TOKYO SHAKING de Olivier Peyon

Et quand la terre a tremblé, seul Amani/Stéphane Bak est resté assis imperturbable, il dira sans doute plus tard qu'il était sous le choc et qu'à l'annonce de son licenciement le monde s'est écroulé autour de lui. Je dis cela pour tenter de donner un sens à cette scène un peu surréaliste bien qu'on ne voit pas vraiment son intérêt véritable dans le film.

Le synopsis est la seule chose que je consulte avant d'aller voir un film, il ne suffit pas toujours pour savoir où je mets les pieds. Le pitch est généralement fourni gracieusement pour aguicher quiconque hante les salles de cinéma. Pour Tokyo shaking, c'est Karine Wiart à l'affiche qui avait retenu mon attention. J'ai depuis toujours un faible pour Karine Wiart, j'aime sa manière imperceptiblement décalée d'interpréter des personnages très différents, j'aime cette espèce de fragilité qu'elle sait laisser percer dans les rôles les plus emportés.

Tokyo shaking de Olivier Peyon se situe en 2011 à Tokyo. Alexandra/ Karine Wiart est cadre depuis peu dans un important établissement bancaire français au Japon. Alors qu'elle annonce avec force circonvolutions à un stagiaire d'origine congolaise sa non-embauche prochaine, la ville est secouée par un violent tremblement de terre dont l'archipel nippon est coutumier. La mise en sécurité pour cause de séisme est instantanée et en un clin d'oeil tous les employés de la banque sont sous les tables et les bureaux. Seul Amani/Stéphane Bak reste assis imperturbable, il dira sans doute plus tard qu'il était sous le choc et qu'à l'annonce de son licenciement le monde s'est écroulé autour de lui. Je dis cela pour tenter de donner un sens à cette scène un peu surréaliste bien qu'on ne voit pas vraiment son intérêt véritable dans le film.

Le tremblement de terre est suivi d'un tsunami avec toutes les conséquences inévitables de la submersion de la centrale nucléaire de Fukushima. Tokyo shaking n'est pas un film sur cette catastrophe connue de tous. Ce sont les comportements humains qui en sont la matière. Pendant que les japonais font face à une détérioration de la situation en restant très peu disert sur son évolution, la communauté des expatriés ( français dans le film) s'agite. Pour certains c'est le sauve qui peut tant qu'il en est encore temps, quand d'autres mettent leur destin entre les mains de la direction de leur entreprise.

Dans cette situation extrême, tous les comportements humains affleurent et chacun se révèle. Il y a le responsable local de la banque qui se carapate en loucedé tout en rappelant à son bras droit qu'un capitaine de navire se doit de rester sur le pont pour superviser l'évacuation et le sauvetage de son équipage. Il va jusqu'à oublier de prévenir son adjointe Alexandra/Karine Wiart que le vol prévu n'aura pas lieu et cela après avoir rappelé que l'évacuation ne concernait que les seuls ressortissants français. Il y a bien sûr Alexandra, en personnage central, qui veut satisfaire à ses obligations mais dont le mari resté à Honk Kong exige le départ du Japon des enfants du couple et qu'elle choisisse elle-même entre son rôle de mère et d'épouse et les responsabilités liées à ses fonctions.

Il y a également un cadre d'Areva, spécialiste du tout nucléaire, en poste au Japon. Caricatural, quand il répète à l'infini que la situation est sous contrôle et qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter. A se demander s'il n'est pas une illustration pour la chorale formée par les employés de la banque qui s'entraînent à chanter sans fausses notes Tout va très bien madame la Marquise.
Quand le dôme de la centrale nucléaire explose, c'est dans un grand sourire rassurant qu'il explique qu'on a fait exploser la couverture pour que la centrale n'explose pas. Son affirmation péremptoire adossée à sa compétence supposée réelle finit par nous convaincre, il faudra que Alexandra la reprenne à son compte devant ses filles et quelques collaborateurs pour que nous réalisions ce qu'elle a de surréaliste et de stupide.

Alexandra reprend ses esprits et décide de quitter les lieux à son tour. Elle retourne au bureau récupérer son passeport et se retrouve nez à nez avec une dizaine d'employés japonais de la banque. Ils sont tous revenus, malgré leur peur, estimant qu'il ne pouvait pas abandonner leur responsable dont le courage force l'admiration. Alexandra renonce alors à partir même si l'entreprise n'a plus aucune activité.

Alexandra accompagne une de ses collaboratrices chez elle dans sa famille. C'est la première fois qu'elle rencontre des hommes et des femmes japonais dans leur vraie vie. A son hôte qui salue son courage, elle confesse que ce n'est pas le courage qui l'a fait renoncer à fuir la menace mais que c'est la honte d'abandonner ses subordonnées qui l'a fait rester. Kimiko/Yumi Narita lui explique que l'endurance stoïque des japonais et l'obligation de ne jamais montrer sa peur n'est pas un acte de courage et qu'elle même, si elle n'était pas un peu lâche, aurait fuit depuis belle lurette une société qu'elle juge paralysante.

Si le film de Olivier Peyon se laisse plaisamment regarder, ce ne sont en définitive que le dernier quart d'heure qui aurait pu présenter un véritable intérêt. A une époque de brassage important de populations et de cultures, le thème de l'expatriation n 'est pas sans intérêt à condition toutefois ne ne pas en faire un simple contexte ou une toile de fond une histoire trop légère et surtout très superficielle.

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