Vœux de Konan Bédié aux Ivoiriens : un pamphlet truffé de contrevérités

A l’occasion de la nouvelle année 2019, le Président du PDCI-RDA a adressé un message de vœux aux Ivoiriens. Il y accumule les approximations et les contrevérités manifestes.

Dans son message tout comme dans celui qu’il a délivré lors de sa rencontre, le mercredi 16 janvier 2019, avec les Vice-Présidents de son Parti, Monsieur Bédié dresse un tableau sombre de la situation socio-politique de la Côte d’Ivoire, qui appelle de notre part un certain nombre d’observations.

Primo, Monsieur Bédié affirme dans son message aux Ivoiriens que le parti unifié RHDP, a été « illégalement et précipitamment constitué, le 16 juillet 2018 ». Il enfonce le clou lors de sa rencontre avec les Vice-Présidents de son parti en déclarant que cette Assemblée Générale était illégale pour deux raisons. La première est qu’elle n’aurait pas été été convoquée et présidée par le Président du Présidium du RHDP qu’il était, conformément aux textes fondant le groupement politique RHDP. La seconde raison est qu’elle ne respecterait pas également le projet des statuts et de règlement intérieur du Parti unifié RHDP qui impose un délai de 12 à 18 mois pour la création du parti unifié dénommé RHDP. Il est bon de rappeler que le processus de création du parti unifié, commencé en 2005, a suivi de nombreuses étapes avant d’aboutir à la signature, le 12 avril 2018, de l’Accord politique portant création du Parti unifié.

Le Président du PDCI-RDA a pris une part active et prépondérante à toutes les étapes, notamment à travers l’appel de Daoukro, le 17 septembre 2014, devant aboutir, à sa demande, à un parti unifié dénommé PDCI-RDR ; ensuite la création, le 31 octobre 2017, d’un Comité de Haut Niveau pour la mise en place du parti unifié RHDP, chargé de la rédaction du Manifeste pour la création dudit parti ainsi que ses Statuts et Règlement intérieur; la rédaction, le 10 avril 2018, d’un communiqué conjoint adoptant le principe de l’Accord politique pour la création du parti unifié dénommé RHDP, conformément aux conclusions des travaux du Comité de haut niveau et enfin, la signature, le 12 avril 2018, de l’Accord politique pour la création du parti unifié dénommé RHDP. De plus, la convocation de l’Assemblée Générale constitutive du parti unifié RHDP s’est faite selon les règles de fonctionnement du groupement politique RHDP et le Président Bédié a autorisé trois cadres de son parti, à participer à cette Assemblée Générale. Le Président du PDCI-RDA a donc été mal inspiré de dénoncer l’Accord politique et d’affirmer que le parti unifié RHDP a été illégalement et précipitamment constitué.

Secundo, le Président Bédié déclare que ‘’la création précipitée et illégale’’ du Parti unifié RHDP s’est faite dans le seul dessein d’éviter l’application du second volet de l’appel de Daoukro, consacrant l’alternance en 2020 en faveur du PDCI-RDA. Sur ce point également, il semble que le ‘’candidat déclaré du PDCI-RDA’’ à l’élection présidentielle de 2020 ait pris ses désirs pour la réalité.

En effet, le Président Alassane Ouattara a affirmé publiquement et à plusieurs reprises n’avoir jamais fait de promesses d’une alternance au profit d’un candidat du PDCI-RDA en 2020. Il a toujours indiqué que lui et le Président Bédié choisiraient ensemble, à l’intérieur du parti unifié RHDP, le candidat le plus compétent, quel que soit son parti d’origine, pour représenter le RHDP à la présidentielle de 2020.

De plus, le fait pour le Président Bédié de lier la réélection du Président Ouattara en 2015 à l’appel de Daoukro relève de la manipulation intellectuelle. La gouvernance moderne imprimée par le Président Alassane Ouattara à l’action publique, la réalisation des grands travaux d’infrastructures et les performances économiques exceptionnelles de la Côte d’Ivoire plaidaient en faveur de sa réélection pour un second mandat quel que soit le cas de figure. Le Président Bédié avait d’ailleurs vu juste en affirmant lors de l’inauguration du 3e Pont que « cet ouvrage valait à lui seul deux mandats » au Président Ouattara.

Tertio, le Président Bédié fait une critique acerbe de la gouvernance démocratique en Côte d’Ivoire en déclarant que ‘’les élections municipales et régionales ont été entachées de beaucoup d’irrégularités ; démontrant ainsi l’incapacité du régime au pouvoir à être impartial, juste et véritablement démocratique’’. Le Président du PDCI-RDA fait preuve ici d’une mémoire sélective en reconnaissant la crédibilité du scrutin dans les localités où son Parti l’a emporté et en dénonçant les conditions d’organisation de l’élection dans les circonscriptions qui ont été défavorables à ses candidats.

Le Président Bédié dénonce également une forfaiture qu’aurait commise le RHDP en contraignant certains Elus du PDCI-RDA à offrir leur victoire au RHDP. Une telle assertion relève d’une gymnastique intellectuelle de mauvaise foi car le PDCI-RDA était bien heureux et fier d’accueillir l’honorable Tia André, Député de Man élu sous l’étiquette RDR, qui a récemment rejoint les rangs de la formation du Président Bédié. La vérité est qu’un Elu peut changer de formation politique par conviction et non sous la contrainte comme cela se voit même dans les démocraties occidentales.

Quarto, Monsieur Konan Bédié souhaite une réforme profonde de la commission Electorale Indépendante. C’est le lieu de rappeler que la CEI actuelle est le fruit d’un large consensus de tous les acteurs politiques majeurs ivoiriens, à l’issue de la grave crise post-électorale que notre pays a traversée. Cette Commission a organisé sept élections au cours de ces dernières années : deux élections législatives, deux élections locales, une élection présidentielle, une élection sénatoriale et le référendum pour l’adoption de la Constitution de la 3e République. Le Président Bédié n’a pas trouvé à redire sur les conditions d’organisation de ces différents scrutins. Il a suffi qu’il se mette dans la posture d’un opposant irréductible au pouvoir pour accuser cette Commission de tous les péchés d’Israël.

En tout état de cause, le Président Ouattara a annoncé le réexamen de la composition de la Commission Electorale Indépendante conformément aux recommandations de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Et le Président Bédié, qui n’a jamais été un houphouëtiste convaincu, qui s’est attelé à effacer les traces du président Félix Houphouët-Boigny dès son accession à la magistrature suprême en décembre 1993 avec, notamment, la création du Cercle National Bédié (CNB), un de ses nombreux clubs de soutien qui étaient mieux financé que le Parti créé par le Président du Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, ainsi que la quasi délocalisation de la capitale politique à Daoukro, devra se résigner à se soumettre au suffrage des Ivoiriens dans un environnement concurrentiel ; lui qui nourrissait le secret espoir d’être le candidat unique du RHDP.

Ce schéma devrait sonner le glas de sa carrière politique et l’envoyer définitivement à la retraite politique pour le plus grand bien de la démocratie ivoirienne.

 

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