T'AS PECHO de Adeline Picault

T'as pécho ? Autrement dit T'as chopé ? Ou en langage antédiluvien Tu as emballé ? En clair : Ta cour assidue a-t-elle été couronnée de succès ? Ou encore A-t-elle succombé à ton charme irrésistible ? Car c'est là tout le problème.

 

Avant toute chose, il est important de rappeler que nous sommes tous d'anciens jeunes et que ce ne sont pas les jeunots et les jeunettes d'aujourd'hui qui vont apprendre aux vieux singes et aux vieilles singettes à faire des grimaces.

T'as pécho ? Autrement dit T'as chopé ? Ou en langage antédiluvien Tu as emballé ? En clair : Ta cour assidue a-t-elle été couronnée de succès ? Ou encore A-t-elle succombé à ton charme irrésistible ? Car c'est là tout le problème. Comment s'y prendre pour déclarer sa flamme en général et à une fille en particulier quand on est un peu timide et complexé alors que le bello du collège se la joue en permanence avec un succès incroyable ?

 Arthur en pince pour Ouassima qui est aussi pétulante que lui est engoncé. D'une pierre il envisage de faire deux coups : de la main droite, il lui demande de lui donner un cours particulier de péchotage pour l'aider à développer des compétences dans un domaine où il se noie et de la main gauche, il fait une approche qui lui permet d'entretenir une relation suivie avec elle. C'est du grand art de la part de celui qui prétend ne rien y connaître ! Ouassima veut bien lui venir en aide mais contre rémunération car elle a besoin de thune et qu'un client unique, sans doute un peu fauché, ne vaut pas le dérangement. Arthur à défaut de ressources a de la ressource et il rassemble trois condisciples du même niveau que lui dans ce domaine bien particulier qu'est celui d'être performant pour conter fleurette aux jeunes filles. Il recrute Guigui, Samir et Aubin ; à quatre, à raison de 10 euros par tête de pipe, le compte y est pour Ouassima qui trouve même une assistante qui n'a visiblement aucune compétence requise, à part tomber en extase devant Samir et faire une démonstration de french-kiss.

T'as pécho ? N'est pas le film de l'année sur les tâtonnements amoureux de l'adolescence. Il s'inscrit dans un genre et se laisse gentiment regarder par les anciens jeunes et ceux qui le sont plus. Ils ne trouveront, pas forcément, matière à identification pour évoquer le souvenir des aventures amoureuses de leur jeunesse folle, mais ils pourront sans doute se reconnaître, plus ou moins, dans l'un ou l'autre adulte et plus particulièrement en Fahim/ Ramzy Bédia, le père de Ouassima ou Paola/Sophie-Marie Larrouy, la mère de Arthur. Ils sont tous les deux représentatifs de bien des parents qui élèvent seuls un enfant qui une fois en prise avec les bonheurs mais également les affres de l'adolescence ne trouvent pas un interlocuteur à la hauteur de leurs interrogations.

« Pas forcément »... « Plus ou moins ». Bref, si Adeline Picault a fait l'effort de raconter une histoire qui ne manque pas d'intérêt, son film manque de consistance et ses personnages sont trop souvent à peine esquissés. Il en est ainsi de Aubin, le jeune polard de la bande qui est toujours un peu décalé dans ses demandes ou encore Paola, la mère, qui méritait plus d'attention.

Je suis bon public. Il faisait très chaud et très lumineux en extérieur ce qui me conduit régulièrement à me réfugier dans une salle de cinéma dont j'apprécie dès lors la fraîcheur et la pénombre. J'ai remarqué par ailleurs que mon niveau d'exigence pour les films que je vais voir dans ces moments est souvent inversement proportionnel à la montée du mercure. En hiver, quand il gèle à pierre fendre, c'est le phénomène inverse qui se produit et l'appréciation que je porte sur ce que je vois, suit le même chemin. Une amie m'a même récemment suggéré d'envisager une collaboration plus étroite avec la météorologie nationale. Je ne trouve pas son conseil très avisé, car la météo a besoin de prévisionnistes alors que mon comportement n'est jamais que le reflet du temps qu'il fait.

Je classerai donc T'as pécho? Dans la catégorie Film estival, sans être cependant le tube de l'été, loin s'en faut.

 

 

 

 

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