Hommage à Papa Ricky Mapama, ancien Directeur de programme de Réveil FM !

De 1999 à 2003, Papa Ricky Mapama a été le directeur de programme de Réveil FM, la première radio associative et communautaire de Kinshasa.Nous n'oublions pas nos fous rires à l'émission "Matin Bonheur", saupoudré des impostures téléphoniques de Jean Yves Lafesse dans nos studios de l'immeuble Interfina sur le Boulevard du 30 juin à Kinshasa...

Hommage à Papa Ricky Mapama, ancien Directeur de programme de Réveil FM !

Par Freddy Mulongo, jeudi 1 novembre 2018 Radio Réveil FM International 

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Kinshasa, mars 2001,Papa Ricky Mapama, lors Festival Radiophonique au Palais du peuple. Photo Réveil FM International, archives

Que dire de Papa Ricky Mapama qui est décédé et sera enterré ce samedi 3 novembre 2018 à Lille en France ? Nous apprenons qu'il y a deux semaines, il était souffrant à Kinshasa en République démocratique du Congo et il a été rapatrié en France. A son arrivée, il a été embarqué dans une ambulance pour le CHU de Lille. Après l'hospitalisation et une batterie d'examens, il aurait piqué une crise durant l'opération, le mardi 30 octobre matin vers 6h.

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Kinshasa, mars 2001, Freddy Mulongo raccompagnant Dominique Sakombi Inongo, Ministre de l'information et Communication. Photo Réveil FM International, archives

Nous n'oublions pas nos fous rires à l'émission "Matin Bonheur", saupoudré des impostures téléphoniques de Jean Yves Lafesse dans nos studios de l'immeuble Interfina sur le Boulevard du 30 juin à Kinshasa, Papa Ricky Mapama en bon animateur avait du répondant. Il était simple, serein, ouvert, aimant les autres mais surtout espiègle. De 1999 à 2003, Papa Ricky Mapama a été le directeur de programme de Réveil FM, la première radio associative et communautaire de Kinshasa. Après, il est allé travaillé au Centre Lokolé (Search for Common Ground) et avait poursuivi son chemin dans d'autres ONG-Congolaises. Pour nous la vraie information est celle de proximité. Il fallait donner la parole à ceux qui vivent et subissent l'événement, pas uniquement les fameux décideurs. Etre la voix des sans voix, c'est ça notre ligne éditoriale claire. La direction de Réveil FM avait deux directeurs : Papa Ricky Mapama, directeur de programme et Papa Kalonji Kamulele, directeur administratif et financier. Nous revenons ici, l'organisation du Festival Radiophonique-Fréquences Libres ou le pluralisme radiophonique du 19 au 21 mars 2001, des pays de l'Afrique centrale, après la fermeture abusive de Réveil FM-28 jours de radio silence à Kinshasa, par le ministre Dominique Sakombi Inongo en septembre 2000. Avec Papa Ricky Mapama et Papa Kalonji Kamulele, nous avions travaillé ensemble sur ce projet initié par Réveil FM, rien n'avait été fait auparavant. La réussite du Festival Radiophonique dépassa nos projections.

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Kinshasa, mars 2001,Papa Ricky Mapama faisant signant signer la Charte des radios communautaires aux radioteurs. Photo Réveil FM International, archives

Après notre première rencontre à Paris, Papa Ricky Mapama avait décidé de rentrer au Congo et avait vécu la fuite du dictateur Mobutu, l'entrée de l'AFDL et l'agression Rwando-Ougando-Burundaise de 2 août 1998 avec ses conséquences: coupure d'électricité, décès des nourrissons dans des couveuses, denrées alimentaires rares...ça l'avait déconcerté, il avait décidé de s’éloigner de Kinshasa et se tourner vers la plantation des champs à Mbakana. A mon retour au pays, je suis allé le chercher dans la parcelle familiale à Inzia 46/A, quartier Matongé, commune de Kalamu. Je l'avais convaincu de partager avec nos jeunes compatriotes, son expérience expérience radiophonique à la radio Campus de Lille, Réveil FM a été inauguré le 20 novembre 1999 à Kinshasa. Bien avant, à deux, nous avions assumé la formation durant trois mois, avant l'ouverture de la radio, de la trentaine des étudiants de l'IFACIC, Université Protestante, l'Institut National des Arts et l'Institut Catholique qui devaient faire par la suite l'ossature des journalistes-animateurs (trices) de Réveil FM à Kinshasa. Notre station de radio n'a jamais piqué les journalistes et animateurs venant d'autres médias. Nous formions des jeunes dans la vision d'un média citoyen, alternatif de proximité. Aucune information diffusée sur Réveil FM n'a jamais été payante. Nous avons toujours combattu le "Coupage" ! Si un journaliste ou animateur quémandait de l'argent pour diffuser l'info, il était viré illico presto. L'information doit être libre et l'indépendance de Réveil FM en dépendait.

