REVENIR de Jessica Palud

Avec certains films, il faut savoir prendre son mal à patience. C'était vrai au cinéma quand les salles étaient encore en activité, c'est encore plus vrai quand il passe à la télé... Avec cette avantage, que là vous pouvez tricoter ou vous recoudre un bouton et même préparer les légumes pour votre prochaine soupe en même temps.

 

Ceci est un point de vue, la mien. Guillemette Odicino encense le film et Télérama lui attribue 2 T

Parfois la tentation est grande de vouloir faire son propre film dans le film des autres, surtout quand il n'est pas très bon. C'est lâcher la bride au coucou qui sommeille en chacun de nous. Le coucou aime aller pondre ses œufs dans un autre nid que le sien et à éviter ainsi de devoir les couver lui-même.

A d'autres moment, nous tournons autour du nid, l'effleurant d'une aile protectrice et en regrettant presque de ne pas avoir été la pondeuse tant les œufs sont beaux et prometteurs. Alors nous nous approchons doucement du nid, la casquette à la main et l'air contrit en offrant humblement ses services pour aider à la couvaison.

 Bon d'accord, une pondeuse à casquette qui fait... son modeste et qui tourne autour d'un nid sans trop savoir ce qu'il va y pondre,  ce n'est pas la métaphore de l'année, mais elle veut dire ce qu'elle doit dire. En tout cas c'est la même indécision qui devait agiter la réalisatrice avant et surtout pendant le film. Un film à la campagne ou un film sur les paysans ? Peut-être a-t-elle simplement changé d'avis en cours de route ou pas su se résoudre à l'un ou l'autre.

Thomas revient du Canada car sa mère est mourante. Il revient à la ferme qu'il a quitté il y a douze ans pour des raisons que nous ignorons et ne saurons pas. Son frère est décédé quelques années plus tard laissant enfant et jeune veuve. Il n'est jamais nécessaire d'être un grand finaud pour deviner qu'entre un homme jeune et célibataire et une veuve jolie et sensuelle ce sont les hormones qui prendront tôt ou tard la parole.

Au détour d'un chemin vicinal nous apprenons que le frère n'est ni décédé de sa belle mort, ni d'un accident de chasse mais volontairement, du désespoir né d'un endettement insupportable. Nous n'en saurons guère plus sur le taux d'endettement de la ferme, ni sur le montant de l'assurance sur la vie qui permettra à la veuve et l'enfant de survivre.

Dans les fermes les plus modestes des campagnes les plus profondes, la cour est herbeuse et vaguement pierrée, parfois un peu boueuse à la mauvaise saison, le revêtement bitumée ou le pavé vieilli est l'apanage des fermettes et gentilhommières de reconversion. La terre si belle en été, devient glaise sous la pluie. D'où les bottes en caoutchouc du paysan, qu'il retire avant de rentrer chez lui. Je ne me souviens pas si Jessica Palud nous a montré cela ou si, atteint du syndrome du coucou, j'ai moi-même fait enfiler et retirer des bottes à tout le monde. Pourquoi ne pas avoir gardé quelques vaches à la ferme, nous aurions pu nous extasier sur quelques pis et échanger quelques considération sur le prix du lait qui n'est plus ce qu'il était.

J'ai le souvenir également de m'être roulé dans l'herbe au temps de ma jeunesse folle et même d'y avoir fait l'amour au printemps. Je ne garde aucun souvenir de m'être roulé dans la glaise d'un champ et encore moins d'y avoir fait l'amour. Jessica Palud pense peut-être que c'est une habitude rurale mais elle oublie de préciser dans quelle région de France elle serait restée une tradition vivace. L'a-t-elle vu faire ou l'a-t-elle fait elle-même ? Peut-être a-t-elle simplement appris par le bouche à oreille que cela se pratique parfois ? Nous sommes passés à deux doigts d'un film ethnographique .

Revenir est totalement sans intérêt, il n'est un film sur rien. Intuitivement la réalisatrice en a sans doute pris conscience en réduisant sa durée à 1h17, c'est largement suffisant pour un éloge de la banalité et de la platitude réduites à très peu de chose.

Pour en avoir le coeur net: rediffusion sur OCS City  le 20/1 à 19h20 et le 22/1 à 7h50

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.