L’acquittement de Laurent Gbagbo ne dispense pas de compassion pour les victimes

La Cour pénale internationale (CPI) vient de se prononcer sur la demande d'acquittement et de mise en liberté provisoire de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, jugés pour des crimes contre l'humanité. Les deux hommes ont été acquittés, au terme d’un procès-fleuve et de sept ans de détention.

S’il est fort probable que le procureur fasse appel de cette décision, les partisans de l’ancien Chef de l’Etat et de l’ex-leader ‘’des jeunes patriotes’’ n’ont pas caché leur joie à l’annonce de la remise en liberté (même provisoire) de leurs leaders.

Cette libération pourrait permettre de désarmer les cœurs des GOR (Gbagbo Ou Rien), et d’accélérer le processus de réconciliation nationale enclenché par le Président Alassane Ouattara depuis son accession à la magistrature suprême.

L’ordonnance d’amnistie du 06 août 2018, qui a occasionné la libération des prisonniers civils de la crise post-électorale, est la preuve de l’engagement du Chef de l’Etat en faveur de la réconciliation nationale et de l’union des filles et des fils de la Côte d’Ivoire.

Le premier acte de cette réconciliation a été de préserver la vie des ‘’refondateurs’’ au terme de la guerre.

Le deuxième acte a consisté en la mise sur pied d’une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, qui avait pour objectif d’œuvrer en toute indépendance à la réconciliation nationale et au renforcement de la cohésion sociale entre toutes les communautés vivant en Côte d’Ivoire par le biais de mécanismes de justice traditionnelle.

Le troisième acte a été le lancement du processus d’indemnisation des victimes de la crise post-électorale à travers la création d’un Ministère chargé de l’indemnisation des victimes.

Certes, il est appréciable de voir un ami, un frère, un leader, un compatriote en liberté après sept années de privation de liberté, mais il est également bon et indispensable de voir les cœurs des victimes s’apaiser.

C’est pourquoi, au-delà de l’émotion que la libération provisoire de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé pourrait susciter, les Ivoiriens dans leur ensemble et, en particulier, les bourreaux devraient faire acte de contrition en ayant une pensée pieuse pour les disparus de la crise post-électorale et de la compassion pour les victimes.

Le pardon et la réconciliation nationale passent par ces actes simples, remplis d’humilité.

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