NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES

On m'a souvent dit, que pour séduire les jeunes femmes, il fallait d'abord les faire rire. Personne n'a su me dire comment faire si elles étaient dépourvues d'humour, ce qui est relativement fréquent.

JE VOUS AI TANT AIMEES

On m'a souvent dit, que pour séduire les jeunes femmes, il fallait d'abord les faire rire. Personne n'a su me dire comment faire si elles étaient dépourvues d'humour, ce qui est relativement fréquent. En écrivant cela, Ana Belle, qui lit toujours par-dessus mon épaule, me fait remarquer que je m'engage sur un terrain extrêmement glissant. Pour quelle raison vouloir séduire des femmes jeunes et en plus de les rêver si nombreuses ? Ne serait-il pas plus raisonnable de se contenter d'en séduire une seule, en la choisissant bien ? Quand il s'agit de savoir comment on fait pour bien choisir, Ana Belle reste évidemment coite.

Petite digression pour le plaisir. Pour le plaisir de l'esprit, car dans la vie il n'y a pas que le plaisir de la chair et ceux de la bonne chère.

Coi vient du latin « quietus » qui a donné « quiétude » comme dans « en toute quiétude ». Si Ana Belle restait coite, son cousin Vittore Zemafore se serait tenu coi et ensemble ils seraient cois, mais mes lectrices et généralement admiratrices plutôt coites. Je vous présenterai un jour Ana Belle et Vittore Zemafore , ils gagnent à être connus. Je reviens pour l'instant à la lancinante question de la séduction qui nous agite tous si intensément.

Parmi les nombreux conseils qu'Ana Belle me donne avec une belle régularité, il en est un qu'elle me donne de manière récurrente comme un refrain qui scande ses propos et qui me hante : « Prends garde à ne pas aimer trop tard une femme trop jeune ». Alors que généralement, je suspends mes élans dès qu'Ana Belle se penche à mon oreille, Vittore murmure aussitôt à mon autre oreille que la vie est si belle et qu'elle vaut la peine d'être vécue. Le désintéressement de la première est aussi vrai que la profonde bienveillance que me voue le second, ce qui rend les choses plus difficiles, d'autant plus que je résiste à tout mais si peu à la tentation.

Tout en devisant gaiement avec vous, je viens de croiser la veuve Clicquot. Je la connais depuis une éternité et apprécie toujours d'échanger quelques mots aimables avec elle. Son affabilité est bien connue, son sens des affaires également et les deux ne sont pas forcément incompatibles, quoiqu'en pensent les quelques amis qui me restent du côté de la France de l'insoumission. Madame Clicquot est une femme d'âge moyen donc entre deux âges, plutôt séduisante, parfois séductrice mê...

Je vois Marlène Schiappa froncer des sourcils et entreprendre de me fusiller du regard. Je ne sais plus à quel sein me vouer. Mes prudences diplomatiques sur l’âge de Mme Clicquot ne l’ont guère amadouée. Je parle de Marlène et de son courroux naissant car la veuve est, elle, parfaitement pacifique. Je pressens que désormais mon compte est bon, au mieux une amende conséquente, au pire une longue interdiction de séjour ! Avec la délicieuse Marlène d'un côté et la France de l’ insoumission qui a repris à son compte l'abonnement au magazine de couture Burda de l’autre, je vis de manière dangereuse. Le monde change vite, la femme actuelle vit désormais le sabre au clair même si dans Burda il y a toujours un patron à découper.

La séduction est un art difficile. Faites-les sourire d'abord, puis rire peu à peu, en évitant toutefois le rire aux larmes qui risque de donner le hoquet et surtout, prévenez le rire à gorge déployée qui est un peu indécent surtout sur la voie publique. Une fois que le ton juste est trouvé et le rire bien ajusté, ne croyez pas être sortis de l'auberge. Comment enchaîner tout de suite après le rire ? Si vous n'avez rien prévu, vous allez être confrontés à un temps mort pendant lequel vous perdrez au mieux tout le bénéfice de votre premier exploit, mais vous risquez qu'elle vous dise : « Vous me faites bien rire ». Ceci soulignera impitoyablement non seulement votre improvisation mais rendra également le fil visible. Votre humour doit être irrésistible. Il ne le sera que s'il vous est intrinsèque et non pas de circonstance et quelque peu surjoué. N'offrez pas prise à cette pensée terrible : « Il ne manque pas d'humour ». Quand cette pensée se fera mots, cela donnera immanquablement un cruel : « Vous ne manquez pas d'air ». Et cela ne se rattrape pas.

