LA BELLE EPOQUE de Nicolas Bedos

Que quelqu'un de plus expérimenté ou de moins désinvolte s'empare de l'idée et nous en offre « un remake » qui nous fasse rêver et jubiler. Enfin!

L'idée était intéressante et l'est toujours. Qui n'a jamais rêvé de se projeter dans le temps que ce soit dans l'avenir ou le passé ? Qui n'a jamais rêvé de revivre le passé avec ce qu'il en sait aujourd'hui ? Qui ne s'est jamais réfugié dans le passé par douleur ou simplement nostalgie ? Qui n'a jamais eu la sensation d'un déjà vu, d'un déjà vécu ? Qui n'est jamais retourné avec émotion en un lieu familier attaché à un événement douloureux ou plaisant ?

La Belle époque, le dernier film de Nicolas Bedos, traite de cela. Victor/Daniel Auteuil et Marianne/Fanny Ardant sont un couple de cinéma, usé par 20 ans de vie commune, ne ratant que peu d'occasions de se griffer. La psychanalyste virevoltante finit par virer du domicile conjugal le dessinateur de presse en mal d'inspiration sous l'oeil inquiet du fils, qui craint le pire pour son père. Il fait appel à son copain Antoine/Guillaume Canet qui propose contre espèces sonnantes et trébuchantes dans le plus pur esprit de Goodbye Lenin de faire revivre le passé.

Antoine est un véritable scénariste de l'immersion dans le passé qu'il ressuscite dans le moindre détail, décors, costumes, ambiance sonore et accessoires à l'appui. Selon le désir formulé par le client, des comédiens lui permettront de rejouer sa propre vie avec reconstitution des dialogues et en lui donnant la réplique, même les gestes et jusqu'aux anecdotes les plus insignifiantes sont reconstitués. Peu importe la crédibilité des scènes rejouées avec une fidélité qui défie les limites de la mémoire. Nous sommes dans la fiction de la fiction, mais c'est ainsi que le dérapage commence.

La Belle époque, entendez les années 70, quand Victor fait la connaissance de Marianne dans une brasserie appelée « A la Belle Epoque » est une mise en scène en poupées gigognes. A tout moment on se demande combien de figurines, de plus en plus petites, Nicolas Bedos va-t-il réussir à emboîter. Il réussit fort bien le bougre, mais cette apparente virtuosité empêche « la mayonnaise de prendre ». Le film donne l'impression d'un petit groupe de copains qui se connaissent bien, s'aiment beaucoup et se sont retrouvés pour passer ensemble un bon moment parsemé de bons mots. Les plans serrés, rapides et qui s'enchaînent à une vitesse échevelée renforcent cette impression : ils se connaissent bien et sont à leur petite affaire dans laquelle nous n'occuperons qu'un modeste strapontin et sommes à peine tolérés.

Un scénario audible et lisible n'est pas une succession de sketchs qu'on enfilerait comme les perles d'un collier. J'avais hâte que cela finisse au plus tôt pour imaginer ce que ce film aurait pu avoir de magique et de nourrir l'espoir, pourquoi pas, que quelqu'un de plus expérimenté ou de moins désinvolte s'empare de l'idée et nous en offre « un remake » qui nous fasse rêver et jubiler. Enfin!

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