NOMADLAND de Chloé Zhao

Farouchement individualistes mais extraordinairement solidaires, se contentant de peu mais partageant l'essentiel, ces hommes et ces femmes tentent de construire leur liberté et leur autonomie, rêvant d'autarcie mais devant se contenter d'une forme de précarité que seules les relations humaines chaleureuses et intenses compensent peut-être.

Fern/France McDormand aménage un van et prend la route. « C'est génial », s'exclame une commentatrice sur un site où on commente beaucoup. Sauf que Fern ne fait pas cela vraiment pour son plaisir et son seul goût de l'aventure. Fern choisit la route par choix certes, mais c'est également sa réponse à une forme de désarroi après le décès de son mari et l'appauvrissement qui en découle.

Fern rejoint alors la communauté de ceux qui sillonnent le pays en s'arrêtant quand cela devient nécessaire parfois pour renouer avec un travail saisonnier ou de circonstance et remettre sa bourse à flot.

Nomadland de Chloé Zhao ne raconte pas véritablement une histoire, elle emprunte au documentaire son mode de narration. Fern est une comédienne professionnelle et elle évolue dans un milieu dont les membres sont d'authentiques personnages qui s'apparentent autant aux trimardeurs de l'identité nomade américaine qu'aux New Age Travellers des années Thatcher au Royaume-Uni.

Si les mythiques Hobos sillonnaient le continent comme passagers clandestins des trains de marchandises, les nouveaux nomades affrétaient des vieux autobus ou des véhicules utilitaires sans âge pour y élire domicile, un domicile fixe mais mobile. Farouchement individualistes mais extraordinairement solidaires, se contentant de peu mais partageant l'essentiel, ces hommes et ces femmes tentent de construire leur liberté et leur autonomie, rêvant d'autarcie mais devant se contenter d'une forme de précarité que seules les relations humaines chaleureuses et intenses compensent peut-être.

La commentatrice enthousiaste que j'évoquais plus haut a sans doute surtout voulu retenir une des faces de la médaille et oublier bien imprudemment l'autre. La liberté, les grands espaces et l'air du grand large comme alternative au...confinement dans un univers clos fait de boulot-dodo et métro pour certains.

J'ai aimé le film mais sans me leurrer mais surtout sans oublier ce qui se passe autour de moi précisément en ce moment même. A deux pas de mon domicile fixe et immobile, il est question d'aménager conformément à la loi une Aire de grand passage pour ceux que nous regroupons sous le vocable « Gens du voyage ». Une aire de stationnement aménagée afin d'offrir des conditions de transit décentes et surtout apaisées pour tout le monde et éviter ainsi les occupations illégales d'espaces publics ou privés. Cette installation doit se faire sur un terrain appartenant à la Communauté de communes, en application d'une loi de la République.

Nos compatriotes du voyage perpétuent un mode de vie et une tradition ancienne fondée sur le nomadisme. Ils seront donc de temps à autre nos voisins immédiats qu'il faudra peut-être même convier à nos fêtes des voisins.

annequin

« Ce n'est pas pareil ! », me dites-vous.  « Ça n'a rien à voir ! », surenchérit un autre. C'est vrai, ce ne sont pas les mêmes populations qui sont concernées et les contextes sont bien différents, mais les associations d'idées sont par définition très libres. Libres comme le vent, libres comme une idée.

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