LES BEAUX JOURS SONT REVENUS

Ne baissez plus les yeux et ne regardez ni le bout de vos souliers ni celui de votre nez. Regardez autour de vous and enjoy !

LE RETOUR DES BEAUX JOURS

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Vitrine à Marseille

Fonds photographique du chroniqueur.

Les beaux jours reviennent, ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous aller au meilleur de nous-même pour la plus grande joie de tous. Joliment dit, non ?

Il faut toujours se garder des généralisations car elles sont facilement abusives. Dès que nous sommes en présence de la diversité des genres, que le masculin côtoie le féminin, tout s'emballe. Un piéton est un piéton et une piétonne en quelque sorte un piéton en jupe ou en robe surtout à la belle saison. Ni l'un, ni l'autre ne doit être harcelé ou sifflé. Ceci est valable également pour les écossais. Les écossaises sont hors compétition car rien ne permet de les identifier clairement et de les distinguer d'une piétonne en tenue ordinaire. Ce n'est d’ailleurs pas une raison pour les siffler, à tout hasard.

Les bavards professionnels et parmi eux quelques démagogues patentés, quand il sont invités à donner un avis à la télévision, aiment commencer, parfois finir, leur péroraison par : « Je parle sous le contrôle de... ». Je vais donc faire comme eux pour afficher moi également une certaine prudence, je vais parler sous le contrôle de Marlène Schiappa. Sous son contrôle, mais sans être sûr de rien car pour charmante qu'elle soit, Marlène est capable d'une grande versatilité, elle est encline à s'agacer très vite et toujours prompte à vouloir sévir. Elle aime taper sur les doigts même quand ils ne sont pas baladeurs et personne ne sait d'où lui vient cette extrême nervosité.

De la même manière que je distingue mes lectrices de mes lecteurs, je distingue dans la rue les piétonnes des piétons. Je reconnais toutefois que la distinction est plus facile au printemps et en été, à la belle saison donc, qu'en hiver quand, indistinctement, tout le monde est emmitouflé, engoncé même, dans de gros manteaux ou des pelisses qui ne laissent plus rien deviner des charmes d'une silhouette. Quand le froid devient polaire, les silhouettes le deviennent également. Essayez donc de distinguer un inuit d'une inuite...Plus la température baisse et plus la différenciation devient impossible.

J'ai pensé pendant un certain temps, que le réchauffement climatique allait voler à notre secours et offrir un plaisir durable à mon œil égrillard, mais depuis que je sais que ce réchauffement en cours peut parfaitement se traduire par un abaissement de la température, il n'est même pas sûr que nous reverrons encore de la belle saison à jupes volant dans l'air tendre. Nous devrons sans doute nous contenter du plaisir en boîte avec Maryline Monroe ou à la limite avec Annie Duperey passant sur une bouche d'aération dans un parking souterrain. Ne vous méprenez pas, n'allez pas croire que je sois de ceux qui sous prétexte d'hygiène de l'oeil ne pensent qu'à se le rincer en permanence. Je trouve simplement un authentique plaisir à voir la silhouette aérienne des piétonnes que je ne siffle jamais, bien qu'elles soient la plus belle animation de nos rues. Marlène a décidé de nous couper le sifflet mais personne n'empêchera jamais nos sifflements admiratifs intérieurs. Je suis un adepte du sourire et du sifflement intérieurs.

Pour clore le cas Marlène Schiappa, convenons qu'elle a des qualités et des convictions mais elle me donne parfois le sentiment de prendre trop d'élan et de sauter plus loin qu'elle ne l'aurait peut être elle-même voulu. C'est sans doute un des excès de l'esprit militant qui se laisse parfois par l'impatience et la fébrilité gagner.

Je n'ai aucune affection particulière pour les brigades contre le vice et pour la vertu. Je rêve d'une société apaisée dans laquelle la parole reste libre, le compliment flatteur et revigorant, une société dans laquelle on ne confond pas la drague lourde et le harcèlement avilissant avec le plaisir de se conter fleurette à tout instant. Je propose d'inscrire dans les programmes scolaires et cela dès la maternelle un cycle « Bienséance et caresses du regard ». Un enseignement non optionnel et obligatoire bien entendu.

