Swallow de Carlo Mirabella-Davis

Le rejeton, fils unique, d'une famille bourgeoise dont l'ouverture d'esprit ne semble pas la vertu cardinale n'est lui-même pas précisément un modèle de mari aimant, même s'il semble en maîtriser la rhétorique amoureuse.

 

Il y a des comportements de l'être humain qui nous déconcerteront toujours même si des bribes d'explication nous sont données. La kleptomanie en est un. Voleur ou voleuse pathologique, le kleptomane s'approprie tout ce qui passe à la portée de sa main dans le domaine où sa monomanie s'est fixée. L'auto mutilation en est un autre avec toutes ses variantes selon la partie du corps qui est agressée.

Les troubles du comportement alimentaire font partie de ces conduites pathologiques dont souffrent certains d'entre nous. Anorexie, hyperphagie ou boulimie, le moins possible ou pas du tout, parfois le plus possible dans le temps le plus court ou en permanence.

Ma première pensée est allée à l'hirondelle dont swallow est la traduction. Association d'idées rapide associant la pie qui vole et engloutit tout ce qui attire son attention et les becs grand ouverts des hirondeaux dans leur nid quand la mère revient de la chasse. La proximité avec Schwalbe, l'hirondelle allemande, qui gobe les insectes sans interrompre son vol, m'a immédiatement effleuré. J'ignore si l'origine du verbe to swalow, avaler ou engloutir en anglais, a seulement à voir avec ces oisillons et leurs parents anglais et allemands, si le verbe exprimant leur gloutonnerie à servi à désigner le glouton ou si le glouton déjà baptisé avait fait naître un verbe nouveau.

Hunter souffre d'un trouble du comportement alimentaire qui consiste à avaler des objets ou des substances non alimentaires. On parle du pica , du substantif latin qui désigne justement la pie. Si la Faculté excelle dans le recensement des variations du pica selon la nature des ingestions, elle ne progresse que lentement et prudemment pour ce qui est de l'étiologie de la maladie. Hunter se livre en plein repas à un accès de pagophagie qui consiste à mastiquer avec délectation des glaçons. Une fois seule, elle pratique l'acuphagie qui consiste à ingurgiter des objets dangereux comme une pile électrique ou une épingle et même un clou de 10 cm entraînant une intervention chirurgicale qui va révéler l'affection à la famille.

Nous assistons à ces comportements de Hunter, en découvrant les symptômes de sa maladie et nous essayons inévitablement de les relier à une cause. Tour à tour, nous pensons qu'une explication résiderait dans le fait qu'elle soit enceinte, puis nous découvrons qu'elle est au yeux de sa belle famille une pièce rapportée et son mariage teintée de mésalliance. Le rejeton, fils unique, d'une famille bourgeoise dont l'ouverture d'esprit ne semble pas la vertu cardinale n'est lui-même pas précisément un modèle de mari aimant, même s'il semble en maîtriser la rhétorique amoureuse.

Après la pagophagie, puis l'acuphagie Hunter nous fait un accès de géophagie qui consiste à manger de la terre. La belle-famille affecte à sa surveillance étroite un infirmier, garde-malade, réfugié syrien qui a déjà gardé la grand-mère avec efficience. Il la laisse s'échapper quand la famille décide son internement dans un hôpital psychiatrique. Réfugiée dans un motel, Hunter pille les plate-bandes et se gave d'humus frais.

Peut-être conscient de nos interrogations, de notre perplexité grandissante, Carlo Mirabella-Davis met fin à sa démarche d'entomologiste chargé de la rédaction d'une note pour Doctossimo. Sans nous prévenir, il fait sortir Hunter de son anonymat mélancolique renforcé par une photographie et une ambiance qui font penser aux tableaux de Edward Hopper. Le réalisateur attribue les comportements psychotiques de la jeune femme à son origine et son passé d'enfant issue d'un viol de sa mère, sans s'étendre davantage sur ce qu'elle a vécu de ce fait.

Sans doute que Hunter souffrait d'un mal-être souterrain bien avant son mariage. D'être enceinte et de vivre entourée d'une belle-famille maltraitante, sous des dehors bienveillants et attentionnés, ont certainement joué un rôle déclencheur de son pica. Swallow raconte la souffrance de Hunter mais également sa renaissance.

 

 

 

 

 

 

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