LE PRESIDENT MACRON NE MANQUE NI D'INTELLIGENCE, NI DE TEMPERAMENT

Je vois une lueur de désapprobation et même d'irritation dans votre regard. Serais-je excommunié ? Pire, guillotiné après demain ?

"Le président Macron ne manque ni d'intelligence, ni de tempérament."

En disant cela haut et fort , je vois presque toujours une lueur de désapprobation parfois d'irritation dans le regard de mon interlocuteur. Peu après, je suis généralement sommé de m'expliquer, de me justifier même,  sous peine d'excommunication de la noble assemblée ou de la belle tablée, si conviviale au premier abord.

Le président Macron ne manque ni d'intelligence, ni de tempérament.”

Je l'ai écrit ici même sur mon blog et l'assume bien sûr. Cela m'a valu une aimable et courtoise interpellation, non sans fondements, dans les termes qui suivent. Elle m'oblige à préciser ma pensée.

"Pour ce qui relève de l'intelligence, il faudrait la définir au préalable pour pouvoir faire une telle assertion ; quant au tempérament, c'est un mot relativement flou.

Ce dont un grand nombre de Français est persuadé c'est qu'il n'est ni humaniste, ni bienveillant ; qu'il aime le pouvoir et si possible sans partage, bref que son profil ressemble furieusement à celui de l'autocrate qui se croit autorisé à décider pour tous sans entendre la critique."

A la question "qu'est-ce que l'intelligence selon vous", Binet aurait répondu " l'intelligence, c'est ce que mes tests mesurent." Ce qui laisse supposer que l'intelligence échappe à une définition tout en se soumettant à la quantification. En somme, il serait possible de mesurer sans qu'on sache en fait ce qu'on mesure. Sacré Binet !

 Le flou que vous voyez dans le mot tempérament relève d'appréciations et d'interprétations très personnelles : l'idée de flou elle-même relève parfois d'une forme de malveillance et quand il devient artistique, l'intention est toujours sans équivoque.

 Ce que nous nous qualifions de flou peut cependant être la conséquence d'une simple malvoyance. Le “flou du loup” de Martine Aubry relevait du bon mot, peu bienveillant dans la bouche de quelqu'un qui en faisait l'antinomie de "la clarté politique" dont elle se disait quant à elle porteuse. Les deux protagonistes de l'altercation ne s'estimaient pas, sans se haïr toutefois et ils étaient de surcroît en situation de rivalité dans une primaire.

 Le jugement sévère de nos compatriotes, l'esprit chauffé à blanc par les populistes de la droite extrême et ceux de l'insaisissable mouvement gazeux et vaporeux qui se radicalise toujours pour un oui ou pour un non, peut être très volatile. L'opinion dite publique a déjà montré à une autre époque sa versatilité quand elle a plébiscité tour à tour Philippe Pétain, puis Charles De Gaulle. Dans d'autres circonstances, plus récentes, les popularités et les adhésions que les sondages essaient de mesurer ont connu également d'incessantes fluctuations.

 Je ne vois pas dans le président Macron un autocrate qui se croirait autorisé à décider pour tous, sans entendre la critique, malgré une propension certaine à s'exprimer à la première personne du singulier. Plus inquiétant serait qu'il vienne à parler de lui à la troisième personne ou à s'exprimer à la première personne du majestueux. Il me semble qu'il assume plutôt la plénitude de sa fonction telle que la Constitution l'autorise ; c'est d'ailleurs ce que nous sommes en droit, non seulement d'attendre du magistrat suprême, mais même d'exiger.

 Une réponse un tantinet démagogique est régulièrement apportée par le mouvement des dénuméroteurs de République. Il existerait une Constitution parfaite qui donnerait la parole au peuple en permanence. Elle ferait du président un "chef de l'Etat fait néant" en attendant de lui trouver quelque titre honorifique. Non seulement cette merveille constitutionnelle lui lierait les mains, mais elle lui clouerait le bec dès qu'il s'aviserait de ne plus se soumettre au peuple que certains ne manqueraient pas d'incarner subrepticement : des autocrates de l'ombre qui se garderaient bien de sortir du bois, mais qui seraient certainement à couteaux tirés et en viendraient tôt ou tard aux mains.

 Nous avons déjà vu ce type de fonctionnement sous la IV ème République. Quand, à l'instabilité permanente, se sont ajoutés un jour les errements de Guy Mollet, qui ballotté par le ressac de l'opinion publique, nous a peu à peu enfournés dans une guerre coloniale dont nous payons encore le prix aujourd'hui.

 Mais revenons-en au président Macron. On peut être en désaccord avec sa manière de remplir le mandat que nous lui avons confié, car c'est bien à lui que nous l'avons confié, je veux supposer en parfaite connaissance de cause, et de toute évidence pas à...ni à... . Nous pouvons être en désaccord avec la politique qu'il mène, l'exprimer publiquement y compris en cortège, exiger de nos représentants au Parlement qu'ils y soient assidus, qu'ils amendent, qu'ils s'opposent mais qu'ils fassent les lois.

 Mais qui souhaite une présidence et un gouvernement qui se cacheraient sous la table dès qu'un vociférant monte à la tribune ou que des émeutiers déferlent sur les Champs Elysées ? Qui souhaite une présidence et un gouvernement qui changeraient sans cesse de cap  ou ne répondraient qu'au coup par coup à la situation sans jamais anticiper sur l'avenir, sans jamais prévoir ?

Le président de la République avait confié une mission sur la guerre d'Algérie et ses conséquences à l'historien Benjamin Stora et une autre sur notre présence au Rwanda à une commission animée par l'historien Duclert . Qui souhaite une présidence et un gouvernement qui ne se repencheraient pas sur le passé, notre passé et notre passif, pour mieux comprendre le présent et nous inscrire dans l'avenir ?

Que lui reproche-t-on dans cette affaire ? Que le président Macron veuille que la France se repenche sur son passé qui ne serait fait que de vieilles histoires qu'il vaudrait mieux oublier ou êtes-vous en désaccord sur le fait  qu'il nous invite à sortir du déni  et  du négationnisme qui en découle ?

Si la seconde réponse est la vôtre nous ne pouvons qu'être en désaccord profond, insurmontable même. Si votre critique ne porte que sur la manière de procéder, alors le débat s'ouvre et ne peut être que prometteur.

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