A ce sujet justement, il est amusant de rappeler qu'il y a sifflement et sifflement et qu'ils ne se valent pas. Il y a bien des années, s'est tenu à Carthage en Tunisie, un festival de musique où Pétula Clark s'est produite. A l'issue de sa prestation, un véritable concert de sifflements retentit dans l'amphithéâtre antique de la ville. Pétula Clark quitta la scène pour se réfugier dans sa loge en pleurant à chaudes larmes. On avait oublié de lui dire que les spectateurs tunisiens honoraient celles et ceux qu'ils ont aimés en sifflant à tout va. De là, à encourager les vulgarités de la rue auxquelles quelques balourds attardés s'adonnent de temps à autre, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Les piétonnes sont une bénédiction pour l'humanité en générale et notre humanité profonde en particulier. Elles maîtrisent avec un rare talent l'art subtil du renouvellement, de la transformation, de la créativité en un mot. Je glisse rapidement sur l'apparition des jeans déchirés laissant apparaître un ou plusieurs genoux et même un peu plus parfois, toutes choses de peu d'intérêt souvent.

Je vois un léger froncement de sourcils, je devine un soupçon d'intolérance, de parti pris même, je perçois un début de réprobation, j'entrevois une désapprobation en devenir. Laissez moi me porter au devant de vous.

 

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Leggins troués ou genoux dénudés ?

Fonds photographiques du chroniqueur.

Le pantalon savamment déchiré, aux effilochages non moins savants, m'est aussi insupportable que le short flottant et le marcel, même si c'est pour mieux exposer, à la vue de tous, des tatouages qui laissent songeurs et dont le sens m'échappe la plupart du temps. Ajoutez à cela une paire de chaussures de sports ou même des tongues et nous soupirerons de concert.

J'ai ri de bon cœur et j'en ris encore quand je pense à cette publicité mettant en scène une mère attentive qui s'empare du jeans déchiré de sa fille partie prendre une douche et la fait profiter ainsi de ses talents de couturière. J'en ris pour une double raison. La première parce que l'idée était lumineuse et admirablement mise en image, la seconde parce que je ne me souviens absolument pas de l'objet de la publicité. Ainsi le publiciste avait eu une idée de génie que le cinéaste par son talent avait détournée pour la seule gloire du 7ème art.

Ce sont les tatouages qui me fascinent le plus. Monocolores ou multicolores, ils se dissimulent parfois juste à point et révèlent bien leurs propriétaires que je suppose satisfaits d'eux-même. Le florilège est dans la rue. Deux vipères entrelacées prêtes à s'entredévorer, une sirène aux cheveux mi-longs alanguie sur un rocher, l'ancre de Popeye, un encrier avec une plume d'oie, pour ce qui est du figuratif ; puis le cabalistique, le mystique et l'ésotérique ; enfin le littéraire, parfois en chinois ou en japonais jamais en arabe. « A ma mère » disait l'un, « J'ai souffert mais j'ai pas cédé » surenchérissait l'autre, « A Jacqueline, pour la vie » affirmait le troisième en se promenant la main dans la main avec Geneviève.

 

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Tatouage

Fonds photographique du chroniqueur

Et puis, et puis. L'évènement s'est produit. Une vache. Sur un sein naissant batifolant dans la dentelle. Une rareté. Une pièce de collection. Toute affaire cessante, après avoir regardé d'abord à gauche, puis à droite et jeté un dernier coup d'oeil sur mes arrières, j'aborde l'heureuse propriétaire du bovidé bicolore et lui propose avec un large sourire de prendre ce bijou de l'art pictural sur peau douce en photo avec mon smartphone. Je n'essuie pas un refus et ne me fais ni gifler, ni tataner, bien au contraire. La jeune personne ne manque pas d'humour et me lance joyeusement : « Heureusement que vous ne collectionnez pas les photos de tétons car là il y aurait tout de même eu un problème ! ». C'est moi qui du coup ai appelé Marlène à mon secours. Elle n'était pas à son bureau ce matin-là. Malheureusement !

Le masculin l’emporterait sur le féminin ce qui justifierait bien des accords au masculin pluriel, j’en ai semé quelques uns plus haut. Cet état de choses dont je ne suis pas personnellement responsable aurait encore de beaux jours devant lui. Nouveaux froncements de sourcils que je fais mine de ne pas voir. Si je prends le critère de l’élégance vestimentaire, cette supériorité n’est en rien justifiée mais son inverse ne l’est pas plus. Allons-nous vraiment faire rivaliser le leggin déchiré d'une demoiselle même tatouée avec le short-marcel-tongues d'un grand mâle bondissant avec une casquette giratoire ?

J'aime la légèreté des beaux jours. J'aime l'interdiction de fumer dans les lieux clos. Elle peuple nos rues de jeunes femmes qui fument paisiblement une cigarette en tuant un peu de temps. Je crains bien sûr pour leur santé mais ce serait dommage qu'elles abandonnent la cigarette ! Que feraient-elles debout bêtement sur le trottoir à ne rien faire ?

