Contrevérités flagrantes d'Alassane Ouattara sur la démission de Guillaume Soro

Le Président ivoirien Alassane Ouattara a accordé une interview le 11 février 2019 à RFI. Le nombre affligeant de contrevérités débitées à chaque phrase par l'arrogant despote nous impose de démasquer sa mythomanie chronique avérée.

L'Editorial du Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun

 

Lorsqu'un Président de la République s'exprime dans un médium de haute écoute comme la Radio France Internationale, on peut à bon droit s'attendre à ce qu'il sacrifie au moins à trois exigences: la logique, la mémoire et la pertinence. Certes, le journaliste interviewer aurait pu l'y aider, si un air de complaisance et de connivence ne s'était insidieusement glissé entre les deux protagonistes rapidement devenus complices. Logique, mémoire et pertinence, disons-nous. Ce sont précisément ces trois qualités minimales qui auront, une fois de plus, fait défaut à l'actuel Président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, s'exprimant au micro de Christophe Boisbouvier ce 11 février 2019 sur RFI.  A propos de la démission de Guillaume Soro de la tête du parlement ivoirien, à propos de l'orientation idéologique de Guillaume Soro face à l'idéologie du RHDP dit unifié,  on aura eu droit à une remarquable série de sacrilèges et de sortilèges produits par l'esprit de fiction en très forte ébullition de l'actuel monarque des lagunes. 

Le Président Ouattara nie avoir été à l'origine de la démission le 8 février 2019 du Président de l'Assemblée Nationale Guillaume Soro, prétendant ainsi que ce dernier aurait pris congé du parlement pour des raisons de convenances personnelles. Or, rien n'est plus faux! Non seulement l'opinion nationale et internationale se souviennent parfaitement des injonctions de dame Kandia Camara, Secrétaire Générale du RDR, en juin 2018 dans Jeune Afrique: " Personne n'a mis une arme sur la tempe de Guillaume Soro en lui disant: "IL faut que tu sois membre du RDR". IL est là de son plein gré, et si un jour il ne veut plus y être militant, il partira"; mais en plus, personne ne peut avoir oublié les déclarations outrageantes du sieur Adama Bictogo, président du Comité d'Organisation du Congrès du RHDP unifié le 5 décembre 2018, puis le 5 janvier 2019 devant la presse ivoirienne. Dans la dernière salve, la voix autorisée du parti présidentiel ivoirien redisait clairement à Guillaume Soro: "Si à partir du 26 janvier 2019, tu n'es pas Rhdp que tu sois président d'Institutions, sénateur ..., vous libérez le tabouret". Mais enfin, comment oublier que lors des audiences convoquées à sa demande les 5 et 25 janvier 2019, c'est bien le Président de la République Alassane Ouattara lui-même qui demande au Chef du Parlement de rendre sa démission de la tête de l'Assemblée Nationale ou de rejoindre de toute urgence le parti unifié créé de toutes pièces depuis le 16 juillet 2018 par la volonté du même prince de céans?  Et comment oublier que le lundi 28 janvier 2019, le Chef de l'exécutif ivoirien, Alassane Dramane Ouattara se permettait d'annoncer la démission du Chef du législatif, au mépris total de la séparation constitutionnelle des pouvoirs? Comment ignorer que quelques heures plus tard, il envoyait une délégation spéciale au domicile de Guillaume Soro, afin d'obtenir que celui-ci appose sa signature sur une lettre de démission que Ouattara avait rédigée d'avance? Le comble du mépris! Le Président Ouattara est donc bel et bien celui qui a constamment actionné ses relais politiques et agi contre la continuité du mandat de Guillaume Soro à la tête du Parlement ivoirien, au mépris total du principe de séparation des pouvoirs et de l'absence de droit d'injonction de démissionner prévue dans la loi, en cette espèce. 

Le second mensonge du Président Ouattara à propos de l'ex-président de l'Assemblée Nationale Guillaume Soro aura clairement porté sur l'agenda politique du second. Pour Ouattara, Soro aurait démissionné pour prendre congé de la politique et se consacrer au parachèvement de sa formation universitaire à Harvard. Rien de plus inexact! Guillaume Soro s'est engagé à préparer par correspondance et en alternance, un PHD à l'Université américaine de Harvard, et non à s'installer aux Etats-Unis! Guillaume Soro, qui conserve son fauteuil de Député et son poste de Vice-Président de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie,  a constamment souligné, dans son discours de démission du 8 février 2019 et en moult occasions précédentes, sa volonté de demeurer aux côtés du Peuple de Côte d'Ivoire afin de contribuer au renforcement du Pardon, de la Réconciliation et de l'Etat de droit pour une Nation résolument rassemblée.  En tentant donc d'exiler imaginairement Guillaume Soro, Alassane Ouattara commet un lapsus révélateur de sa volonté de capture de l'Etat de Côte d'Ivoire avec son clan. Comment comprendre autrement cette saillie présidentielle si l'on se rend par ailleurs compte que Guillaume Soro a clairement indiqué sa détermination à oeuvrer à sa propre conquête du Fauteuil présidentiel ivoirien en 2020? 

