MAFIOSA de Eric Rochant , Pierre Leccia et Louis Choquette

Comme vous ne le savez certainement pas , les vrais hommes picolent, fument le cigare et baisent le plus souvent possible. Comme vous le savez sans doute, les vraies femmes picolent parfois, fument des cigarettes à bouts filtre dorés, font un peu la cuisine, préparent la relève et reposent le guerrier.

Comme vous ne le savez certainement pas , les vrais hommes picolent, fument le cigare et baisent le plus souvent possible. Comme vous le savez sans doute, les vraies femmes picolent parfois, fument des cigarettes à bouts filtre dorés, font un peu la cuisine, préparent la relève et reposent le guerrier.

Dans Mafiosa les hommes et les femmes, un peu moins nombreuses, font tout cela en mieux mais surtout en plus généreux. Les hommes ne se contentent pas de défourailler et à jouer du calibre à tout va mais ils baisent à couilles rabattues tout ce qui passe à leur portée. Non seulement les femmes se déshabillent ou escaladent des barres verticales en le faisant, ce qui est bien plus difficile, mais elles se font baiser et sucent chaque fois qu'on le leur demande.

Quatre saisons puis une ultime saison, 40 épisodes tournés sur huit ans. Un arbre généalogique et le casting qui va avec, proposés sur Wikipédia. Une saga, pâle copie du Parrain de Francis Ford Coppola qui avait réussi à montrer en neuf heures ce que Eric Rochant , Pierre Leccia et Louis Choquette ne sauront pas démontrer de manière convaincante en 30 heures. On lance de mauvais regards, on menace, on tatane ou on mitraille à longueur d'épisodes, puis on recommence pour bien rappeler que c'est le genre qui veut cela.

Au détour du scénario Hugues Pagan, nous fait comprendre que l'argent coule à flots tantôt en provenance d'un racket, tantôt d'un petit trafic illicite, tantôt de l'exploitation d'établissements où des danseuses accortes partagent quelques bouteilles de champagne avec des messieurs esseulés ; parfois l'argent est aussi en provenance de cercles de jeux dont on a pris le contrôle en faisant de très gros yeux. La schnouf également assure quelques revenus confortables mais attention, on ne deale pas, on ne fait que dans l'import-export, à la rigueur dans la vente en gros.

Bien sûr, nous sommes sur l'île de Beauté. Pour ceux qui l'auraient oublié, le chant polyphonique corse est là pour nous le rappeler aux moments censés être les plus corses de la série. De temps à autre, une petite déclaration en langue du pays et le rappel de l'existence d'une tradition locale servent d'ancrage dans le terroir. Des accointances entre la politique et le grand banditisme il n'est pas question, même si le maire est parfois sollicité quand il s'agit de modifier le plan d'occupation des sols et d'accorder un permis de construire. Charles Pasqua n'avait pas à s'inquiéter et ses héritiers politiques peuvent continuer à dormir tranquilles sur leurs deux oreilles. Mystérieusement, un président de cour d'assises semble, au détour d'une conversation, montrer un vague intérêt pour la question sans qu'on sache vraiment s'il se fait le porte-parole de quelque officine tapie dans l'ombre ou s'il exprime un vœu d'apaisement comme magistrat en exercice.

Hélène Fillières est Sandra Paoli, la mafiosa. Elle est la seule présente du premier épisode de la première saison au dernier épisode de l'ultime saison. Sa nièce dont le papa a été farci de plomb par la première, est la dernière à l'avoir vue vivante, selon l'expression consacrée, pendant les dernières secondes de l'ultime épisode. La série se meurt faute de mafiosi, sauf à faire ressusciter Sandra comme autrefois JR dans Dallas. Il est peu probable qu'Eric Rochant accepte de s'y coller une nouvelle fois en montant dans la galère que représente la série. Carmen Paoli, la séduisante nièce, ne paraît pas non plus manifester le moindre intérêt pour relever l'entreprise mafieuse familiale car elle entame une carrière d'honnête femme sans doute en convolant en justes noces avec le capitaine de police Alain Damiani qui était d'ailleurs déjà un peu corse et a même montrer quelque bienveillance pour les "natios" qui bien que très cagoulés ne disent pas que des bêtises selon lui. Il est regrettable que ces "natios" semblent acquérir leurs cagoules chez le même fournisseur que les mafieux. Cela crée de la confusion.

