LA BONNE EPOUSE de Martin Provost

Je n'ai pas aimé "La bonne épouse " dont les effets sont trop faciles,  ridicules même. Le sujet méritait mieux et beaucoup plus.

Sujet intéressant. Ginette Mathiot était « professeur d'arts ménagers » à une époque où après la scolarité obligatoire qui s'arrêtait alors à 14 ans, les jeunes filles- nos sœurs, nos cousines ou nos voisines- suivaient  des cours d'arts ménagers un ou deux jours par semaine, plus rarement en internat comme dans le film. Elles ne faisaient pas qu'apprendre à cuisiner, leurs mères s'en chargeaient ; elles cuisinaient avant que l'agro- alimentaire ne se substitue à elles. Les jeunes filles acquéraient dans ces cours de solides connaissances en diététique et tout ce qui tournait autour de la sécurité alimentaire. Elles y apprenaient également des notions de chimie et de physique des textiles, bref tout ce qui paraissait nécessaire pour «  tenir un intérieur » et être une « bonne épouse ».

Pendant ce temps, les garçons du même âge poursuivaient l'école dans les Cours Complémentaires, ancêtres de nos collèges. Pour certains du moins, car la majorité partaient en apprentissage, sauf l' aîné des fratries qui, le cas échéant, avait vocation à prendre la succession du père à la ferme. C'était le premier aspect de la Reproduction chère à Pierre Bourdieu et Jean Claude Passeron, l'autre étant bien sûr les questions relatives à l'orientation scolaire et la réussite scolaire conditionnée par différentes formes de sélection.

Ginette Mathiot est surtout connue pour ses excellents livres de cuisine d'une véritable fiabilité et qui en sont à leur n ème réédition. Elle est moins connue, et je le regrette, pour les batailles non couronnées de succès quand, inspectrice générale de l'enseignement ménager, elle voulut étendre cet enseignement aux garçons. Heureusement que ma mère y a pourvu pour ce qui me concerne. Ce qui fait penser à haute voix à mes amies les plus proches et les plus intimes qu'elles regrettent beaucoup que je ne sois plus sur le marché.

Mais de Ginette Mathiot, il n'est pas question, même par allusion. Cette  comédie qui se veut légère tombe dans toutes les facilités et tous les poncifs du genre. L'essentiel est à peine effleuré et encore, à condition de dresser l'oreille et de lire entre les lignes.  Je n'ai pas  aimé "La bonne épouse ". Le sujet méritait mieux et beaucoup plus et  on se demande ce que Juliette Binoche est allée faire dans cette galère.

"  L'économie domestique doit prémunir les jeunes contre l'emprise d'une publicité envahissante qui ne saurait être considérée comme ayant une quelconque mission éducative."  1963, Jean Capelle, directeur des programmes scolaires.


" L'éducation ménagère  est le symbole d'un monde social où les femmes sont clairement inférieures aux hommes, vouées à la gestion intérieure, laissant au sexe fort la gestion de la chose publique." Rebecca Rogers, universitaire et historienne.


A travers ces deux affirmations tous les enjeux idéologiques et sociaux de "l'économie domestique" sont posés. Donner à ses citoyens  la capacité de se nourrir sainement en faisant la cuisine  et lui offrir les moyens  de déjouer les plans d'une industrie agro-alimentaire agressive aux campagnes publicitaires pernicieuses encourageant la facilité, sont des objectifs que l'Etat devrait se fixer en priorité. L'école et les formations dispensées en sont l'instrument adéquat quand tant de familles sont déjà passées aux plats cuisinés industriels parce que beaucoup de mères ne savent plus cuisiner ou on renoncer à le faire par facilité. Dans ce domaine, la transmission en famille ne se fait qu'insuffisamment, jusqu'à être inexistante parfois.

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