Le troisième et non moins flagrant mensonge d'Alassane Ouattara parlant de Guillaume Soro aura porté sur les causes du désaccord politique qui les sépare aujourd'hui. Pour Ouattara, Soro serait marxiste alors que le RHDP unifié serait un parti libéral-social. Quelle aberration! D'où tient-il cette orientation idéologique attribuée à Guillaume Soro? Et comment le Président du RHDP prouve-t-il son social-libéralisme ou son libéralisme social à lui, Alassane Ouattara? Examinons les faits: jamais Guillaume Soro n'a pratiqué une gouvernance ni défendu une vision politique d'extrême-gauche en Côte d'Ivoire. La vision politique de Soro relève clairement de la gauche libérale, celle qui pense ensemble l'économie de marché et l'importance des solidarités fondamentales. Guillaume Soro, de ce point de vue incarne davantage le social-libéralisme qu'Alassane Ouattara qui appartient très clairement pour sa part à l'école du néolibéralisme, voire de l'ultralibéralisme économique, contrairement à ses allégations. IL n'y a qu'à voir pour s'en convaincre le marasme social très avancé en Côte d'Ivoire,  dans le déni duquel Ouattara se complaît à vanter ses indices macroéconomiques truqués, alors que le panier de la ménagère, la vie des ouvriers, des paysans, des cadres, des entrepreneurs ivoiriens, des fonctionnaires, des enseignants, des élèves et étudiants continue d'être un réel calvaire!  En tentant de marxiser Soro, Ouattara veut en fait ternir son image diplomatique auprès des grands partenaires traditionnels de la Côte d'Ivoire, dans l'espoir de lui couper l'herbe sous les pieds en le présentant comme un risque, voire un danger géopolitique. Peine perdue! Guillaume Soro a été pendant 5 ans Premier Ministre de Côte d'Ivoire, "le meilleur premier ministre", selon Laurent Gbagbo et personne n'a vu le pays basculer dans une quelconque forme de gauchisme. L'expérience gouvernementale de Soro est là pour attester de son humilité, de sa modération, de sa capacité d'organisation et d'efficacité dans la direction de ce pays. Sans parler de son succès à la tête du Parlement ivoirien qu'il a fait revivre comme jamais durant sept années palpitantes de créativité, de diplomatie parlementaire et d'ouverture au dialogue politique!

Au total, incohérence logique, car occultation de sa propre responsabilité dans l'isolement actuel de son Clan au sommet de l'Etat. Défaillance de la mémoire car confirmation de l'ingratitude ontologique d'Alassane Ouattara envers ceux qui se sont sacrifiés pour sa cause.  Manque de pertinence car flots de propos complètement déconnectés de toute réalité, tel le mensonge flagrant sur le Procureur Luis Ocampo de la CPI que le despote Ouattara prétend n'avoir jamais rencontré et ne surtout pas connaître, alors que tout est disponible dans les médias pour prouver le contraire,  malgré l'ignorance feinte sur ce point encore par Christophe Boisbouvier. 

l'Interview du Président ivoirien actuel, délivrée ce 11 février 2019 sur RFI, révèle donc un homme très mal à l'aise avec le pluralisme démocratique. Narcissique à souhait, engoncé dans son ton grand seigneur et sa faconde de bourgeois flegmatique. Enclin à parler des autres figures politiques qui lui résistent avec mépris, condescendance, arrogance et qui pis est, une affligeante ingratitude. Le mépris et la condescendance de Ouattara envers Soro s'exhalent de loin dans sa manie à en faire un "jeune homme banal", " un young boy", un vaguemestre à l'américaine. Quand il fallait pourtant faire preuve de considération et même d'obséquiosité pour le Chef de la résistance ivoirienne, le ministre d'Etat et Premier Ministre Guillaume Soro, toute la Côte d'Ivoire se souvient que l'opposant d'alors, Alassane Ouattara savait se mettre aux petits soins. Quand il fallait compter sur les Forces Nouvelles pour devenir éligible à la présidentielle dès 2005, pour prendre effectivement le pouvoir d'Etat en 2010-2011, Alassane Ouattara ne se permit jamais de traiter l'homme d'Etat Guillaume Soro publiquement de jeune homme, tout comme il n'oserait pas traiter de jeune homme le Président Français actuel, Emmanuel Macron, qui a bien 6 ans de moins que Guillaume Soro!  On n'oubliera jamais, pour finir, que Guillaume Soro, pour qui la peur n'a jamais été une boussole,  ne s'est pas résolu à démissionner par peur des menaces, pressions et imprécations diverses du camp Ouattara, mais pour épargner à la Côte d'Ivoire une crise politique de trop à cause d'un simple tabouret parlementaire, alors même que le Peuple de Côte d'Ivoire s'apprête en 2020, à renouveler sa direction suprême sans la participation d'un Alassane Ouattara définitivement forclos par la clause constitutionnelle de limitation des mandats présidentiels mentionnée à l'article 55 de la loi fondamentale! 

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