Freddy Mulongo
Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.
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Billet de blog 4 déc. 2015

Togo: Le quotidien Liberté, un journal de combat ! La voix des sans voix !

La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas ! Le quotidien Liberté au Togo est le plus titillant du pouvoir de Faure Eyadema. Le journal Liberté use de sa liberté ! Qualifié abusivement de journal d'opposition, Liberté est un journal de l'alternance politique au Togo. Ce qui est louable dans toute démocratie.

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Togo: Le quotidien Liberté, un journal de combat ! La voix des sans voix !

  Par Freddy Mulongo  Radio Réveil FM International 

Zeus Komi Aziadouvo, patron de presse et président du patronat de la presse togolaise (PPT). Photo Réveil FM International

La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas ! Le quotidien Liberté au Togo est le plus titillant du pouvoir de Faure Eyadema. Le journal Liberté use de sa liberté ! Qualifié abusivement de journal d'opposition, Liberté est un journal de l'alternance politique au Togo. Ce qui est louable dans toute démocratie. Le site internet de Liberté est bousillé, pas moyen d'y placer de nouveaux articles. Comme partout en Afrique, des journaux véhéments, sournoisement on les asphyxie économiquement ! Il suffit de passer un mot d'ordre aux ministères et entreprises publiques, de ne passer ni messages et publicités dans ces journaux. Certains meurent, à Lomé Liberté fait de la résistance. En effet le Journal Liberté est le seul qui a sa propre imprimerie dans son siège. Pas besoin aux journalistes d'aller au marbre !

A Liberté, ils sont jeunes et mordants ! Photo Réveil FM International

Diaspora=Exil forcé Il faut que ça change peut-on lire sur le T-shirt d'un des rédacteurs de Liberté. Photo Réveil FM International

Il est 18h45, lorsque nous arrivons à Liberté. Zeus Komi Aziadouvo, le patron du groupe de presse Liberté nous amène gentiment dans son bureau et répond à nos questions. Il nous fait visiter sa rédaction et nous amène dans la salle des machines. Le siège de Liberté est à Hanoukopé, non loin de l'Eglise Catholique St Antoine de Padoue.

Nous vous proposons cet article de liberté sur la Repénalisation du délit de presse au Togo !

« Repénalisation du délit de presse ».

C’est le terme utilisé par un confrère pour qualifier les dispositions de l’article 497 du nouveau Code pénal adopté lundi dernier par les députés de l’Union pour la République (Unir), en complicité avec ceux du Comité d’action pour le renouveau (Car). Ces dispositions qui statuent sur des peines d’emprisonnement ne font que consacrer le recul de la liberté de la presse au Togo sous Faure Gnassingbé. Le fils formé dans les pays civilisés défait royalement ce que le père a fait. Son règne n’aura été, entre autres vices, qu’une longue histoire de prédation de la liberté de la presse.

Un article qui consacre le retour des peines de prison pour délit de presse

« La publication, la diffusion ou la reproduction par quelque moyen que ce soit de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle trouble la paix publique, ou est susceptible de la troubler, est punie d’une peine d’emprisonnement de 6 (six) mois à 2 (deux) ans et d’une amende de cinq cent mille (500.000) à (2) deux millions de FCFA ou de l’une de ces deux peines». C’est le contenu de l’article 497 du nouveau Code pénal qui consacre le retour aux peines d’emprisonnement pour les journalistes. En clair, on peut envoyer de nouveau au Togo un journaliste en prison pour un délit de presse. Et c’est à juste titre que cela suscite le courroux des organisations de défense de la presse, même si certains associations et professionnels de la communication ont encore le talent d’user de langue de bois devant ce danger qui mine l’exercice de leur profession au Togo.

Cet article « porte les germes liberticides de la presse et remet en cause les dispositions du Code de la presse et de la communication en son article 82 qui stipule : « la diffusion ou la publication d’informations contraires à la réalité dans le but manifeste de manipuler les consciences ou de déformer l’information ou les faits est passible d’une peine d’amende de 500 mille à un million de FCFA » (…) Par ailleurs, l’article 497 en question porte gravement atteinte aux prérogatives régaliennes de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) dans son rôle de régulation de la presse par le suivi des démentis, de la publication des droits de réponse et de règlement à l’amiable conformément à sa loi organique. Il ôte également les fonctions d’autorégulation de l’OTM, l’Observatoire Togolais des Médias qui est censé être le tribunal des pairs. Il consacre donc à l’organe judiciaire, le pouvoir répressif du délit de presse », fustigent huit (08) organisations de défense de la presse dont le Patronat de la presse togolaise (Ppt), SOS Journaliste en danger, le Syndicat des journalistes indépendants du Togo (Synjit).

