LE BATON DU BERGER

Vivre sous la houlette d'un mari jaloux n'a rien d'enviable pour les dames simplement soucieuses de leur liberté d'aller et venir. Sous la houlette de Pétain et Laval la France s'était déshonorée. Métaphore, quand tu nous tiens !

Le bâton du berger n'a strictement aucun rapport avec un saucisson sec et encore moins avec le sexe du grand compositeur qui rendit heureuse France Gall. Il était généralement une tige de noisetier prélevée dans une cépée de cet arbre et d'une hauteur de quelques deux mètres et se terminant par une crosse obtenue par un long trempage dans de l'eau chaude comme pour l'obtention de la spatule d'un ski en bois d'autrefois. La brebis n'étant pas toujours facile à approcher, son berger pouvait ainsi l'attraper à distance par une patte à l'aide de son bâton courbée pour la traire, l'examiner de près ou simplement la ramener dans le droit chemin.

L'Eglise catholique qui est friande de métaphores en dota ses évêques pour ramener dans le droit chemin les curés égarés ou rassembler en troupeau compact le peuple chrétien. Le bâton du berger devenu crosse épiscopale n'a pas le même usage que la houlette à laquelle certains par mégarde l'assimilent.

La houlette du berger est un bâton de noisetier qui se prolonge par une sorte de petite pelle métallique qui permet au berger de ramasser sans peine quelques petits cailloux ou petites mottes de terre puis de les projeter avec adresse sur le dos d'une brebis qui s'éloigne du troupeau et qu'il veut rappeler à l'ordre. Le bâton fait alors en un second temps propulseur permettant de lancer les projectiles plus loin sans perdre en précision.

Mon grand oncle Albert qui, une veille de Noël me fabriqua une houlette pour me permettre de jouer un rôle de berger dans une crèche vivante, me fit croire à un usage très différent de l'instrument. Je l'avais interrogé sur l'utilité de la petite pelle qui m'intriguait fortement. Il m'expliqua que le berger l'utilisait pour creuser un petit trou chaque fois qu'il avait une envie pressante pour aussitôt enterrer ses étrons une fois le besoin satisfait. Cela pour lui éviter de marcher dedans. Je m'étais satisfait de sa réponse mais je le savais facétieux et j'avais un doute lancinant. C'est ce doute qui m'a fait creuser la question et qui me permet aujourd'hui de partager avec vous le fruit de ma recherche. Il n'y a pas de sottes curiosités, elles sont toujours jubilatoires.

Vivre sous la houlette d'un mari jaloux n'a rien d'enviable pour les dames simplement soucieuses de leur liberté d'aller et venir. Sous la houlette de Pétain et Laval la France s'était déshonorée. Métaphore, quand tu nous tiens !

 

 

 

 

 

 

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