L’opposition ivoirienne à la croisée des chemins

L’opposition ivoirienne, dans sa volonté de reconquête du pouvoir d’Etat, a commis une erreur stratégique en privilégiant la voie des armes à la voie des urnes.

En effet, la bataille de la communication menée, avec de grands moyens et des lobbys, pour salir la réputation du Président Alassane Ouattara, réclamer la recomposition de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et exiger la réforme du Conseil Constitutionnel avait un objectif précis : discréditer les Institutions de la République et faire un coup d’Etat militaire.

La désobéissance civile initiée par cette opposition ainsi que le boycott actif lancé pour empêcher les électeurs d’exercer leur devoir civique en espérant créer le chaos dans le pays à travers des affrontements intercommunautaires, s’inscrivaient dans cette démarche de sédition, qui devait être couronnée par l’arrivée au pouvoir du Conseil National de Transition (CNT) dirigé par le Président Henri Konan Bédié.

Face à cette attitude, la question suivante mérite d’être posée : comment des hommes politiques qui affirment porter un idéal et un projet de société pour leurs concitoyens en sont-ils arrivés à cette solution irrévérencieuse ? L’explication est toute simple et trouve son fondement dans le marché de dupes passé entre le Président Henri Konan Bédié et l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro.

En effet, selon certaines indiscrétions, la candidature à l’élection présidentielle du Président Alassane Ouattara après le décès du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, les tentatives infructueuses du Président Bédié d’obtenir le soutien de Guillaume Soro et de Laurent Gbagbo à sa candidature et le bilan élogieux du pouvoir RHDP à la tête de l’Etat, ont fini par convaincre le candidat du PDCI-RDA, qui a fait de son retour au pouvoir une question d’honneur, d’accepter le plan de déstabilisation des Institutions de la République que lui proposait le Président de Générations et Peuples Solidaires (GPS).

Mais là où le bât blesse, c’est que Guillaume Soro ne se serait pas arrêté en si bon chemin si son plan machiavélique avait marché. Il aurait fini par déstabiliser à son tour le Président Bédié pour s’emparer du pouvoir et réaliser ainsi l’ambition que lui prédisaient ses devins.

Aussi, le Président Henri Konan Bédié devrait-il saisir la main tendue du Président Alassane Ouattara pour une décrispation du climat sociopolitique sans poser de préalables. La politique étant la saine appréciation des réalités du moment, bonnes ou mauvaises, l’opposition ivoirienne, après l’échec de sa tentative de déstabilisation des Institutions de la République, ne dispose pas de leviers nécessaires pour faire du chantage au pouvoir.

Cette opposition, à la croisée des chemins, devrait donc faire amende honorable en revenant à la table des négociations. C’est à cette seule condition qu’elle retrouvera le peu de crédit qui lui reste. C’est également l’une des rares occasions qui s’offrent au Président Henri Konan Bédié pour éviter l’humiliation que pourraient lui faire subir les jeunes loups de son Parti décidés à tourner sa page.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.