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Kinshasa, mars 2001, Freddy Mulongo prononçant le discours d'ouverture du Festival Radiophonique. Photo Réveil FM International, archives

Mon discours fut ancré sur la liberté d'expression et de la presse, thermomètre de la démocratie dans un pays. Dominique Sakombi Inongo, alors Ministre de l'information et Communication, prit 45 minutes répondant point par point de mon discours avant de prononcer le mot d'ouverture du Festival Radiophonique avec des radoteurs de la République démocratique du Congo, du Congo-Brazzaville, du Gabon, du Cameroun, du Tchad, du Burundi et nos amis de la France. Les ambassadeurs présents dans la salle au Palais du peuple n'en revenaient pas. Bernard Sexe, qui assurait l'intérim de l'ambassadeur de France à Kinshasa, vient me voir et me dit: "Freddy Mulongo, si tu vas en prison, la France t'apportera des oranges. C'est très fort ce que tu as osé dire à ton ministre" ! A Kinshasa, de 1999-2007, Réveil FM fut ne radio de proximité, pluraliste, où jeunes, travailleurs, chômeurs, femmes, personnes âgées, handicapés, artistes, entrepreneurs étaient invités à prendre la parole, c’est-à-dire tous les citoyens sans exclusion ni titre ni mérite. Réveil FM était au service de la population locale tout en faisant la promotion de son identité et son expression culturelle. C'est la seule dans la capitale qui avait des émissions en langues vernaculaires: Kimbala, kiyombe, Kisakata, Tshiluba, Kingombe, Kilubakat... Réveil FM était une radio comme la ville, une radio pour tous où ceux qui croient tout savoir et ceux qui pensent ne rien comprendre avaient la parole. Mais aussi un lieu de rencontre de toutes les forces vives, toutes les ethnies et tribus de la République démocratique du Congo. Enfin, un instrument de participation de la population au développement de la vie locale. Réveil FM faisait la promotion de la paix, la compréhension entre communautés congolaises et combattait avec force le tribalisme, le racisme, l’apartheid, la guerre et autres maux.

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Des journalistes et animateurs de toutes les origines et provinces de la République démocratique du Congo: Gérôme Bokolongo Nkolombe, Nelly Assina, Karine Ngalibaya, Edmond Ngoie Mukendi, Justin Yumba, Françoise Mukuku, Voka Mule, Karine Mafuta Mbo, Chantal Koshi Poloto, Nana Mbala, Mimi Engumba, Ebengo, Joe Barry Kassanda, Adam Shemisi, Docteur Ndoki, José Kalumire, Mathieu Tshilumba, Auguste César Kanku, César Ntangu Lihau, Amani Kingombe, César Tshiamala, Michel Ndiku, Pathron Mulongo, Michel Otto, Felly Mukendi, Tony Mwepu, Kiki NKulu, Héritier Sidiakala, Ben Kalunga

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Des journalistes et animateurs de Réveil FM. Photo Réveil FM International, archives

Il y a plus aberrant qu'un ministre qui ment publiquement comme il respire. Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta", fieffé menteur restera dans l'histoire de la République démocratique du Congo comme l'un des prédateurs de la liberté de la presse. Nommé ministre de l'information par M'zée Laurent-Désiré Kabila, celui qui fut le Goebbels de Mobutu cru bon de réchauffer les méthodes mobutistes de propagande, formatage et envoûtements des esprits. Le 14 septembre 2000, il convoqua tous les responsables des médias audiovisuels de Kinshasa à l'Institut Congolais de l'audiovisuel (ICA) dans l'enceinte de la RTNC. Arrivée en retard, Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta" se mit à menacer tout le monde, il qualifia le pluralisme médiatique du paysage audiovisuel congolais de la "Cour du roi Pétaud", "où chacun est maître et agit comme bon lui semble". Le 16 septembre 2000, Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta" ferme six stations de radio et quatre chaînes de télévision interdites". Pour la radio catholique Elikya, il évoqua le manque d'attestation de bonne vie et mœurs du Cardinal Etsou, quant à Réveil FM, à cause de nos informations de proximité, non institutionnelles, il nous qualifia de radio subversive...Des raisons politiques maquillées en serpent de mer administratif. Nous publions le communiqué de Reporters sans frontières de l'époque.

