Soro conseille à Ouattara de respecter la limitation des mandats présidentiels

Le Président du Comité Politique, le leader de l'opposition ivoirienne Guillaume Soro, a fortement recommandé au Président de la République de Côte d'Ivoire de respecter la limitation à deux mandats, prévue dans les articles 55 et 183 de la constitution du 8 novembre 2016. C'était hier 14 mars 2019 à Abidjan, dans une conversation avec les ressortissants du Bafing.

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L'ancien Chef du Parlement Ivoirien, Guillaume Kigbafori Soro, campe habilement et courageusement les habits de Chef de l'opposition ivoirienne en réorganisation face au pouvoir isolé RHDP du Président Alassane Ouattara. A la tête d'une majorité artificielle recomposée sans le PDCI-RDA et les ex-Forces Nouvelles, Alassane Ouattara caracole en effet dans une bulle imaginaire qui lui confère les illusions d'être encore la boussole de la Côte d'Ivoire. En réalité, la focalisation de l'actualité politique ivoirienne autour des actes et paroles du Président du Comité Politique prouve tout le contraire.

Pour ce faire, Guillaume Soro assume urbi et orbi la charge de dire les vérités historiques nécessaires au réveil démocratique et pacifique des citoyens de Côte d'Ivoire. Hier 14 mars 2019, recevant la visite des populations de la région du Bafing à sa résidence d'Abidjan, Guillaume Soro, au nom de l'intérêt général de tous les Ivoiriens, a pointé clairement l'endroit où le bât blesse désormais en Côte d'Ivoire: la vélléité de violation de la limitation des mandats présidentiels prévue par la constitution par le Président Ouattara à l'occasion des élections de 2020.Guillaume Soro a clairement invité les conseillers du président Ouattara à lui dire la vérité:

"Alassane Ouattara a eu ses deux bons mandats. Qu'il finisse ses deux bons mandats, et puis c'est bon! [...] Arrêtez de blaguer le Président Alassane Ouattara, à cause de votre méchanceté", a t-il affirmé entre autres formules poignantes de vérité.

Comment comprendre cette mise au point de Guillaume Soro? D'abord en relevant les incohérences successives du Président Ouattara à propos de la clause de limitation des mandats présidentiels à deux; ensuite en montrant que toute l'angoisse qui envahit aujourd'hui la scène politique ivoirienne résulte de ces incohérences, sources d'incertitudes sur un processus électoral par ailleurs grevé par une Commission électorale et une justice de plus en plus aux ordres des desiderata du maître du RHDP.

Les incohérences constitutionnelles de Ouattara...

On se souvient en effet que de 2016 à ce jour, Alassane Ouattara est progressivement parti d'une position de respect de la constitution à une prétention de pouvoir la violer à sa guise en 2020. Du respect à la négation de la constitution, pour tout dire. Comment mieux le traduire qu'en citant la série zigzagante des déclarations d'Alassane Ouattara à propos de son fantasme d' éligibilité à la présidentielle de 2020 pour un prétendu 3ème mandat?  Le site Alerte Infos rapportait en juin 2018, le top 10 des déclarations du camp Ouattara à propos de l'éligibilité de l'actuel Chef de l'Etat en 2020. Nous le citerons in extenso:

"A la suite de l’interview du président ivoirien Alassane Ouattara à Jeune Afrique du 04 juin, dans laquelle il a affirmé que "la nouvelle constitution (l’) autorise à faire deux mandats à partir de 2020", l’agence de presse ALERTE INFO a établi le TOP 10 de ses déclarations et de certains de ses proches, de 2015 à 2018.

Mercredi 27 mai 2015 (L’ex-présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, après un entretien avec M. Ouattara, en marge de la 50e réunion annuelle de la Banque africaine de développement à Abidjan)

"Le président de la Côte d'Ivoire a déclaré au Dr Nkosazana Dlamini-Zuma qu'il se retirera après son second mandat comme président, s'il est élu", selon un communiqué de la présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma

Dimanche 28 aout 2016 (Mamadou Touré, ex-conseiller de M. Ouattara, en charge de la Jeunesse et des Sports face à des jeunes militants du RDR)

“Le président Alassane Ouattara n’est pas Laurent Gbagbo qui dit quelque chose et pense autre chose. Sa conception de la politique n’est pas l’art de la roublardise (…) Il a dit qu’il ne fera pas un 3e mandat et il ne fera pas un 3e mandat’’

Vendredi 07 octobre 2016, Le ministre de la Justice Sansan Kambilé, à l’ouverture des débats en Commission à l’Assemblée nationale sur le projet de la nouvelle constitution ivoirienne

