BON PIED, BON OEIL ET BELLE ERECTION

Faites-vous plaisir...Oubliez un instant la Covid et les gesticulations de Mélenchon. Frissonnant(e) et frémissant(e) : tout est dit...La vie est décidément belle !

Je vous le dis tout de go, n’hésitez pas à acheter des myrtilles en vrac chaque fois que vous le pouvez. La myrtille a de multiples vertus dont la principale à mes yeux est d’être délicieuse que ce soit sous forme de confiture, en tarte et encore plus quand vous vous en empiffrez à pleins creux de votre main. Dans ce dernier cas, elle coloriera même joliment votre menton et si vous savez y faire vous en aurez jusque sur les pommettes et même derrière les oreilles.

Consommées crues, elles vous réserveront une belle surprise. Quand vous urinerez, vous verrez votre urine prendre une belle coloration rouge sombre un peu violacée qui vous donnera une envie quasi-immédiate de prendre rendez-vous en urgence avec un membre de la faculté de médecine. Si cela vous arrive en veille de 15 août et que vous savez que les médecins sont sans doute presque tous partis sur la plage pour faire le pont, vous pourrez vous offrir une montée d’adrénaline et des palpitations qui gâcheront le vôtre. Ce petit fruit rouge est une source d’antioxydants comme aucun autre et sa consommation régulière réduirait les risques de maladies cardiovasculaires et contribuerait même à lutter contre certaines pathologies comme le diabète.

Quand une personne bien intentionnée à mon égard me pose la rituelle question : «Comment ça va ? », je réponds toujours aussi invariablement : « L’oeil est vif et les urines sont claires ». Certains prennent cela pour une des manifestations de mon humour, pour d’autres, le temps suspend alors son vol et comme ils n’ont pas préparé la suite d’une conversation qui n’a jamais vraiment commencé, un grand silence s’installe. Je ne le romps jamais car après tout ce n’est pas moi qui ai commencé, cela ne me pèse pas car je suis dès lors occupé avec mon sourire intérieur fait de myrtilles qui améliorent la vue et colorient les urines, sujet que mon interlocuteur a ravivé sans le savoir.

Une des nombreuses vertus de la brimbelle serait d’améliorer la vision nocturne et prémunir contre certaines dégénérescences oculaires en raison d’une forte présence de la vitamine A. Si dans la rue vous rencontrez un homme, plus rarement une femme, dont le menton, les joues et le pourtour des lèvres sont barbouillés d’une coloration rouge-violacée, ne cherchez plus, vous avez affaire à un pilote de chasse revenant de mission ou à un officier de marine qui vient d’achever son quart de nuit sur la passerelle d’un porte-avion. L'armée gave ses soldats en opérations de myrtilles pour leur permettre de mieux voir l'ennemi qui rampe vers eux pendant les nuits sans lune.

La richesse en flavonoïdes, de puissants antioxydants, font de l’embrune un fruit protecteur de vos neurones et précieux pour le bon fonctionnement cérébral. Il ralentirait le vieillissement prématuré de vos cellules. Certaines personnes bien informées mais qui gardent secrètes leurs sources avancent même que la myrtille consommée en abondance, entendez par seaux entiers, n’aurait pas son pareil pour transformer en un temps record un imbécile en futur prix Nobel. D’autres nous ont fait savoir que le rhinocéros d’Afrique étant définitivement protégé et sa corne se faisant de ce fait de plus en plus rare, nos amis de Chine auraient opté pour la myrtille pour leur garantir des érections de qualité. Ceci explique sans doute l’augmentation de l’exportation de myrtilles à destination de la Chine par le Pérou qui avoisinerait en 2017 les trente mille tonnes.

Une petite baie de moins d’un centimètre de diamètre la plupart du temps, au léger goût sucré, appelée tantôt myrtille, tantôt brimbelle, tantôt embrune et même bleuet au Canada, aurait donc tant de qualités. Une petite baie dont on consomme même les feuilles de l’arbrisseau qui la porte, en décoction ou en tisane. Elles auraient des effets sur le diabète mais cela n’est pas vraiment avéré et il convient donc de rester prudent.

Il est grand temps que je mette mon petit tablier de cuisine et que je confectionne devant vous ma tarte aux myrtilles pour émoustiller vos papilles, cette tarte qui fait le bonheur de toutes celles qui me connaissent et bougonner de jalousie tous les autres.

La pièce maîtresse en sera bien sûr l’appareil. Deux jaunes d’oeufs dans 25 cl de crème fraîche entière et liquide. Entière, sinon pourquoi ne pas prendre du petit lait carrément, liquide pour qu’elle s’étale bien et soit accueillante pour les petites baies qui sont les reines de la journée. Je mélange les jaunes d’oeufs à la crème en les diluant bien. La myrtille contient beaucoup d’eau et comme beaucoup de fruits rouges risque de mouiller excessivement votre pâte à tarte qui aura toujours l’air mal cuite. Pour contrecarrer cette fâcheuse tendance des fruits, j’incorpore dans le mélange plusieurs cuillerées de poudre d’amandes et je transforme l’appareil de base ainsi obtenu en un liquide plus dense. La poudre d’amandes absorbera utilement l’excès d’eau des fruits et permettra ainsi à la cuisson de la pâte sablée d’atteindre sa plénitude.

