COMMENT LA POLOGNE A TERNI L’IMAGE DES POLONAIS

Si les gouvernants polonais semblent se délecter de l’hégémonie de leur pouvoir, ils n’ont assurément pas perçu le mal causé aux Polonais et à leurs entreprises en termes d’image dans l’opinion publique européenne.

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HALTE AUX TABOUS !


Joanna vit en France depuis 1989 ; en 30 ans, elle a vu évoluer sa Pologne natale, passer du bloc communiste à l’Union Européenne ce pays de 38 millions d’habitants qui a su rendre l’impossible possible, devenir cette économie moderne et florissante d’Europe centrale où les plus grands groupes capitalistiques français avaient plaisir d’investir. Tant intégrée à la France qu’attachée à ses racines, Joanna était fière d’être Polonaise. 2021 ; le parti « Droit et Justice » gouverne la Pologne depuis 2015 ; 6 ans auront été suffisants pour que la Pologne se mette à dos ses principaux alliés économiques. Du communisme soviétique, elle est dorénavant passée à un « communisme à la polonaise » ; Joanna n’avoue plus qu’à demi-mot d’où elle vient.


Yves est expatrié à Varsovie depuis 20 ans. Ses amis juges redoutent des sanctions disciplinaires abusives, les entrepreneurs des saisies injustifiées, les avocats de ne pouvoir exercer les droits de la défense. Il voit les rues de la capitale polonaise se remplir de manifestants désirant que les droits humains fondamentaux soient à nouveau appliqués. Yves a connu une Pologne alors unie et moderne, aujourd’hui divisée et rétrograde.


Jan investit ses millions en France ; il acquiert une société française déjà active sur le marché plutôt que d’être confronté aux difficultés administratives que connaissent en France les sociétés polonaises. Tomasz, chauffeur routier, sillonne au quotidien les autoroutes et approvisionne l’Europe ; la boule au ventre, il ne comprend pas pourquoi en France sa plaque d’immatriculation polonaise est la cible de tant de contrôles.


On le voit, c’est un malaise des Polonais vis-à-vis de l’image que renvoie leur pays, et un malaise de la communauté internationale vis-à-vis de la Pologne.


LA POLOGNE S'EST ELLE-MÊME DISCREDITEE


Le dénigrement de la Pologne dans les médias internationaux a pour cause indéniable son comportement politique tant en interne qu’à l’international. Au niveau européen et médiatique, la Pologne se résume actuellement aux seuls mots : populisme, atteintes à l’état de droit, entraves à l’indépendance de la justice, zones anti-lgbt, suppression du droit à l’avortement, blocages au niveau de l’UE, dérives démocratiques, réécriture de l’Histoire, atteinte à la liberté des médias ; voilà les informations révoltantes qui nous parviennent quotidiennement de Pologne.


Voulant se doter de force de persuasion vis-à-vis de ses partenaires européens, la Pologne est au contraire parvenue à se discréditer en déconstruisant l’état de droit et les libertés fondamentales ; par son incompréhension de la règle du jeu européenne, et par sa communication politique déconnectée et malhabile, elle a montré sa faiblesse.


Si les entreprises polonaises essaient de faire bonne figure malgré le contexte politico-économique actuel, il y a là un grave sujet de préoccupation qui rejaillit sur une nation entière. En effet, les Polonais paient l’arrogance politique au prix d’une déconsidération généralisée.


Nourrie depuis 6 ans des dérives polonaises, l’opinion publique française s’est ainsi façonné de la Pologne l’image d’un pays gouverné par des idées à combattre, dont tout individu ou toute entreprise porte individuellement le poids de l’image globalement ternie.

POSER LE DIAGNOSTIC POUR SAVOIR SOIGNER LE MAL


Alors que règne non seulement une hypocrisie de forme dans le monde politique et diplomatique, mais surtout une discorde de fond entre les nations, une telle situation ne peut demeurer sans réaction. Le discrédit dans lequel s’est jetée la Pologne appelle une réaction économique ferme ; il importe de montrer au niveau international que la Pologne et les Polonais ne se limitent pas à l’image caricaturale qui en est donnée par leurs pouvoirs publics. Joanna, Yves, Jan, Tomasz, et les Polonais d’origine et de coeur attendent de pouvoir à nouveau être fiers de la Pologne. L’attente des présidentielles de 2025 et le statu quo actuel ne sont pas une stratégie viable.


Ce que l’Etat a déconstruit, c’est maintenant au peuple et aux patrons de le reconstruire. La réhabilitation de l’image des Polonais et de leurs entreprises ne se fera que de manière totalement indépendante des pouvoirs publics. Si l’image du business polonais a été ternie par l’Etat, elle ne pourra être réhabilitée qu’en se dissociant de celui qui a failli dans sa mission de promotion de ses entreprises.


L’Europe a besoin de la Pologne, des Polonais, de leurs produits et services, de leur modernité et haute technicité ; les Polonais ont quant à eux besoin de retrouver la confiance de l’Europe. Ils ont maintenant en main leur propre destin et celui de leurs entreprises.

Les prénoms utilisés dans la présente tribune sont fictifs.

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