DITES-LE LUI AVEC DES CERISES

Vive la maraude et la glane.

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Fin juin-début juillet est la période à laquelle les cerises arrivent à maturité et elles doivent être cueillies très vite pour les soustraire à la convoitise du merle moqueur. Cueillette donc et surtout pas gaulage qui les abîmerait irrémédiablement. A l'aide d'une longue échelle en bois fermement appuyée contre la branche la plus solide. Interdiction absolue de grimper à l'arbre et cela bien indépendamment du fait qu'il n'y a aucun fruit à l'intérieur du nid de branches et que vous n'atteindriez aucun fruit à l'extérieur.  La branche du cerisier est de surcroît cassante comme du verre et donc extrêmement dangereuse pour les apprentis primates arboricoles. Vient ensuite la technique pour cueillir, tout dépend de la destination des fruits  : fruits à distiller pour faire du Kirch ou fruits de table. La différence est importante et elle n'est pas sans conséquences sur la cueillette. Dans le premier cas les fruits sont cueillis en vrac à l'arraché et de préférence sans leur queue, dans le second ils sont délicatement détachés du rameau porteur avec leurs queues et de préférence par paires. Leur conservation s'en trouve améliorée et les fruits ont belle apparence à l'étal ou sur votre table.

Mon grand père montait en hauteur et je le suivais sur la même échelle à quelques deux mètres du sol. Chacun de nous disposait d'un panier en osier accroché à un barreau de l'échelle et nous essayions de le remplir le plus vite possible. Nous abandonnions toujours les cerises accessibles du sol, mon grand père en avait fait une règle intangible. Ces fruits étaient abandonnés aux passants ou à ceux qui rentraient du travail aux champs et étaient assoiffés. Ils appartenaient également aux enfants qui se livraient aux joies de la maraude et nous savions tous comment déclarer nos tendres sentiments aux jeunes filles qui nous accompagnaient dans ces expéditions.

Il suffisait d'accrocher derrière une oreille délicate, après avoir écarté doucement d'un doigt tremblant la mèche qui la recouvrait, deux cerises encore appairées. Le message était d'une grande clarté, les mots n'étaient pas nécessaires pour se faire comprendre des intéressées. Le temps de cerises en prendra une signification subliminale à vie pour moi. Je souris intérieurement chaque fois que je m'arrête au mois de juin devant l'étal des fruits frais d'une grande surface et ne peut m'empêcher de prélever une boucle d'oreille de bigarreaux et de l'accrocher à l'oreille de la première jeune femme passant par là. Je choisis toujours pour cela un commerce où seules celles qui ne manquent ni d'humour ni de poésie se donnent rendez-vous pour leurs petits achats. J'évite surtout celles qui sont accompagnées, pour m'éviter le pire.

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