“Avec cette nouvelle constitution, il est techniquement impossible pour le chef de l’Etat d’être candidat en 2020’’

Lundi 18 janvier 2016 (Alassane Ouattara en réponse à Moses Kéa, porte-parole des rois et chefs traditionnels du Libéria qui sollicitait des présidents ivoirien et libérien Ellen Sirleaf Johnson un 3e mandat)

''Non. Ellen et moi, nous n'avons pas besoin de changer les lois pour un troisième mandat. Ellen et moi, nous nous sommes consultés. Je n'ai pas besoin de ça"

Mercredi 04 Janvier 2017, lors de la cérémonie d’échanges de vœux face au corps constitués au palais présidentiel

“A l’occasion de mes 75 ans, ceci m’amène à réaffirmer que les institutions de la République qui seront mises en place très prochainement me permettront de prendre congé en 2020 après un demi-siècle de travail’’

Mardi 11 avril 2017 (L’ex-secrétaire général du RDR, Amadou Soumahoro, lors d’une conférence de presse)

“Le chef de l’Etat qui a déjà dit qu’il ne ferait pas un 3e mandat n’est pas un homme à se dédire mais si par extraordinaire, il se dédit, la direction du RDR avisera’’.

Jeudi 04 mai 2017 (L’ex-porte-parole du RDR, Joël N’guessan dans un communiqué)

“Il l'a dit et redit à chaque occasion qu'il devait se prononcer sur ce sujet : Il ne briguera pas un troisième mandat. Alassane Ouattara est un homme de parole. Il dit ce qu'il va faire et il fait ce qu'il a dit’’.

Samedi 25 Novembre 2017 dans une interview à France 24

“ A priori, je ne me présenterais pas (à la présidentielle de 2020). A priori parce que nous avons une constitution qui m’aurait autorisé à le faire si je le souhaitais (…) En politique, on ne dit jamais non. Attendez 2020 pour connaître ma réponse’’

Vendredi 01 décembre 2017 dans une interview à Radio France Internationale (RFI)

“Non, je n’ai pas maintenu de suspens. J’ai dit qu’en 2020 on verra. Je donnerai ma décision (…) On connaîtra ma décision en 2020 (…) En 2020 vous connaîtrez ma réponse’’

Samedi 02 juin 2018, dans une interview à Jeune Afrique

“La nouvelle Constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes’’

Que ressort-il de tout ce qui précède? Très clairement, que le Président Alassane Ouattara est passé de l'intention claire de respecter la constitution de 2016 à l'intention claire de la violer.

 

D'où l'opportunité de la mise au point de Guillaume Soro...

 

L'ancien Chef du Parlement ivoirien, en montant au créneau sur ce sujet, crève l'abcès de l'omerta qui risque de faire de nouveau imploser la paix, la sécurité et la liberté du Peuple de Côte d'Ivoire. Guillaume Soro montre ainsi au moins trois choses:

- le Leader Soro sait que toute l'angoisse qui s'est emparée de la scène politique ivoirienne provient de la volonté de capture à long terme de l'Etat de Côte d'Ivoire par le Clan présidentiel actuel. Les menaces, les limogeages, les affectations disciplinaires, la traque des soroistes dans les armées et administrations,  les intimidations, les chantages, les violences subies par l'opposition ivoirienne depuis quelques années s'expliquent essentiellement par ce noeud gordien: Ouattara veut capturer le pays à vie.

- Le Leader Soro sait que passer sous silence la cause principale des dérives dictatoriales en cours dans le pays, c'est mettre sous caution la paix des Ivoiriens alors qu'on peut, par le dialogue, la sincérité, la mobilisation massive et pacifique du peuple,  conduire Monsieur Ouattara et son Clan RHDP à entendre raison, pour le Bien Commun de la Nation.

- Le leader Soro sait enfin que le sacerdoce du Pardon et de la Réconciliation, dont il est le grand maître en Côte d'Ivoire, passe par la défense et la consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit dans ce pays. Ces causes sont sans délai, car il y va de la survie quotidienne du Peuple de Côte d'Ivoire. Battre le fer quand il est encore chaud, c'est se donner toutes les chances de redresser la situation à temps.

Comment ne pas dès lors saluer le courage de la vérité qui anime l'actuel leader émergent de l'Opposition Ivoirienne? IL est le gage et la promesse que l'espoir existe pour une Côte d'Ivoire gouvernée autrement: au service de l'intérêt général de la Nation ivoirienne. Affaire à suivre de très près, dès lors.

 

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