MON FILM A MOI...

Soir et matin, quelques kilomètres de marche à pied puis quelques gammes sur clavier. Les jours de grande contrariété, bain de siège à la décoction de camomille.

Je disais dans une autre chronique que d'un film je retenais toujours deux choses : ce qu'il avait touché en moi pendant que la lumière était éteinte et le goût qu'il me laissait dans la bouche pendant quelques instants après, quand je traversais le jardin public pour rentrer chez moi.

Désormais, je serai attentif à une troisième chose : mes réactions pendant la projection. Si je m'endors, c'est mauvais signe, signe que j'aurais pu me lever et m'en aller. Si je ne le fais pas, c'est pour ne pas déranger mes voisins, même si certains d'entre eux sont des compagnons d'infortune pas plus courageux que moi. L'autre raison, c'est que ce ne serait pas très aimable pour les comédiens, même si nous ne sommes pas au spectacle vivant et qu'ils se fichent éperdument que je me lève, que j'éternue ou que je siffle, ou même que je me mette à chanter à tue tête. Je me dis qu'au fond ce n'est pas de leur faute, si le réalisateur est calamiteux et son producteur à la masse pour avoir accepté de financer un navet pareil.

Enfin, je reste également, parce que je suis un incorrigible optimiste, j'attends jusqu'à la fin la divine surprise qui transformerait la citrouille en carrosse. Une voix me susurre que je serais plutôt du genre hypocrite, qui ne quitte pas la salle parce qu'il a payé et qu'il en veut malgré tout pour son pognon, même si c'est au rabais. Selon elle, je ne serais pas vraiment différent de ce compère, qui à la question de savoir pour quelle raison il ne va jamais au cinéma, répondit simplement qu'il avait peur d'être déçu. Ce jour là, j'ai mieux compris pour quelle raison il retenait toujours son pantalon par des bretelles en même temps qu'il portait la ceinture.

 

 

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