JEAN-MICHEL BLANQUER SOUTIENDRA-T-IL LES RASED ?

Lors de sa prestation devant la Commission des affaires culturelles et de l’éducation, Jean-Michel Blanquer a évoqué une possible réorganisation des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté, qui s’appuierait sur « la dernière étude faite sur les RASED ».

Lors de sa prestation devant la Commission des affaires culturelles et de l’éducation, Jean-Michel Blanquer a évoqué une possible réorganisation des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté, qui s’appuierait sur « la dernière étude faite sur les RASED », dont les résultats et la démarche scientifique sont largement remis en cause par les professionnels concernés dont le ministre réaffirme toutefois les compétences et les fonctions distinctes (« psychologue, maître E et maître G »).

 

OU L’ON REPARLE DES RASED - Malgré les nombreuses alertes qu’ils ont lancées sur la situation de l’école primaire, et les propositions adressées au Ministère lors de la refonte de la formation spécialisée notamment, au travers de leurs associations professionnelles ou dans le cadre du Collectif RASED, les enseignants spécialisés des RASED peinent à se faire entendre. Il pourrait paraître de bon augure que le nouveau ministre évoque une réflexion à leur sujet.

Néanmoins le Ministre entend, semble-t-il, s’appuyer sur une étude de l’IREDU intitulée Quels effets du passage en Rased sur le parcours scolaire des élèves ? (Bonnard, Giret et Sauvageot, février 2017), dont le caractère scientifique est pour le moins contestable. Plusieurs analyses critiques de cette étude avaient été publiées à l’époque, malheureusement beaucoup moins relayées dans la presse que l’étude elle-même.

 

QU’EST-CE QUE LE RASED ? - Il existe des enfants qui, à un moment de leur scolarité, le plus souvent en l'absence de troubles ou de handicap, ou malgré le recours à des aides extérieures à l’école, ne parviennent pas à répondre à aux exigences de l’école et à mobiliser leur pensée de manière efficace pour devenir élèves. Parmi ces enfants, certains ne peuvent pas se saisir des aides qui leur sont proposées en classe et se trouvent en grande difficulté à l’école. Au sein de l’école française, le dispositif RASED prend en compte la situation de ces élèves pour leur apporter une réponse originale et individualisée, en complémentarité avec le travail de l’enseignant de la classe et en relation avec la famille, dans une réflexion conjointe.

 

L’ETUDE DE L’IREDU : UNE IMPOSTURE SCIENTIFIQUE - Cette étude,  basée sur un panel d’élèves datant de 1997, veut nous apprendre que les RASED auraient un impact négatif sur les parcours scolaires des élèves. Ne s’appuyant que sur une littérature défavorable aux RASED, et ne s’intéressant qu’à une intervention du RASED en CP, elle prétend qu’un « effet d’étiquetage » (élève en difficulté) et un « effet de substitution » (l’aide spécialisée se substituant aux apprentissages dans la classe) en seraient responsables, conformément au très controversé rapport Mingat (1991 !) sur lequel elle s’appuie. Elle remet en cause les critères qui seraient retenus pour « sélectionner » les élèves qui bénéficieront du RASED. Elle préconise, dans sa conclusion, d’abandonner les programmes spécifiques aux élèves les plus fragiles pour proposer des programmes qui s’adressent à la classe entière.

 

La difficulté scolaire est complexe - Les auteurs définissent la difficulté scolaire relevant de l’action du RASED  à partir de trois critères : appréciation du comportement de l’élève par l’enseignant, « résultats aux évaluations nationales » à l’entrée au CP (c’est-à-dire au sortir de l’école maternelle), niveau de langage évalué par l’enseignant. Selon les groupes qu’ils définissent, un élève échouant massivement aux évaluations d’entrée en CP mais dont le niveau de langage et le comportement seraient jugés acceptables par l’enseignant sera considéré comme rencontrant « peu de difficultés » !

En réalité, la prise en charge d’un élève par le RASED nécessite une analyse beaucoup plus complexe d’une difficulté, qui ne peut s’objectiver d’une telle manière. Cette analyse est réalisée lors d’une réunion de synthèse où se croisent les différents regards des enseignants spécialisés, du psychologue, et celui de l’enseignant au travers de sa demande d’aide et d’un entretien qui lui a permis d’élaborer sa demande.

 

Le RASED est un dispositif spécifique - Les auteurs de l’étude, pour « rappel(er), dans une première partie, la difficulté à identifier un effet positif des travaux » (sic) comparent des dispositifs très différents du RASED : enseignant supplémentaire dans la classe, dispositif associatif « Coup de pouce clé », aide individuelle au lycée ou à l’université… ! Aucune référence n’est faite, dans le traitement des données, au contexte de la société, de l’école, des programmes scolaires, de l’actualité et du fonctionnement des RASED de l’époque (…) qui peuvent être des éléments pertinents pour l’analyse.

Une évaluation sérieuse devrait prendre connaissance des textes qui encadrent l'activité des RASED et s'intéresser à la complexité du dispositif pour construire ses données méthodologiques. Elle devrait encore exiger de la part des chercheurs qu'ils quittent un instant leur fauteuil pour croiser leurs données statistiques avec des données qualitatives qui, recueillies sur le terrain, permettent de repérer les non-sens dans les données chiffrées.

 

DES REPONSES QUI PRECEDENT LES QUESTIONNEMENTS - La méthodologie retenue par les chercheurs réside dans le traitement de données statistiques anciennes selon des hypothèses plus anciennes encore (rapport Mingat). La réponse à la question posée semble venir avant cette question !

Sur l’effet « d’étiquetage » : si nos chercheurs s’étaient rendus sur le terrain, ils auraient constaté que des élèves sortent de la classe de manière régulière (RASED, dispositif « plus de maîtres », mais aussi prises en charges extérieures, SESSAD…).L’enseignant spécialisé mène aussi des actions de prévention auprès de classes entières. Il peut aider l’enseignant de la classe à se distancier de la situation et déplacer son regard pour ne pas le cristalliser sur la difficulté de l’élève.

En ce qui concerne « l’effet de substitution », les auteurs nous livrent un raisonnement fantaisiste, selon lequel un niveau plus faible en mathématiques validerait l’hypothèse que la prise en charge par le RASED, portant le plus souvent, en CP, sur la lecture, diminuerait d’autant le temps passé en mathématiques ou renverserait l’équilibre français/mathématiques! Peut-on supposer sérieusement que les prises en charges du RASED ne se font que sur le temps des mathématiques ?

 

LES ENSEIGNANTS SPECIALISES : DES PERSONNELS ENGAGES- Les enseignants spécialisés, convaincus de l’utilité des RASED et de la fonction préventive de l’adaptation scolaire, en matière de parcours scolaire, sont engagés dans la réflexion sur l’évolution de leur métier, de l’école et de la société. Soutenus par un Comité scientifique, ils organisent des congrès, financent leurs formations, participent à des recherches et produisent des textes qu’ils partagent avec les gouvernements successifs, dans l’espoir, un jour, d’être associés aux décisions et aux recherches qui les concernent.

 

Une analyse complète de l’étude de l’IREDU est à retrouver sur le site fnaren.fr, sous le titre Analyse critique d’une imposture scientifique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.