RÉSISTANTS, DISSIDENTS, LANCEURS D’ALERTES : MAIS OÙ TROUVENT-ILS.ELLES LEUR COURAGE?

UNE NOUVELLE ENQUÊTE DE L’IMPERTINENT !

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Mary Fulbrook, historienne britannique, s’interroge dans cette citation tirée de son remarquable Anatomy of a dictatorship sur les motivations de ces dissidents de l’ancienne RDA, aux moyens dérisoires et courant des risques considérables, face à un système totalitaire à la surveillance omniprésente et qui semblait jusqu’à ses toutes dernières heures tout-puissant.

Une telle interrogation peut s’appliquer à tous ces phénomènes de résistance passée et présente à l’oppression, et en particulier dans nos sociétés capitalistes aux lanceurs d’alertes, toujours sans la moindre protection réelle en France. La loi Sapin 2 est une véritable farce (au passage largement inspirée par Transparency International France, ONG financée par les grandes entreprises… un gage de combativité) et même un piège dangereux pour les lanceurs d’alerte, qu’on oblige à en référer d’abord à leurs hiérarchies sous peine d’illégalité… autrement dit le meilleur moyen d’être sanctionné immédiatement et d’étouffer l’affaire. Le gouvernement actuel et son partenaire industriel le MEDEF semblent d’ailleurs très peu motivés pour renforcer leur protection dans le nouveau code du travail : on comprend aisément pourquoi.

Ces lanceurs d’alertes paient la plupart du temps un prix personnel colossal pour leurs actions contre des entreprises criminelles, aux moyens de dissimulation et de représailles sans commune mesure avec ceux de lanceurs d’alertes qui ne peuvent aujourd’hui réellement compter que sur eux-mêmes. Très peu de success stories médiatiques à la Irène Frachon (lanceuse d’alerte du Mediator) : la vaste majorité reste anonyme, sans aucune reconnaissance et perdent le plus souvent absolument tout dans l’histoire : travail, carrière, finances, santé, couple ; et parfois, en toute discrétion, leur vie même lorsqu’ils sont deviennent vraiment trop gênants pour des gens un trop « respectables », ou lorsque la dépression post-traumatique les pousse au suicide.

Comment expliquer un tel courage, pour ne pas dire une telle « folie » chez ce nombre infime de personnes ayant à toutes les époques ce pouvoir étrange de dire non ? Car en effet la « normalité » c’est au fond que l’on se conforme aux pratiques communément acceptées autour de soi, sans trop poser de questions, sans faire de vagues, en détournant le regard au besoin, bref pour continuer à mener une vie « normale »… Le bon père de famille propre sur lui, bureaucrate scrupuleux et zélé, est le parfait membre du parti dans une société totalitaire, tout comme le cadre supérieur corporated’une grande entreprise aux pratiques douteuses.

Albert Einstein avait vu juste en disant : « Le monde est dangereux non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Au travers d’une galerie de portrait d’hommes et de femmes tout à fait exceptionnel.le.s « qui ne laissent pas faire », L’impertinent se propose de mener l’enquête pour tenter de percer le mystère des origines de ce bien radical … qui pas plus que le mal radical, n’a strictement rien de banal… Il y a de par le monde, appelons-le un chat un chat, de bien belles ordures (on compterait de 1 à 4% de psychopathes en moyenne dans la population, dans toutes les classes sociales), mais il y a aussi des êtres humains dont la grandeur d’âme, l’altruisme et la bravoure ne peut pas nous rendre complètement misanthrope.

Première figure à venir prochainement dans cette nouvelle série, Fritz Kolbe, certainement le résistant le plus important au coeur du IIIème Reich, modeste bureaucrate que rien ne prédestinait à une telle action surhumaine, injustement méconnu et auquel L’impertinent souhaite rendre hommage.

A très vite…

 

© Francois Serrano 2017

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