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Des journalistes et animateurs de Réveil FM. Photo Réveil FM International, archives

Dans une lettre adressée au ministre de la Communication, M. Dominique Sakombi, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre l'interdiction de diffusion de dix entreprises de presse audiovisuelles. L'organisation a demandé au ministre de "bien vouloir revenir sur [sa] décision afin de permettre à ces dix médias de recommencer à émettre normalement". "On peut s'étonner que, moins de deux semaines après sa prise de fonction à la tête du ministère de la Communication, M. Sakombi prenne une telle mesure qui réduit au silence la quasi-totalité des médias privés audiovisuels. Cela montre, une fois encore, le peu de volonté des autorités de ce pays, à laisser se développer une presse libre et indépendante", a ajouté Robert Ménard, le secrétaire général de l'organisation. RSF a également rappelé que la République démocratique du Congo a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui garantit, dans son article 19, la liberté de "recevoir et de répandre des informations". Selon les informations recueillies par RSF, le ministre de la Communication a pris un arrêté, le 14 septembre 2000, interdisant la diffusion des médias suivants : Radio Elikya,Radio Réveil FM, Radio Malebo Broadcast Channel, Radio TKM et Television TKM, Radio Sentinelle, Radio Kintuadi, Antenne A Television, Canal Kin 1 et Canal Kin 2. Le ministre a affirmé que ces médias ne respectaient pas "les dispositions finales du cahier des charges pour les stations de radio et/ou de télévision privées". En dehors de la Radio-télévision nationale du Congo (RTNC - organe d'Etat), un seul groupe privé, Raga TV et Raga FM, peut continuer à émettre.

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Réveil FM fut fermé par Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta" arbitrairement et abusivement durant 28 jours. Au lieu de nous abattre les 28 jours de radio silence affermirent notre détermination pour la défense la liberté de la presse au Congo. C'est chaque jour, que nous montions les 17 étages sans ascenseur de la Tour de la RTNC jusqu'au bureau de Sakombi pour réclamer notre récépissé. C'est aussi grâce à cette fermeture que nous avons eu la lumineuse idée d'organiser à Kinshasa, le festival Fréquences libres ou le pluralisme radiophonique qui a eu lieu du 21 au 24 mars 2001 au Palais du peuple. Plus tard, j’apprendrais que Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta" n'avait pas apprécié que je l'ai appelé"Frère Jacob, en conférence de presse", nom qu'il avait emprunté lors de sa fausse conversion à la foi chrétienne, après avoir été un fétichiste-sataniste !

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Kinshasa, Papa Ricky Mapama modérateur avec un radioteur Tchadien. Photo Réveil FM International, archives

La défense de la liberté de la presse vaut son pesant d'or dans un pays comme la République démocratique du Congo où le pluralisme médiatique est frelaté. Chaque ministre, sénateur, député a son journal, sa radio et télévision. Une triste réalité, qui fait que les médias sont otages des politicailleurs-ventripotents, sans idéaux, ni convictions ni valeurs démocratiques. Le remplissage de leur tube digestive est le premier de tous leurs soucis. Le musellement de la presse est un sport favori. Le Congo a vraiment du chemin à faire dans ce domaine.

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Kinshasa, Nzubi Lobito et Freddy Mulongo au palais du peuple. Photo Réveil FM International, archives

Chacun de nous a fait des choses plus importantes dans sa vie. Organiser un Festival Radiophonique à Kinshasa, avec autant des radioteurs venus d'Afrique centrale, dans un pays où un chef d'Etat a été assassiné au palais présidentiel deux mois auparavant, le secteur médiatique étant sensible, venant de France nous étions considérés comme des subversifs...il fallait y penser et le faire ! Merci Papa Ricky Mapama pour ton apport au pluralisme médiatique en République démocratique du Congo. La France fut ton inspiration, mais le Congo fut le lieu où tu as partagé ton savoir et expertise. Nos jeunes formés écument dans tous les médias du paysage médiatique congolais

Nos condoléances, les plus attristés à ta famille de Lille et de Kinshasa.

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