Le Leader Guillaume Soro crée un Comité Politique d'un style nouveau en Côte d'Ivoire

L'ancien Chef du Parlement Ivoirien, Guillaume Kigbafori Soro a décidé de prendre le taureau de son avenir politique par les cornes. Il vient de lancer un Comité Politique, chargé de baliser son engagement pour son pays. Une manière de faire la politique qui contraste avec les pratiques de suivisme politique moutonnier qui prospèrent en Côte d'Ivoire. Chronique de Valentin de Sainte-Mare.

Guillaume Soro présentant le document fondateur du Comité Politique le 15 février à Abidjan Guillaume Soro présentant le document fondateur du Comité Politique le 15 février à Abidjan
Un grand homme politique est un orfèvre dans l'art de penser, de dire et de faire à temps. L'expérience prouve que le Che Bogota s'y connaît décidément, sur la place de Côte d'Ivoire. En effet, hier vendredi 15 février 2019, la presse nationale et internationale en Côte d'Ivoire n'avait d'yeux et d'oreilles que pour la conférence de presse convoquée par l'ancien président de l'Assemblée Nationale, Guillaume Kigbafori Soro, à son domicile de Marcory, une commune d'Abidjan. Oubliée voire ignorée de tous, du coup, la prestation concomitante du Président Ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, qui s'adonnait à un numéro de conformisme politique navrant sur le perron du Palais de l'Elysée à Paris. 

Naissance du Comité Politique

Un seul point a émergé de l'ordre du jour de la Conférence de presse bondée de journalistes, que tenait Guillaume Soro ce vendredi 15 février 2019: le lancement d'un Comité Politique , en abrégé CP dont les missions sont précises:

- Mener des réflexions sur les grandes questions d'intérêt national

- Proposer des instruments et des cadres de promotion de la démocratie, de consolidation de l'Etat de droit et d'affermissement des valeurs républicaines

Au rang des innovations, on aura observé que la première personne à prendre la parole pour le Comité Politique est une femme, Madame Bonnifon. Guillaume Soro envoie ainsi un message fort en faveur de l'égalité de genre dans son pays. On aura observé que la diversité sociologique de la Côte d'Ivoire est mise en valeur, par les nouveaux visages des deux porte-parole du Comité Politique présidé par Guillaume Soro. Le communiqué a aussi été lu en anglais par M. Messou, l'autre porte-parole du Comité Politique, signe d'une volonté d'audience internationale forte de Guillaume Soro, lui-même parfaitement anglophone. L'ambition nationale et internationale de son projet politique en construction transpire ainsi clairement.  C'est donc très probablement avec ce Comité Politique, l'embryon de la renaissance démocratique ivoirienne qui est lancé.

Tout laisse à penser que Guillaume Soro veut faire la politique pas à pas, avec son peuple. Pédagogiquement et sans empressement superfétatoire. IL préfère incarner la politique de conviction là où d'autres, à l'instar du RHDP au pouvoir, privilégient la politique de la persuasion et de  l'adhésion moutonnière des militants.  On attend cependant de découvrir, dans les prochains jours, la composition effective de ce Comité Politique, dont on peut imaginer qu'il donnera la mesure de l'ambition de Guillaume Soro pour son pays.

Echanges avec la presse

Lors des échanges avec la presse ivoirienne, en outre, Guillaume Soro s'est montré très réservé sur toutes les questions polémiques de l'heure, refusant de répondre aux attaques infantilisantes du Chef de l'Etat actuel, Alassane Dramane Ouattara, par ailleurs président du parti au pouvoir. Pour Guillaume Soro, c'est à Alassane Ouattara d'expliquer à l'opinion pourquoi il s'acharne depuis quelque temps à utiliser des métaphores ironiques du genre " jeune homme" ou " fils rebelle" pour désigner l'un des hommes d'Etat sans lesquels il ne serait jamais arrivé au pouvoir en 2010 en Côte d'Ivoire.

Mais si Guillaume Soro a évité les querelles ad hominem, il n'a pas contourné les questions idéologiques. Guillaume Soro en a profité pour expliquer à l'opinion pourquoi nul ne peut le traiter avec raison de politicien marxiste en Côte d'Ivoire. IL répondait cette fois-ci à une allusion du Président Ouattara visant à le présenter comme un extrémiste de gauche à la face du monde. Guillaume Soro a d'abord expliqué qu'il y a plusieurs tendances idéologiques à gauche: la social-démocratie, le socialisme et le communisme. Tout comme à droite, on trouve les libéraux, les néo-libéraux et l'extrême-droite. Guillaume Soro a utilement rappelé qu'il est de gauche, mais bel et bien de la tendance socio-démocrate: " Je suis démocrate", a t-il martelé contre la vulgate néfaste lancée par le Président du RHDP au pouvoir. Et d'ajouter que les 5 années passées à la tête du gouvernement ivoirien sous deux présidents différents, mais aussi son statut de Vice-Président de l'ex-parti RDR ( réputé libéral), prouvent à suffisance l'inanité de l'accusation mythomaniaque de marxisme. Un chiffon rouge très illusoire, utilisé par le régime RHDP, qui croit ainsi pouvoir discréditer Guillaume Soro auprès des officines diplomatiques étrangères. 

Bien évidemment, tout ce beau monde semblait espérer que Guillaume Soro se débusque et déclare sa candidature à l'élection présidentielle ivoirienne de 2020. Mais tout porte à croire que Tienigbanani ne veut pas confondre vitesse et précipitation. Un enfant qui naît, dit la sagesse africaine, ne grandit pas en un jour. Le Comité Politique mis en place par le député de Ferkéssédougou ne s'impose t-il pas dès maintenant comme l'embryon d'une grandeur ivoirienne qui montera tous les jours, davantage en puissance avant d'éclore dans une fantastique aurore? L'avenir, sans aucun doute, nous dira si les fruits porteront les promesses des fleurs qui frémissent sous nos yeux.

 

 

Une correspondance de Valentin de Sainte-Mare

pour franklinyamsi.com, à Abidjan.

 

 

 

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