 Evitez également de vous lancer dans une comparaison des performances du moteur diesel et à essence. Vous allez vous égarer dans ce qui peut très vite devenir polémique. Il fut un temps où les convictions politiques jouaient un rôle de tout premier ordre dans le noble art de la séduction. Nous étions alors dans la haute couture de la séduction. Ces temps sont révolus, les pièges y sont désormais particulièrement nombreux et meurtriers. Il vaut mieux laisser cela aux grands dans leur cour réservée. Si vous vous étiez avisés d'aller conter fleurette à une ravissante porteuse de bannière au Trocadéro un certain dimanche après midi d’avril de l'an passé en lui vantant les mérites du salaire universel et les joies du mariage pour tous, il n'est pas certain qu'elle aurait succombé.

Quoique...laisse glisser entre ses dents Vittore : « Il y avait bien dans le Pas-de-Calais, un député socialiste qui avait épousé une ambitieuse assistante parlementaire de l'UMP qui s'était acoquinée avec Sarkozy puis Fillon ». L'histoire ne dit pas si ce séducteur atypique a seulement le sens des opportunités ou s'il est une exception à la règle. Nous ne pouvons l'interroger sur cela car son propre parti a choisi de l'écarter, non pas pour des amours politiquement transgressives mais pour des motifs plus terre à terre. L'amour est enfant de bohème et j'aurais l'amour sectaire, laisse entendre Ana Belle. J'assume très bien.

Certains préconisent de poursuivre sur la lancée d'un humour de bon aloi. C’est vite dit ! Il faut de la suite dans les idées et il est plus facile d'être spirituel quelques minutes par jour, de temps à autre, que de l'être en permanence. Il vaut mieux également ne pas être contraint d'entamer des enchaînements rapides à un rythme soutenu en pensant empêcher ainsi l'objet de votre convoitise de reprendre haleine. Vous risquez vous-même d’en perdre le souffle.

Il faut savoir ménager des pauses. En invitant à admirer la beauté du coucher du soleil ou le vert feuillage d’un tilleul en fleurs par exemple. Dans ce dernier cas, il n’est pas absolument nécessaire d’évoquer la tisane de camomille mêlée de fleurs de tilleul de votre grand-mère, même si une subite association d’idée vous a effleurés. Ne la jouez pas trop modeste tout de même mais laissez à Jean Gabin et à Michèle Morgan la tirade culte de la beauté du regard car une crise de fou rire au mauvais mauvais compromettrait définitivement vos desseins.

Faites comme vous le sentez, en espérant que la charmante demoiselle y mettra un peu du sien et apportera sa contribution à vos efforts. Si ce n’était pas le cas, ce serait vraiment à désespérer de tout. J’ignore si Marlène a réfléchi à tout cela et quelles contre-mesures elle envisage de mettre en place pour que les demoiselles continuent à connaître les plaisirs de nos conversations impromptues.

Le doute est installé. Pas plus tard que hier, me promenant sur le chemin de halage du canal d'Aire, j’ai appris par un marinier accosté, que le prix d’une motorisation de péniche pouvait atteindre des sommets et dépasser en tout cas quarante mille euros. J’en suis resté abasourdi et soudainement agité d’un désir fou de partager cette information inédite. Avisant une jeune femme très blonde circulant sur un vélo de randonneuse mais prenant quelque repos sur un banc, je lui pose la question brûlante : « Savez-vous à combien s’élève le prix d’ un moteur de péniche ? ». Devant son air interdit, je lui annonçai tout de go le prix. Elle aurait pu me demander si les frais de pose du moteur était inclus ce qui aurait permis de longs échanges. Elle n’en fit rien et me rétorqua simplement : « C’est toujours utile à savoir », puis se tut. Surpris, je ne sus que lui dire alors je lui souhaitai une agréable fin de matinée.













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