THE LIGHT OF MY LIFE de Casey Aflek

Qui peut imaginer que le manque d'enfants de sexe féminin, en raison d'une politique qui privilégierait la naissance de garçons, pourrait conduire les hommes à organiser des rapts de jeunes filles pour assurer le renouvellement des générations ou plus simplement pour assouvir leurs besoins sexuels ?

 

Après la catastrophe, les repères s'effondrent et il faut, coûte que coûte, continuer de vivre mais d'abord de survivre.

 Rag/ Anna Pniowsky est la lumière de la vie de son père. Elle a 12 ans et elle est une survivante d'un virus qui a frappé la société et décimé la population féminine. Ils évoluent désormais dans un monde sans femmes et sans enfants et ils sont en fuite pour se protéger d'une société gagnée par la brutalité et dominée par les instincts primaires qu'aucune force de l'ordre ne régule plus.

 Light of my light (Lumière de ma vie) relate la fuite éperdue d'un père et de sa fille déguisée en garçon pour se protéger plus facilement. Leurs rares incursions en ville n'ont pour seul but que de se ravitailler en attirant le moins possible l'attention sur eux. C'est la loi de la jungle qui régit désormais les relations sociales  ; l'autre est toujours un danger potentiel, suspicion et méfiance sont la règle. Les deux fugitifs tentent de survivre en traversant des forêts profondes et désertes, ils sont toujours sur le qui-vive, toujours prêts à replier leur tente et rassembler leurs maigres affaires pour s'enfuir.

Une maison abandonnée leur offrira un moment de répit, mais lors de leur dernier passage en ville, ils ont été repérés et suivis par des individus à la recherche de proies possibles. Le père/ Casey Aflek prend conscience que cette fuite sans fin ne peut durer éternellement, surtout que les premiers froids de l'hiver se font de plus en plus cruellement ressentir. Il se souvient alors de la maison de ses grands-parents, qu'il a bien connue dans son enfance ; elle pourrait être un havre de paix et surtout offrir la sécurité à sa fille. Ils se mettent en route.

La maison familiale est désormais occupée par trois hommes qui constituent une petite communauté spirituelle paisible et qui leur offrent gîte et couvert. Ils ne sont pas un danger, même quand ils comprennent que le jeune garçon est en fait une fille. La seule chose dont l'un d'entre eux veut s'assurer c'est que la fille est bien avec son véritable père et non une enfant volée. Rag et son père vont connaître un moment de répit. De courte durée.

Light of my life est empreint de monotonie, en dehors des scènes de fuites, il y a peu d'action. Le spectateur sent la menace omniprésente, peut se projeter dans une situation, mais difficilement s'identifier avec le personnage principal. Ce n'est sans doute pas ce que Casey Aflek, qui est également le réalisateur du film, escompte. Sans chercher à me substituer à lui et à préjuger de ses intentions, on peut formuler une autre hypothèse.

Nous sommes tellement habitués à une forme de confort et de sécurité que nous avons du mal à imaginer une rupture radicale et une remise en cause profonde de ce qui fait notre quotidien. Nous pouvons toujours envisager le pire, les œuvres de sciences-fiction et d'anticipation nous y convient régulièrement, mais il reste du domaine de l'hypothétique, donc toujours du peu probable. Peut-être est-ce à cette approche nouvelle de la réalité, peut-être est-ce à nous extirper de notre zone de confort, que le réalisateur nous invite, le plus simplement du monde.

Qui consent à imaginer sérieusement une société dans laquelle aucune police, aucun service de sécurité ne garantirait le respect des règles de la vie collective et de la vie tout court ?

Qui aurait pu imaginer que, pendant plusieurs mois, il a fallu maintenir fermés des commerces, des lieux de travail et demander à la population de se confiner chez elle en ne limitant ses sorties qu'à celles strictement nécessaires ?

Qui peut imaginer que le manque d'enfants de sexe féminin, en raison d'une politique qui privilégierait la naissance de garçons, pourrait conduire les hommes à organiser des rapts de jeunes filles pour assurer le renouvellement des générations ou plus simplement pour assouvir leurs besoins sexuels ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.