gestion, par la rédaction, des commentaires très majoritairement hostiles, écoeurés ou affligés, et en général très pertinents, qui ont salué ces deux articles : silence complet d'Edwy Plenel et de la rédaction, nombreuses "dépublications par la rédaction" de messages dont ceux qui avaient eu le temps de les lire vantaient parfois la qualité et la mesure et, pour finir, publication hier 28 août d'un article de François Bonnet  http://www.mediapart.fr/journal/international/280813/syrie-la-guerre-les-silences-et-les-mensonges réparateur sans le dire, mais a minima,  ne reprenant pas les énormités de Caroline Donati mais recommandant globalement son article et réintroduisant une alouette de doute dans le cheval des certitudes, tout en étant apparemment plus tolérant dans le traitement des commentaires.

Cette crise, car c'en est une, a été jalonnée d'annonces de désabonnement. J'ai désapprouvé cette réaction et maintiens ici cette position. On peut, on doit encore espérer qu'il s'agisse d'une crise de croissance, et que l'encourageant exemple d'un journalisme d'investigation honnête et perspicace donné depuis des années, et surtout depuis le 4 décembre dernier, sur des affaires franco-françaises va pouvoir, dans la période qui vient, être mondialisé : qu'est-ce qui empêcherait cette rédaction d'étendre son combat contre l'enfumage et la désinformation aux rapports internationaux ?

Le reflux actuel du bras des brutes occidentales doit de toute évidence beaucoup à la marque laissée dans l'opinion mondiale par les mensonges anglais et américains de 2003, très souvent évoqués dans les commentaires ici comme ailleurs. Les images des affabulations de Colin Powell devant l'assemblée générale de l'ONU ont été reproduites un peu partout et sont en passe de devenir proverbiales, à l'instar de celle de Cahuzac pataugeant, devant le parlement français, dans sa "spirale du mensonge".  

Je souhaite donc amicalement aux journalistes, qui probablement nous préparent un message d'excuses, de fructueuses discussions pour tirer de la crise les leçons les plus concrètes et les plus fécondes.

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