Pâte sablée, ai-je précisé. Je suis incapable de la faire moi-même par incompétence et paresse, je l’achète donc toute faite, en veillant cependant qu’elle soit pure beurre sans huile de palme, ni huile de moteur. J’assume cette faiblesse tout en continuant à professer un refus définitif de tout plat cuisiné infesté de sucre, de sel, de conservateurs et de colorants. Je déroule et étale la pâte dans un moule à tarte, en terre cuite pour une répartition homogène de la chaleur puis je découpe soigneusement l’excédent de papier de cuisson pour éviter qu’il fasse obstacle à la diffusion de la chaleur du four. Sur le fond de tarte reposant sur un papier de cuisson, je verse mon appareil crémeux puis je répartis environ cinq cent grammes de myrtilles. Inutile de donner des coups de pointes de fourchettes sauf si vous y tenez absolument pour épater la galerie, fond de tarte et papier de cuisson sont presque inséparables à cru et en principe aucune cloque d'air ne se formera. Trente minutes dans un four préchauffé à 210 °, à chaleur pulsée, puis la même durée pour laisser refroidir la tarte qui sera bien meilleure froide. J’exclus tout nappage de la tarte. Il me ferait, sous le prétexte fallacieux d’embellir, surtout absorber le sucre que j’ai soigneusement évité d’intégrer dans ma préparation.

Vous pouvez bien entendu confectionner vous-même votre pâte sablée mais ne comptez pas sur moi pour vous dire comment faire. Je passe donc à l'étape suivante quand vous vous vous serez débrouillé pour le faire. Saupoudrez votre toile cirée de farine pour que votre pâte s’étale en toute liberté sans adhérer à la toile, vous posez votre boule de pâte et vous la travaillez avec un rouleau à pâtisserie en bois, de préférence à une bouteille d’utilisation plus pénible. Un rouleau à pâtisserie en bois s’achète pour moins de six sous dans toutes le grandes surfaces et pour rentabiliser et amortir votre investissement, vous pourrez toujours l’utiliser pour faire revenir à la raison un conjoint récalcitrant. Les filles savent ce à quoi je fais lourdement allusion, elles savent également qu'elles-même ne risquent rien, à l'extrême rigueur elles ne connaîtront que la caresse d'une fleur.

Quand votre boule de pâte sera soigneusement et finement étalée, vous disposez d’un fond de tarte plus grand que votre moule ; ce dernier n’excède généralement pas les trente centimètres de diamètre. Votre création à domicile ne vous fournit aucun papier de cuisson et vous contraint à graisser légèrement le moule. Je vous recommande pour cela l’huile de pépins de raisins de préférence au beurre dont il ne faut pas abuser. Huile donc pour sa répartition homogène, de pépins de raisins car inodore et sans goût. Comme pour la mayonnaise, je déconseille l’utilisation de l’huile d’olive au parfum et au goût peu compatible à mon sens avec ce que nous attendons d’une tarte aux fruits. Le diable se niche dans les détails, voyez-vous.

Une fois le fond de tarte abaissé dans votre moule, vous foncez votre moule en aplatissant la pâte de la paume de la main pour chasser tout l’air emprisonné puis d’un index recourbé vous formez l’angle droit avec le rebord vertical du moule. Vous formez ensuite un léger bourrelet de pâte vers l’intérieur du moule puis vous passez votre rouleau sur le rebord du moule éliminant ainsi l’excédent de pâte. Il ne vous reste plus qu’à pincer le bourrelet pour enjoliver les bords de la tarte. Il n’est par ailleurs pas inutile de donner quelques coups de dents de fourchette dans le fond pour permettre aux dernières bulles d’air de s’échapper et ne pas se dilater sous l’effet de la chaleur et former une cloque inesthétique.

Je vous sens frissonnant(e) d'impatience, j’en devine les raisons. Quand tout à l’heure, je prélèverai un petit huitième de ma merveille et le déposerai dans une petite assiette en porcelaine blanche à l’aide de la pelle à tarte en argent que j’ai héritée de ma grand-mère, j’aurai une pensée pour vous. Quand ma petite cuillère, tout à fait banale, portera la première bouchée à mes lèvres frémissantes, je penserai à vous très fort, je vous le promets.

Frissonnant(e) et frémissant(e) : tout est dit...La vie est décidément belle !

Post scriptum

Lors de la préparation de mon appareil je parlais de deux jaunes d'oeuf. Vous vous demandez probablement ce qu'il advient des blancs ?Rien ne doit se perdre ! A ces blancs, j'ajoute la moitié d'une cuillère à café de curcuma, une pointe de poivre noir et une gousse d'ail pressée. Le mélange ainsi obtenu servira à une omelette sans jaune que j'étale sur une tartine.

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