LETTRE OUVERTE A MARISOL TOURAINE, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé

Lettre ouverte à Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé

 

Objet : ALERTE SANTÉ ou L'accès à la Santé en milieu pénitentiaire.



Madame Marisol Touraine,




Nous, familles et proches de personnes détenus, amis, soutenus par l’Association pour le Respect des Proches de Personnes Incarcérées (A. R. P. .P.I .) profitons de cet espace de « liberté de paroles » ici offert pour vous alerter sur la situation gravissime de la prise en charge des détenus malades dans nos prisons françaises. Nous ne pouvons rester silencieux sur cet état de faits d’autant plus que rien, dans les nouvelles réformes envisagées ou/et entreprises, ne fait état du problème et nous nous retrouvons devant un “vide “ institutionnalisé."



Nous retrouvons ce qui suit dans les textes du Ministère de la Santé :


Afin d'offrir aux personnes détenues prises en charge par l'administration pénitentiaire une qualité et une continuité de soins équivalentes à celles dont dispose l'ensemble de la population, la loi de janvier 1994 a confié aux hôpitaux, les missions de prévention et de soins des personnes détenues. Depuis la loi de janvier 1994, la prise en charge sanitaire et l'organisation des soins en milieu pénitentiaire relèvent du ministère chargé de la Santé. Toutes les personnes détenues sont immatriculées et affiliées à la sécurité sociale. Pour assurer leur mission, les centres hospitaliers ont créé des unités sanitaires, (179) dans chaque établissement pénitentiaire. Les hospitalisations d'urgence et de courte durée sont réalisées dans les chambres sécurisées des hôpitaux de rattachement. Depuis 2004, les hospitalisations programmées de plus de 48h, se déroulent dans les unités hospitalières sécurisées interrégionales (8 UHSI), implantées dans les centres hospitaliers régionaux universitaires de 8 grandes villes. La prise en charge psychiatrique est également assurée par le service public hospitalier au sein : des dispositif santé mentale intervenant en milieu pénitentiaire pour les soins ambulatoires; des centres/ hospitaliers spécialisés de rattachement, pour les hospitalisations sans consentement dans les directions inter régionales des services pénitentiaires, ne disposant pas d’unités hospitalières spécialement aménagées (6 UHSA); des services médico-psychologiques régionaux (26 SMPR) pour les hospitalisations de jour avec consentement; des UHSA implantées en milieu hospitalier accueillant les hospitalisations psychiatriques (avec ou sans consentement) de leur ressort géographique.



Si nous ne remettons absolument pas en cause la présence de ces structures au sein de l'Administration Pénitentiaire, dans les faits, leurs fonctionnement comportent des lacunes telles qu'elles remettent en question l'idée fondamentale d'assurer aux détenu(e)s la qualité et la continuité de soins équivalentes à celles dont dispose l'ensemble de la population.

Il faut savoir qu'il existe dans les prisons de la République, nombre de pathologies graves et/ou invalidantes faisant de la prison un lieu incompatible à l 'état médical de certains détenu(es) : cancers, VHI, maladies rares tel que Syndrome de Guillain Barré, maladies cardiaques, handicaps et autres, notre liste n’étant pas exhaustive. Il serait mensonger d’affirmer que toutes ces personnes ont droit à un accès aux soins égalitaire.

Chaque cas est unique, certains en début de peine et pour de très longues années encore, d’autres pas loin de leur sortie. Un point commun à tous, un problème pour tous…. “ le respect de leur dignité humaine en tant que sujet malade et souffrant. Le droit à ne plus souffrir de soins inadaptés quand ils existent ou de souffrir de leurs manques. “


Outre le problème posé par “ le cadre “ des soins à la fois cadre accueillant mais déchargé de toutes responsabilités en ce qui le concerne, (étrange paradoxe qu’il faudrait sans doute denouer !) sur “ le terrain “ les prisonnier(e)s sont mal ou pas soignés du tout. On meurt encore de maladies dans les prisons de France et il est dangereux, de notre point de vue d’opérer une dichotomie Médecine/Administration Pénitentiaire, les deux étant intimement liés dans les faits.

