30 JOURS MAX de Tarek Boudali

Je connais le nom du dialoguiste, mais je lui ai promis de taire son nom et personne ne pourra dire qu'il n'aurait pas aimé vivre avec moi en 1942, car je ne le dénoncerai pas même contre des places gratuites au cinéma.

J'ai toujours eu un faible pour les ahuris et je dois vous dire que j'en connais quelques-uns. Prendre un verre avec un authentique ahuri, c'est être assuré de passer un moment hors du commun. Je préfère de loin côtoyer quelques ahuris chevronnés qu'un seul con même diplômé, mais à chacun ses préférences. Un ahuri vous fait sourire, rire même, alors qu'un con vous désespère.

Il faut distinguer formellement deux catégories d'ahuris. Les ahuris statiques qui se contentent de peu et trouvent même un certain plaisir à tourner en rond et les ahuris dynamiques et entreprenants qui n'en ratent pas une. Les premiers sont plutôt apaisants quand les seconds vous emportent vers les sommets.

Rayane est un policier qui ne cesse de consterner ses collègues. Il finit par se surprendre lui-même quand il découvre qu'il ne lui reste que 30 jours à vivre, du fait d'une maladie incurable transmise par un rat qui l'a mordu après une chute du septième étage dans une poubelle. C'est de ce jour-là, et du diagnostic médical qui a suivi, que date son entrée dans la grande famille des ahuris. Cela ne s'est pas fait du jour au lendemain, mais progressivement jusqu'à atteindre des sommets, ceux que j'évoquais plus haut. En fait, Rayane est un ahuri inclassable qui n'appartient à aucune des deux catégories précédemment citées, il serait plutôt du genre ahuri qui se dépasse et qui se surpasse en permanence. Il est en quelque sorte un ahuri d'un genre nouveau, un spécimen plus vrai que nature par la magie du cinéma !

30 jours max est un film réduit à son expression la plus simple. Prenez un grand sac en toile de jute, fourrez-y tout ce qui traîne ou qui vous passe par la tête, évitez le moindre tri, il n'y a sans doute pas grand chose à jeter, ajouter un pigeon qui fiente sur le nez de l'ahuri, un hérisson plein de piquants sur lequel il s'assoit à deux reprises, deux rats, un bébé sorti de nulle part et tentez de le passer entre les barreaux de la grille d'entrée alors qu'il est trop gros. N'oubliez pas de grandes rasades de pop-corn à glisser sous le masque et à semer sur la moquette de la salle de cinéma. Et vous avez à la fois le cadre et l'ambiance.

L'argument du film est simple. Il y a des policiers, un commissariat, il faut donc des gangsters à traquer et de la poudre à empêcher de circuler. La bande du rat sera traquée sans pitié et neutralisée. Non, vous n'y être plus, il ne s'agit pas de la bande du rat qui a méchamment mordu Rayane mais celle de José Garcia un gros bonnet de la schnouf qui se fait surnommer le Rat.

Prenez deux gags, filmez-les. Le premier, plausible, du coup de feu en l'air qui décroche un ventilateur, une lampe ou une pendule, a déjà fait ses preuves, le second, plus original ,qui consiste à faire un saut le long d'une façade à la manière du Raid ou du GIGN, accroché à un tuyau de lance d'incendie qui se déroule, est déjà plus recherché.

Une enfilade de gags plus douteux les uns que les autres, allant du catch, à la greffe par erreur de deux seins à un officier de police, en passant par l'empreinte de deux fesses et des testicules sur le plafond après une chute à l'étage *, jalonnent ce qui a été rassemblé pour devenir ce que certains continuent à appeler un film.

Pierre Dudan et Grégory Boutboul sont les deux scénaristes qui se sont associés avec Rayane/Tarek Boudali pour commettre la triste farce que je viens de voir. Je connais le nom du dialoguiste, mais je lui ai promis de taire son nom et personne ne pourra dire qu'il n'aurait pas aimé vivre avec moi en 1942, car je ne le dénoncerai pas même contre des places gratuites au cinéma. Il y aurait pourtant de quoi. Par exemple, quand le rat, le second par ordre d'apparition sur l'écran, menace Rayane d'enfoncer une broche à Kebab dans le fondement de sa grand-mère puis de la faire tourner jusqu'à ce que ses fesses soient rouges ou encore de la désosser comme un gigot d'agneau, nous ne sommes pas loin de Victor Hugo dans Autant en emporte le vent.

Soyez apaisé et reprenez vos esprits. Tout finira bien, Rayane épousera Stéphanie sa ravissante collègue promue commissaire de police. Dans la saison 2 envisagée, ils auront de beaux enfants qui entreront un jour dans la police à leur tour mais dont la grand-mère, qui a renoncé à se faire élire miss quelque-chose , assurera la garde en attendant ; pendant que les parents voleront vers d'autres aventures encore plus réjouissantes. Nous ne sommes pas à Hollywood, mais c'est tout comme.

*Si vous n'avez pas compris le comment des traces, dites-le moi je vous expliquerai plus longuement car c'est difficile à dire en 3 mots. Nous sommes au cinéma et tout est très visuel.

 

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