De l'art de diviser pour mieux régner.

Emmanuel Macron s'inspire visiblement d'une double lecture, située à la fois dans les écrits de Machiavel et de ceux de Clausewitz.

Du premier, il a retenu la nécessité de séparer la politique de la morale et le recours à la rhétorique comme alternative à la force pour parvenir à ses fins.
Du second, il a lu que la guerre était un duel visant à contraindre l’autre à exécuter sa volonté. Il en a alors retenu, ainsi que l’a fait plus tard Ferdinand Foch, qu’il fallait en déduire la nécessité d’une offensive à outrance pour s’assurer la victoire.

On pourra toujours gloser sur son accession au pouvoir, construite autant sur la faiblesses des forces adverses que sur ses qualités de stratège apte à en tirer un profit personnel. Il n’en demeure pas moins que sa stratégie s’est déjà montrée fort habile à cette occasion majeure.La manière avec laquelle il mène sa campagne de réformes à marche forcée est un autre exemple de sa lecture profitable des auteurs cités plus avant.
Plus qu’aucun de ses prédecesseurs, il est passé maître dans l’art d’opposer ses adversaires entre eux pour obtenir le mouvement de déséquilibre lui permettant de les projeter à terre – autre métaphore tirée cette fois de l’art du judo japonais.
Après avoir observé les divisions de la gauche, de la droite et du centre de l’échiquier politique français, il a su proposer une autre forme d’image d’homme politique susceptible de séduire – à défaut de convaincre – une majorité d’électeurs.
Conforté ensuite par une large majorité de parlementaires qui lui sont redevables de leur élection, il mène depuis chacune de ses réformes avec la même tactique : l’obsession du but (ISF, Code du travail, SNCF), une rhétorique visant à démontrer une volonté affirmée de concertation et un passage en force par le biais des ordonnances. Machiavel et Clausewitz.

À chaque fois, le même moyen : dividere ad imperare, la division de ses adversaires pour mieux régner.
Contre les salariés, il joue l’opposition entre syndicats. Contre les retraités, il joue l’intérêt des salariés. Contre les cheminots, il joue l’opinion des usagers et des salariés du privés. Contre les fonctionnaires, celle des salariés du privés. Contre les chômeurs, celle des salariés. Contre les migrants, celle de tous les Français. Avec toujours le même argument : celui qui en a moins est incité à s’opposer à celui qui en a un peu plus pour réclamer que soient rabotés ses avantages. Le nivellement par le bas, en quelque sorte.

Voilà une belle victoire : celle des champs de bataille où ne restent que des cadavres et des mutilés pour célébrer le vainqueur.

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