Parfois, distraitement, je vais leur faire un brin de conversation. Je m'enquiers de savoir si leur cigarette est bonne, ce qui n'a rien d'étonnant de la part d'un ancien fumeur. Lors des frimas de l'hiver, j'enchaînais volontiers en m'inquiétant du vilain rhume ou de la fluxion de poitrine dont elles pourraient être les innocentes victimes. Cette approche est évidement superfétatoire à la belle saison pendant laquelle seule une insolation liée à une exposition trop brutale ou prolongée au soleil est à craindre. Heureusement que les employeurs attentifs veillent au grain des peaux et leur évitent le pire en distribuant généreusement des crème solaires à leurs employées comme ils le font depuis longtemps pour les employés en leur offrant des savons à barbe.

Pour faire court, le-la-les employé-ée-és-ées se sont vu-ue-us-ues distribuer respectivement un ou plusieurs tubes de crème solaire et un ou plusieurs pots de savon à barbe.

J'aime la rue, j'aime les terrasses de café qui donnent sur les places. Plus particulièrement quand il fait beau et quand le temps nous appartient. La rue est un spectacle avec ses acteurs et ses actrices. Pour ce qui me concerne, je préfère de loin les secondes. Plus vives, plus créatives, plus amusantes et plus belles. Ainsi est faite la nature, ainsi est ma nature. Je me souviens de cette jeune personne portant des escarpins à talons très hauts et avançant à tâtons sur une place aux vieux pavés déchaussés, en tout cas très inégaux. Je la regardais avancer et presque malgré moi, j'entendais une petite voix intérieure me susurrer : « Tombera ! Tombera pas ».

Un autre jour, toujours en première loge au théâtre de la rue, installé à la terrasse de mon café préféré, je vois dans le lointain une silhouette élégante qui effectuait une danse. Deux ou trois pas en avant, arrêt, un pas en arrière puis pivot sur sa gauche, scansion du pied sur l'asphalte, mouvement de haut en bas du bras gauche puis d'avant en arrière pour aboutir à un enroulé très harmonieux pendant que le bras droit replié restait immobile, la main levée. Magnifique. Surtout vu de loin. Trois pas en avant mais un seul en arrière : gain de deux pas à chaque figure. Lentement mais inexorablement la danseuse devait en bonne logique se rapprocher de moi. Quand je distinguai enfin un peu mieux son visage, je réalisai que celui-ci était extrêmement mobile et participait à la scansion.

Pendant un court instant je me suis dit, qu'il n'était pas sûr que ce qu'elle esquissait étaient des pas de danse, elle avait surtout l'air de quelqu'un de perturbé qui ne maîtrisait pas totalement ni sa gestuelle, ni ses expressions. Je réalisai soudain qu'elle ne dansait nullement mais qu'elle était en train de téléphoner, et que de toute évidence, elle se disputait vivement avec son interlocutrice qui était sans doute un interlocuteur.

C'est à tout cela que Marlène Schiappa a tenté de mettre une fin et de ces petits plaisirs de la vie qu'elle veut nous priver. Je dis nous priver car je suis désormais méfiant, je préfère me réfugier derrière nous tous et ne pas apparaître en première ligne, rapport à la brigade légère dont Monsieur Colomb, autrefois ministre de l'intérieur fut l'initiateur. Il envisageait, à la demande insistante de qui vous devinez désormais, de créer des brigades de policiers spécialisés dotés de tablettes numériques pour nous prendre sur le fait et grâce à une connexion internet mobile être en mesure de vérifier immédiatement si nous ne sommes pas de dangereux récidivistes de surcroît.

Le mouvement social revêtu en jaune mobilisait semaine après semaine le ban et l'arrière ban de la maréchaussée. La brigade très spécialisée dont j'évoque les exploits à venir avait été momentanément affectée à d'autres tâches, ce qui nous permettait de souffler un peu avant qu'elle ne se mette à nous courser dans les rues. C'est fini tout cela, le jaune a déserté les ronds-points puis les rues, en fin notre maréchaussée retrouve ses plaisirs premiers et ses taquineries et nous nos innocents jeux de séduction en tout lieu à tout moment. Les chats et les souris peuvent reprendre leurs petits jeux.

J'ai longuement hésité avant de renoncer à vivre dangereusement mais là cela en était trop. Désormais, je ne parle plus à celles qui fument, j'évite même de leur sourire en passant devant elle, de peur qu'elles ne me sourient en retour. Cela commence toujours par des sourires ; après, la porte est ouverte à bien des transports qu'il vaut mieux ne plus envisager et encore plus éviter. Je me contente donc de ce mystérieux sourire intérieur que vous me rendez si bien, mesdames et mesdemoiselles qu'il convient désormais de regrouper impérativement sous le premier vocable pour ne pas s'attirer des ennuis supplémentaires.



 

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