Deux ou trois petites choses encore avant de vous quitter pour regarder une nouvelle fois la trilogie des Parrains et reprendre conscience que mafia et pratique mafieuse ne reposent pas seulement sur la poudre qui parle et que banditisme est désormais plutôt en col blanc.

Il a dû être très éprouvant pour Hélène Fillières d'interpréter Sandra Paoli et cela à plus d'un titre. Quand une comédienne décroche le rôle principale et que deux seconds couteaux comme Eric Fraticelli/Tony Campana et Fréréric Graziani/ Manu Mordiconi vous volent la vedette dès la troisième saison en étant plus mafioso que vous, le désespoir doit s'installer.

Sandra Paoli est l'héritière du clan Paoli par la volonté de son oncle, peut-être son père en fait. Une femme à la tête d'un clan de culture méditerranéenne composé d'hommes enfouraillés jusqu'aux dents et pour qui la femme est plutôt aux fourneaux et à la layette, à la rigueur derrière le bar ou à la barre de danse, qu'en train de penser et de donner des ordres ? Les hommes , les vrais hommes s'en trouvent martyrisés. Sandra devra s'imposer.

D'abord , en ne portant plus que des chemisiers dont les manches s'arrêtent à mi-avant-bras pour bien mettre en évidence des mains qu'elle veut faire prendre pour des battoires menaçantes. Ensuite en adoptant une démarche à petits pas lents et réguliers, comme si elle glissait sur le sol, comme pour rendre son approche plus silencieuse, plus furtive et plus menaçante. Elle aime surgir de derrière une tenture ou un mur, à l'improviste, quand on l'attende le moins ; un léger mouvement de balancier des bras  que complète un petit balancement des mains qui donnent l'impression qu'elles sont autonomes et prêtes à gifler à tout va. Enfin, le regard est toujours  sombre, perçant et noir, les lèvres pincées en permanence et même le sourire sont chargés de menaces.

Pour faire bon poids, il faut être un mec en jupon. Les frères Bouamen, Moktar et Nader, interprétés par Joey Starr, toujours aussi caricatural, et Reda Kateb, plus tendre que jamais, seront deux des nombreux étalons qu'elle épuisera avant de les faire exécuter. Il y en eut d'autres, au fil des saisons, aux destins divers. Sandra n'est pas mise au lit par un mec, elle met les mecs dans son lit et même ne rechigne pas à y mettre une prostituée sicilienne, plus nunuche qu'inquiétante. C'est vous dire qu'elle n'a pas froid aux yeux et qu'elle est bien « l'homme le plus dangereux de Corse » comme l'annonçait la bande- annonce de la série.

Ce sont les postures, les démarches, les rictus parfois ridicules de Sandra/Hélène Fillières que j'ai retenus. Nous savons qu'à trop jouer un certain type de rôle ou à interpréter l'un d'entre eux trop longtemps, un comédien ou une comédienne finit par en être imprégné jusqu'à en devenir l'otage. J'espère que Hélène Fillières en a réchappé et est redevenue la femme séduisante et la comédienne diverse qu'elle était.

 

Post scriptum

" Elle aime d'ailleurs surgir de derrière une tenture ou un mur, à l'improviste, quand on l'attend le moins " disais-je.

Mon chat, perché sur mon épaule, me fait remarquer que les réalisateurs ont bien raison de faire surgir Sandra Paoli de derrière un mur ou une tenture quand elle s'apprête à  canarder. Si elle jouait ses règlements de compte comme Charles Bronson à la fin de "Il était une fois dans l'ouest ", ce ne serait pas crédible dans un film de gangster et qu'à sa connaissance Ennio Morricone n'a jamais écrit de polyphonie corse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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