SCANDALE de Jay Roach

Feriez-vous glisser votre jupe vers le haut jusqu'à découvrir un petit bout de votre culotte blanche ? Pour un poste, plus en vue et mieux rémunéré, accepteriez-vous de faire ainsi plaisir à votre patron ?

Feriez-vous glisser votre jupe vers le haut jusqu'à découvrir un petit bout de votre culotte blanche ? Pour un poste, plus en vue et mieux rémunéré, accepteriez-vous de faire ainsi plaisir à votre patron ? Je suis sûr que non et pourtant toute une rédaction féminine d'une chaîne de télévision américaine, l'une après l'autre, ont accepté et sont même allées jusqu'à tailler moult pipes à Roger Ailes son PDG.

Fox News Channel est une chaîne de télévision d'information en continu faisant partie du groupe du magnat de la presse Ruppert Murdoch. Une chaîne devenue de plus en plus influente, non pas par la qualité de son traitement de l'information et sa contribution à la vie démocratique du pays, mais en raison de la longueur réduite des jupes, des perspectives offertes par les décolletés et l'intensité des maquillages des présentatrices. La chaîne manie avec un art consommé toutes les outrances et toutes les manipulations de l'information. Elle a contribué à élire Bush le W et surtout Trump dont Roger Ailes était proche et partageait la vision du monde mais également le mépris pour les femmes.

Scandale met en scène les agissements abjects d'un patron de chaîne de télévision et raconte la révolte du pan féminin de la rédaction. La révolte et non pas la prise de conscience, la révolte d'une présentatrice-vedette qui après avoir fait ce qu'on attendait d'elle autant sur le plan sexuel que sur le plan professionnel et après avoir été mise sur le banc de touche pour une remplaçante ambitieuse qui dissimule mal son absence de scrupules derrière des airs de sainte nitouche.

La distribution féminine est aguichante, sexy même et quelques commentateurs bien informés ou fins observateurs laissent entendre que le look des comédiennes retenues respecteraient scrupuleusement celui des protagonistes réelles de l'histoire racontée. Les costumes contribuent à éclipser les membres masculins de la rédaction de Fox News et sont un uniforme imposé à des journalistes aux lèvres frémissantes, à l'oeil caressant et aux longues jambes interminables. Le physique avantageux semble être le premier critère de recrutement, ce qui combiné à l'uniforme, rend les journalistes parfaitement interchangeables, cela facilite la vie du DRH qui est en même temps le patron de la chaîne.

Le titre américain du film est Bombshell qui est en l'occurence une manière de parler des femmes du film, au sens le plus trivial : bombes (sous entendu sexuelles). Le titre retenu pour la sortie du film en français est Scandale, sans que nous disposions de plus d'informations sur ce qui, aux yeux du réalisateur et de ceux qui assurent la promotion et la distribution du film en France, fait le plus scandale.

Le scandale de l'affaire de la Fox News, que la présentatrice-vedette Gretchen Carlson avait déclenché en portant plainte pour harcèlement sexuel contre Roger Ailes, entre en résonance avec le procès Weinstein, cette autre affaire de harcèlement et de viol qui est jugé à New-York, ces jours-ci. Le fonctionnement de la chaîne est presque totalement absent du film. Ce fonctionnement repose entièrement sur la manipulation de l'information, la diffusion de faits tronqués, sur le développement des pires théories conspirationnistes pour induire en erreur les citoyens et les électeurs et promouvoir ce que les Etats-Unis abritent de plus réactionnaire.

Jolies pépées et comportements pas jolis, jolis sur l'écran, jolies pépées et noble indignation dans les fauteuils de la salle : Circulez , il n'y a rien d'autre à voir ! Pensez à éteindre la lumière en sortant.

Et bien non, Monsieur Jay Roach. Vous ne vous en tirerez pas à si bon compte, en vous réfugiant derrière le noble souci de rendre vos personnages fidèles à la réalité que vous prétendez nous montrer, en nous invitant au passage à nous rincer l'oeil car hygiène de l'oeil oblige. Il y a un antécédent que vous n'effacerez pas de si tôt et qui vous collera aux basques longtemps.

Au début de l'été 2019, Canal + a diffusé The Loudest Voice de Tom McCarthy et Alex Metcalf. Cette série en sept épisodes a le mérite de raconter l'ascension de Roger Aines, à montrer les appuis dont il a bénéficié, notamment de la part du magnat Murdoch pour créer une chaîne de télévision au service de l'Amérique rance, raciste et qui aime tirer dans le tas. La série démonte minutieusement une méthode de traitement de l'information et le parfait cynisme, totalement dénué de scrupules de Gretchen Carlson qui découvre la vertu quand ses intérêts sont menacés. La série repose sur la longue et minutieuse enquête du journaliste Gabriel Sherman.

L'Amérique, les Etats-Unis, devrais-je dire, porte en elle le meilleur et le pire. Sherman, Metcalf et Mac Carthy et bien d'autres, beaucoup d'autres, font partie de ce meilleur que nous aimons. Il n'est pas sûr que Jay Roach ait sa place parmi eux. En sortant du film j'avais le sentiment qu'on avait cherché à me blouser et cela m'est désagréable. Pour ceux qui aimeraient voir la série The Loudest Voice, je suis au regret de leur dire qu'elle n'est pas éditée en DVD encore et rien ne laisse espérer qu'elle le soit bientôt.

 

 

 

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