THE HATE U GIVE de George Tillman Junior

The hate U give est un film d'espoir qui ne cède rien sur le fond. Il donne envie d'avancer et de ne pas se complaire dans quelques dénonciations de plus.

Tout le monde n'est pas en mesure de toucher de substantielles commissions occultes dans une bonne affaire. Rares sont ceux qui font du délit d'initié leur pain quotidien. Tout le monde n'est pas en situation de devenir un délinquant en col blanc performant et promis à un bel avenir. Quand le travail n'existe pas vraiment, les petites occupations précaires prennent le pas. Dès lors, il devient plus facile d'entrer dans l'univers des trafics en tout genre et de substituer à l'idée d'une entreprise commerciale régulièrement déclarée un gang auquel on s'affilie par un contrat à durée infinie, jusqu'à tomber.

Nous sommes à Garden Heights, une banlieue-ghetto d'une ville américaine fictive, elle est habitée par une population afro-américaine. Les King sont le gang qui a la haute main sur le trafic de drogue dans le quartier. Les Carter sont une famille de ce quartier. Maverick Carter, le père, est un ancien membre du gang et militant des Black Panthers reconverti dans l' épicerie et dans une éducation fière de ses enfants. Lisa, la mère, est infirmière, elle souhaite quitter le quartier et vivre ailleurs. Le compromis qu'elle a passé avec son mari porte sur la scolarisation des enfants. Seven, Starr et Sekani sont inscrits dans un établissement scolaire privé à Williamson, un quartier blanc voisin. Le décor est planté.

Il y a des endroits où les enfants vivent leur enfance insouciante, en d'autres lieux les enfants sont confrontés, très jeunes, aux balles perdues et aux exécutions sommaires en pleine rue et en plein jour. A huit ans, Starr a vu une des ses jeunes amies tuée par une balle qui ne lui était pas destinée. Elle a vu le tireur mais s'est tue, par peur de représailles et parce que se taire est la règle. Il y a des endroits où les parents apprennent à leurs enfants comment traverser la rue sans risques, en d'autres lieux on leur apprend comment réagir lors d'un contrôle de police en gardant les mains bien en évidence, sans gestes brusques, pour ne pas faire peur au policier qui pourrait se sentir en situation de légitime défense et utiliser son pistolet pour se protéger.

C'est très exactement ce qui arrive un soir, alors que Starr est montée dans la voiture de son ami d'enfance Khalil. Pour un clignotant pas mis, il se fait contrôler par un policier. Personne n'est rassurée, ni les jeunes gens, ni le policier. Il est encore jeune, il a baigné dans une culture où tout noir est potentiellement un danger. Khalil obtempère à toutes ses injonctions sous les conseils pressants de Starr à qui son père a appris comment traverser le quartier sans risquer d'être abattue. Pendant que le policier vérifie les papiers, Khalil se penche par la vitre baissée de sa voiture pour prendre sa brosse à cheveux, le jeune policier prend peur, la panique se lit sur son visage, il tire. Khalil mourra dans les bras de son amie d'enfance.

La nouvelle de la mort de Khalil se répand dans la quartier comme une traînée de poudre, les réactions de la population sont immédiates, la tension monte, l'émeute menace. Le policier arrêté, interrogé est relâché car sans antécédents, simplement suspendu jusqu'à nouvel ordre ; la colère qui grondait explose. La population demande justice pour le jeune homme. Le mot d'ordre que nous découvrons en France en mai 2020 après la mort de Georges Floyd « Black lives matter »-la vie des noirs compte- était déjà dans les cortèges dans le film The hate U give qui est sorti sur les écrans français en janvier 2019.

Les Khalil, les Georges Floyd jalonnent l'actualité dans les villes des Etats-Unis depuis un demi-siècle selon des scenarii qui diffèrent à peine. George Tillman Jr n'a pas cherché à filmer une fois de plus la mécanique infernale du meurtre de noir à l'émeute qui se termine par des pillages. Son film rompt avec toute forme de manichéisme en montrant au plus près la réalité d'un quartier, ghetto social et communautaire, en montrant des personnages aux profils différents et aux motivations diverses.

Maverick le père est certes un ancien membre de gang mais ce n'est pas cette logique qu'il préconise désormais. Son frère Carlos est officier de police et d'abord officier de police avec ses contradictions de policier qui cohabitent avec celles du policier noir. Lisa la mère est fille du quartier mais aspire à le quitter pour une vie différente. Khalil est un jeune homme qui vit de son activité du gang des King, mais il n'en est pas moins un jeune homme charmant et souriant et sans doute amoureux de Starr. Le policier blanc, par qui tout le malheur est arrivé, n'est pas présenté comme un flic raciste impatient d'en découdre et de flinguer quelques nègres avant d'aller s'endormir. Il est un jeune policier nourri de préjugés et plus terrorisé que menaçant.

Starr est fille du quartier dont elle partage les secrets, le langage et les codes y compris vestimentaires. Elle fréquente un lycée privé en dissimulant une part de son identité de la même manière qu' elle dissimule chez elle les habitudes prises au contact d'un milieu différent du sien. Ni Starr, ni ses condisciples blancs du lycée ne sont exempts de contradictions, on aime le rappe dont on adopte la langue, les sonorités et à l'occasion la gestuelle mais on doute de l'innocence de Khalil. On fait la grève des cours pour rejoindre la manifestation mais Starr n'accepte pas vraiment ce « nous » solidaire qui lui semble plutôt dissimuler la volonté d'échapper au prof de mathématiques et au contrôle de chimie. Chris est le boy friend de Starr. Il brûle d'impatience de connaître les parents de celle qu'il aime. Quand elle accepte enfin, la rencontre entre Chris et Maverick est un moment amusant comme l'est le moment où le chauffeur qui conduit les tourtereaux gare sa voiture devant la maison en occupant les places de parking d'une dizaine de Smart.

The hate U give est un film d'espoir qui ne cède rien sur le fond. Il donne envie d'avancer et de ne pas se complaire dans quelques dénonciations de plus.

 

 

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