SPRING IS COMING

Santé ! Santé les amis ! Et surtout n'hésitez pas à regarder le printemps qui vient droit dans les yeux et à prendre le taureau par les cornes.

Je connais une calabraise dans la force de l’âge et dans la plénitude de l’humour qui, dès potron-minet, boit de belles lampées d’huile d’olive à même le goulot de la bouteille. Elle dit vouloir s’assurer ainsi une belle longévité et que l’huile d’olive pressée à froid et vierge-extra consommée sans modération serait un des moyens les plus sûrs pour y parvenir.

Cela m’a immédiatement remis en mémoire que l’ail et le curcuma additionnés de poivre noir sont les autres ingrédients d’une potion magique qui pourrait bien faire de nous des centenaires gambadant joyeusement dès les premiers rayons du soleil printanier et cela jusqu’aux dernières lueurs de l’été indien, nous autorisant à réserver l’hiver et ses frimas au tarot, à la lecture et aux séries télévisées sans trop d’inconvénients.

Fort de ces informations, je demande confirmation à mon médecin référant et à une apothicairesse de ma connaissance. Toutes les deux me regardent longuement, songeuses, puis elles consentent à me dire du bout des lèvres : « Cela ne peut pas faire de mal ». Fort de l’imprimatur de la faculté, je m’empresse donc de vous communiquer la recette de mon élixir de jouvence et potion magique mêlés qui permettrait de retarder l’apparition d’un futur cancer. Celui du sein pour les dames, celui de la prostate pour nous autres et celui du côlon et du rectum pour tout le monde.

Vous avez noté au passage les prudences dont je m'entoure pour ne pas être accusé d'exercice illégal de la médecine et surtout ne pas être assimilé à un colporteur de recettes miraculeuses sous le couvert d'une confidence de ma grand-mère. J'ai parlé au conditionnel. Je n'ai pas oublié par ailleurs de prendre ma part d'hypocrisie en suggérant que je m'exprime selon la formule mille fois entendue « sous le contrôle de » d'une apothicairesse supervisée elle-même par une doctoresse. Les précautions que j'affiche s'apparentent à la prudence de celui qui n'a ni confiance en sa ceinture, ni en ses bretelles pour tenir son pantalon et décide de porter les deux.

Je ne dispense pas mes recommandations par altruisme ou en raison d’un accès subit de générosité débridée, encore moins parce que j’aurais quelques placements lucratifs dans la production d’huile d’olive. Je le fais par pur égoïsme. Je n’ai aucune envie de me retrouver, seul centenaire ou, plus insupportable encore, d’être seul à gambader par monts et par vaux, contant fleurette à gauche et étrillant joyeusement et même férocement à droite pendant que vous vous pelotonnez sous une vieille couverture de laine, collés au radiateur, sirotant une camomille avant de vous faire une bouillotte. Pire encore, entrain de faire votre chimio en râlant comme un putois contre l’univers entier.

Donc. Dans un bol, vous versez une rasade d’excellente huile d’olive, vous incorporez une gousse d’ail écrasée à l’aide d’un pressoir...à ail. Vous mélangez bien. Vous mettez une petite cuillère à café de curcuma complétée par une pincée de poivre noir. Vous mélangez de manière à obtenir une pâte bien homogène que sa texture permet de tartiner. Vous étalez un peu de cette pâte sur une tranche de pain et vous mangez la tartine. Inutile de mettre une couche trop épaisse, ni d’en manger trois d’affilée ou encore de renouveler l’opération quinze fois par jour en espérant rajeunir plus vite. La curcumine, qui comme son nom l’indique, est le principe actif du curcuma n’est absorbée que par petite dose. Le poivre en décuplerait l’action, quant à l’huile d’olive et l’ail, cela ne peut pas faire de mal.

Pensez cependant à vous essuyer les lèvres et ses alentours, le curcuma colore joliment et avec ténacité. Un bain de bouche peut également se révéler utile surtout si vous sortez danser et si vous devez inviter une jolie demoiselle à danser un slow. Je parle d’expérience, non pas avec de l’ail mais avec une tartine au fromage de Munster car il est loin le temps où nous pouvions danser sans inconvénient même avec une haleine fétide. Le temps où nous dansions le menuet, la gavotte et la gigue sans se faire face et toujours à bonne distance.

Santé ! Santé les amis ! Et surtout n'hésitez pas à regarder le printemps qui vient, droit dans les yeux et à prendre le taureau par les cornes.

 

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