Marisol Touraine, vous êtes sûrement informée du nombre croissant de personnes condamnées à de longues peines ( encore un “oublié de toutes ses réformes !” Vont elles mourir dans les prisons ? Car si l’accès aux soins reste tel que en détention c’est malheureusement le seul sort qu’ils peuvent envisager et nous avec. On a dit “ réinsertion “?

Il est à savoir aussi que la prise en charge médicale des détenu(e)s est victime de la présence des “ déserts médicaux “ lorsque la géographie du lieu de détention l’impose et ce avec tous les problèmes que cela laisse entrevoir….

On nous rétorquera la possibilité de déposer une « demande de suspension de peine pour raison médicale » prévue par la Loi. Le problème, Madame La Ministre, le taux de refus de ces dernières. Elles ne sont quasi jamais acceptées par les Magistrats, même dans des cas extrêmes. Ici réside une première interrogation : pourquoi la Loi dites « Kouchner » est-elle si peu appliquée par les Tribunaux. Ceci n’est pas de votre fait, nous le savons ! D'où la nécessité d’un point de rencontre entre le Ministère de la Justice et celui de la Santé.

Il a beaucoup été question ces derniers temps de la Réforme Pénale engagée par Christiane Taubira. Le problème de la Santé en détention n'est en aucun point pris en compte. Les prisonnier(e)s malades seraient-ils les oubliés de la Justice et de la Santé.... A ce jour, nous le craignons bien. Quels accès à la santé Mme Touraine pour les prisonnier(e)s dit de “ longues peines “ et déjà malades ? A aucunes de ces questions votre Ministère ne répond.

Nous aborderons rapidement aussi la dérive “ asilaire “ des soins psychiatriques, appuyée en cela sur un DSM IV.. V ? qui ne sait fractionner l’humain pour le contenir dans des cases par d’autres (américains) définies. Le sujet mérite à lui seul un débat qui n’est pas lieu d’être ici. Mais leur prise en charge est un problème sur lequel il faudrait se pencher réellement aussi.

Au nom du droit “ d'assurer aux détenu(e)s la qualité et la continuité de soins équivalentes à celles dont dispose l'ensemble de la population et en qualité de « porte-voix » de tous ces détenu(e)s que personne ne veut entendre et qui meurent encore dans nos prisons nous demandons Madame la Ministre que le “ droit à la santé pour tous…” soit appliqué de manière concrète dans tous les lieux de détention.

Madame la Ministre de la Santé, derrière cette « lettre ouverte » se cache une souffrance extrême tant d'un point de vue physique que psychologique. Celle de ces détenus malades dont les soins ne sont absolument pas adaptés, qui hurlent silencieusement la plupart du temps, dans leurs cellules leurs douleurs et souffrances. Cette PEUR qui ne se dit pas toujours de ne pas sortir vivant de ce temps de détention qui ne devrait être qu'un temps de privation de liberté et qui se transforme en « mouroir. » Celle aussi de toutes les personnes proches de ses prisonnier(e)s qui vivent avec l'angoisse quotidienne d'un incident médical (envisageable compte tenu de la qualité des soins) qui pourrait mettre en péril la vie des leurs.

Nous sommes LEURS PORTE-VOIX et crions leurs souffrances et douleurs, leurs peurs et angoisses….. NOUS “ CRIONS “ POUR FAIRE ENTENDRE TOUT CE QUE VOUS N ENTENDEZ PAS….. POUR QU’ILS NE RESTENT PAS “ DES OUBLIES “

Madame TOURAINE, c’est anté-mortem qu’il faut agir….. Leur vie n’a t-elle que si peu d’importance ?

On ne peut dignement laisser ces hommes et ces femmes dans des situations aussi dramatiques, désespérées, kafkaïennes parfois. Ils ne sont pas incarcérés pour mourir de maladies…… dans les prisons françaises.

Veuillez agréer, Madame Touraine, l'expression de nos sentiments les meilleurs

 

 

Le collectif de proches de détenu(e)s incarcéré(e)s

L' ARPPI (Association Pour le Respect des Proches de Personnes Incarcérées.)

 

 

 

Afin de mieux nous faire entendre, une pétition en ligne a été crée.

Voici le lien http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2014N45964

 Ils/elles ont besoin de nous. Pour un accès à la santé digne.... Signez Pour Eux. Merci

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