LA DARONNE de Jean Paul Salomé

Il vaut mieux être une délurée, en belle santé, jolie et riche qu'une pauvresse comme job, geignarde et plaintive, avec des douleurs partout et en étant moche de surcroît

" La daronne " vient de sortir en DVD.

 

A Hollywood tout finit presque toujours au mieux dans le meilleur des mondes. Le happy end hollywoodien veille à ce que la morale soit sauve pour que petits et grands soient édifiés et ne se laissent pas aller à penser que le crime pourrait mieux payer qu'un vrai et honnête travail. En quelque sorte, la version américaine de la prévention de la délinquance et un pur fantasme pour dissuader quiconque de se lancer dans le hold-up ou l'escroquerie.

L'issue d'un film c'est l'arrestation des méchants et la neutralisation du Mal. Un comédien digne de ce nom et au sommet de sa gloire acceptera à la rigueur de jouer les arnaqueurs mais il n'acceptera pas  d'être abattu comme un chien pour autant. Il négociera le scénario avec la même âpreté que le producteur qui n'accepte pas que le voyou fasse un pied de nez à la morale publique. Tout est alors affaire de compromis dont a négociation peut être laborieuse.

 Prudence/Isabelle Huppert travaille dans un service de police comme traductrice de l'arabe en français et retour. Elle décrypte les écoutes téléphoniques que Hippolyte Girardot, son nouveau commandant et en même temps amoureux , lui confie. Philippe/Hippolyte Girardot mène une enquête sur un trafic de haschich dont les protagonistes sont sur écoute. Un trafic d'ampleur, qui ne se mesure pas en quelques grammes d'herbes vendus à la sauvette au coin d'une rue, mais un vrai trafic qui se chiffre en centaines de kilos.

La traductrice et interprète découvre que le convoyeur de la marchandise est le fils de l'infirmière qui s'occupe de sa vieille mère hébergée en Ehpad. Elle flaire l'opportunité et organise un détournement de ce qu'elle transformera très vite en magot.

La daronne, c'est Isabelle Huppert, c'est le surnom que l'équipe de son amoureux donne à la mystérieuse bonne femme, inconnue du service  et qui inonde le marché de Paris d'herbe marocaine. Elle est une méchante, jolie et sympathique certes, mais une méchante roublarde comme Hollywood les aime avant de les sacrifier sur l'autel de la bienséance. Elle porte la Djellaba brodée de fil d'or et le foulard avec une élégance et une prestance à faire se damner l'islamiste le plus obtus, comme le spectateur le plus innocent. Le film tourne autour du personnage que Isabelle Huppert incarne.

La daronne narre l'extraordinaire et extravagante aventure de cette trafiquante hors normes, des pieds nickelés avec lesquels elle s'est associée pour écouler le haschich volé et des vrais méchants menés par une sorte de Pat Hibulaire plus vrai que nature. C'est souvent amusant car Isabelle Huppert sait l'être, surtout à contre-emploi. Ce serait un peu léger toutefois s'il n'y avait pas quelques seconds rôle hauts en couleur comme Madame Fo, une voisine chinoise qui n'a pas les yeux dans les poches et fait dans le trafic de pièces détachées d'automobiles ou encore sa vieille mère juive ashkénaze dont les dernières volontés sont de voir ses cendres éparpillées entre les rayons des Galeries Lafayette qu'elle préférait de loin au zoo de Vincennes.

Le film est distrayant mais ce n'est pas une raison pour ne pas réaliser que décidément le crime paye et qu'il vaut mieux être une délurée, en belle santé, jolie et riche qu'une pauvresse comme job, geignarde et plaintive, avec des douleurs partout et en étant moche de surcroît. Il faut savoir choisir. C'est la conclusion à laquelle Prudence/Daronne/Huppert est sans doute arrivée, il n'est pas sûr que son commandant et amoureux la contredise franchement. L'espoir que bien mal acquis profite le plus longtemps possible n'est jamais mort et tant pis pour la morale hollywoodienne !

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