PARIS, KIGALI

C'est une chose de qualifier politiquement ou moralement avec tous les excès et abus de langage  auxquels  l'exercice fait toujours appel et une autre de qualifier juridiquement un acte ou une absence d'acte avec pertinence et pour que la qualification ait quelques chances de prospérer.

Le  déplacement à Kigali au Rwanda du président Macron est un moment important qui a été comme souligné par notre voisin et partenaire allemand  confronté à son propre passé en Namibie. Une nation qui accepte de regarder son passé dans les yeux pour le meilleur et le pire se grandit.

Les faits qui nous occupent aujourd'hui, à savoir la question du Rwanda nous concernent profondément. Evitons  les digressions qui nous en éloignent et qui conduisent inévitablement à des divagations et des salmigondis. Bien des commentaires vont dans ce sens.

Il ne s'agit ni de chanter les louanges du président Mitterrand, ni de l'accabler, il est question de dire ce qui a été, sans trembler, de ne pas tomber nous-mêmes dans la cécité. Il s'agit également d'entendre ce que le président Macron a dit mais également ce qu'il n'a pas dit. Il s'agit de respecter la parole de la France qui jusqu'à nouvel ordre est portée par le président en exercice. Ce qui nous donne bien entendu le droit de la critiquer mais certainement pas de remettre une pièce dans le juke-boxe pour baver sur ce qui est tenté.

Personne ne nie le génocide dont les tutsis ont été les victimes sauf ceux qui ont ordonné le génocide et ont trouvé abri au Congo et en France en bénéficiant d'une bienveillance coupable. Il y a bien là une double question qui doit trouver des réponses concrètes. Quelles poursuites contre les premiers et quelles poursuites s'il y a lieu à l'encontre de ceux qui les ont protégés en France.

Il faut que les responsabilités soient clairement établies et des poursuites judiciaires envisagées. Il n'y pas prescription en matière de crimes contre l'humanité. Les donneurs d'ordre génocidaires peuvent être poursuivies et doivent l'être. Poursuivis en Justice en bénéficiant de tous leurs droits.

Quant à Hubert Védrine et quelques officiers supérieurs, ils ne se sont pas rendus coupables directement de crimes et n'ont pas eux-mêmes planifié le génocide.

Alors comment qualifier le fait  qu'ils aient laissé faire ? Comment qualifier le fait que rien n'ait été fait pour empêcher le génocide malgré les informations disponibles ? Comment qualifier l'aide apportée aux génocidaires en fuite et leur protection  pendant si longtemps ?

Comment qualifier les enquêtes dévoyées et des contre-feux allumés pour tenter de dissimuler une réalité gênante, qu'il s'agisse de la volonté forcenée de faire croire que c'est le FPR qui aurait été à la manoeuvre dans l'attentat qui a couté la vie à Juvenal Habyarimana ( le président rwandais) ou des balivernes sur le double génocide au Congo.

Comment qualifier les manoeuvres pour que les archives compromettantes soient restées si longtemps inaccessibles ?

Qualifier. Comment qualifier ? C'est une chose de qualifier politiquement ou moralement avec tous les excès et abus de langage  auxquels  l'exercice fait toujours appel et une autre de qualifier juridiquement un acte ou une absence d'acte avec pertinence et pour que l'action en justice ait quelques chances de prospérer.

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