UNE FINE EQUIPE de Mohamed Hamidi

Une belle équipe est un film léger, mais il n'est pas de la gnognotte.

Il ne faut pas grand chose à Mohamed Hamidi pour torcher un petit film qui ressemble à une bonne bouteille qu'il sortirait de derrière les fagots. Mais avant toute chose, précipitons-nous sur un bon dictionnaire pour ne pas nous induire en erreur. Par torcher on sous-entend un travail sans soin, bâclé et brouillon : ce n'est pas ainsi que j'entendais le mot. Je lui adjoins avec insistance l'adverbe " bien " et affirme haut et fort qu'Une belle équipe est bien torché, joliment torché même, et je suis guilleret d'avoir vu ce film, comme je l'étais déjà après avoir vu La vache du même réalisateur.

Dans une commune de l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais, une équipe de football locale est prise dans la tourmente suite à une altercation entre joueurs adverses en plein match dont l'arbitre lui-même a fait les frais. Il n'en faut pas plus pour qu'une sanction sévère de la Fédération Française de Football s'abatte sur le club : suspension de tous les joueurs ce qui signifie fin de saison prématurée. Ce sont les filles, parfois les épouses, qui vont se substituer à eux pendant que les maris, compagnons et la gente masculine de la commune...torcheront les enfants, donneront la becquée et surveilleront les devoirs avant de s'installer dans les gradins pour regarder les joueuses et les encourager. Cette substitution ne coule évidemment pas de source et connaîtra des rebondissements divers.

Marlène Schiappa aurait pu être la capitaine de cette fine équipe, mais retenue par les municipales à Paris, elle a dû décliner l'offre avec beaucoup de regrets, semble-t-il. L'équipe marquera peu de buts mais ses joueuses pleines de vie et de truculence nous tirent des bordées droit au cœur. En entraîneur de football Kad Merad n'en fait pas trop et en reste toujours à un jeu sobre qui permet à une belle brochette de seconds rôles de s'épanouir et de réjouir nos esgourdes autant que nos mirettes.

Homme moi-même, mais pour combien de temps encore, j'ai envie de dire Qu'est-ce que nous sommes cons parfois ! Ma voisine de séance, à deux ou trois rangées de là, si j'en juge d'après son rire et surtout ce qui le déclenchait, avait l'air de penser Qu'est-ce que nous pouvons être connes parfois ! Ici con et conne n'ont plus rien de péjoratif, bien au contraire. Notre autodérision a quelque chose de salvateur et quand j'ai quitté la salle le sourire au lèvre en avançant comme sur des roulettes, comme une pintade qui aurait chaussé des rollers, allais-je dire.

Une belle équipe est un film léger, mais il n'est pas de la gnognotte.

 

 

 

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