C’est manifeste, le pouvoir Faure Gnassingbé « bascule dangereusement dans la prédation de la liberté des journalistes après de vaines tentatives de modifier pour les mêmes objectifs la loi organique de la presse ». Et c’est à raison qu’elles « demandent au gouvernement et à l’Assemblée nationale de procéder sans délai au retrait pur et simple de l’article 497 du projet du nouveau Code pénal ». L’introduction de ces dispositions n’est que l’aboutissement d’un processus de braconnage de la liberté de presse enclenché depuis son avènement au pouvoir par Faure Gnassingbé.

Une histoire de prédation de la liberté de presse

Avant le vote de ce nouveau Code pénal, la presse était déjà l’objet de tentatives de musellement. Comme si les convocations intempestives et autres harcèlements de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) ne suffisaient pas, le pouvoir a fait renforcer ses prérogatives. C’était en février 2013. Le projet avait suscité une levée de boucliers des organisations de la presse les plus conscientes de la menace qui plane sur l’exercice de la profession. Malgré les cris de colère des journalistes, les députés du pouvoir, aidés de ceux de l’Union des forces de changement (Ufc), l’avaient adoubé le 19 février 2013. Le texte donnait à Kokou Tozoun et les siens l’opportunité d’adresser des mises en demeure aux organes et prononcer, le cas échéant, des suspensions et des interdictions de publication ou de diffusion, autant de prérogatives dont elle était dépourvue.

Les journalistes avaient dénoncé cette loi en son temps et même manifesté. C’est au cours d’un sit-in organisé le 14 mars 2013 à la plage par SOS Journaliste en danger et certaines organisations que le confrère Younglove Egbeboua Amavi a été grièvement blessé par les forces de sécurité envoyées aux trousses des journalistes par le pouvoir Faure Gnassingbé, décidé à faire passer à tout prix cette loi liberticide. Sa mâchoire fut brisée par un tir à bout portant ou un tir tendu, c’est selon, et il n’a dû sa survie qu’à une opération chirurgicale subie grâce aux contributions financières des organismes internationaux de défense des droits de la presse. Le texte fut rejeté dans un premier temps par la Cour constitutionnelle pour anticonstitutionnalité car violant l’article 26 alinéa 3 de la Loi fondamentale qui stipule : « La presse ne peut être assujettie à l’autorisation préalable, au cautionnement, à la censure ou à d’autres entraves. L’interdiction de diffusion de toute publication ne peut-être prononcée qu’en vertu d’une décision de justice ». Mais le pouvoir a procédé aux corrections nécessaires et fait passer le texte en juillet 2013. Ses effets n’ont pas tardé à se faire sentir. Les journaux Tribune d’Afrique de Max Carmel Sanvi et La Nouvelle de Bonéro Lawson ont été interdits de parution sans autre forme de procès.

Sous Faure Gnassingbé, les organes critiques n’ont jamais connu la paix et certains ont été même fermés. C’est d’abord le cas de la radio X-Solaire. Pour une prétendue affaire de récépissé, la radio a été bouclée en novembre 2010. Même le précieux sésame obtenu en janvier 2012, après des démarches laborieuses, le pouvoir, à travers l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ART & P) et la Haac, ne l’a jamais rouverte. Personne n’est dupe, c’est le ton de la radio qui gênait, précisément l’émission « Essogbévô » animée par Marcel Agbedokou. X-Solaire sera suivie en juillet 2013 par Légende FM. La radio fut suspendue pour un mois au lendemain des élections législatives du 25 juillet 2013 au motif d’avoir lancé une fausse alerte. Les auditeurs s’attendaient à sa réouverture à la fin du délai en août. Mais la Haac va prendre une autre décision lui retirant définitivement le récépissé et refusant de le lui renouveler. Depuis, la station est restée fermée. Victoire FM, l’autre radio dont le ton est encore un peu critique vis-à-vis du pouvoir et qui est très écoutée dans la capitale, est constamment l’objet de harcèlements. Plusieurs fois, ses responsables ont reçu des mises en demeure.

Il en est de même des journaux au ton critique qui sont d’ailleurs sous le coup de plusieurs plaintes visant juste à les museler. Pour avoir écrit un article sur les incendies, le Directeur de publication de Liberté, Zeus Aziadouvo, a été inculpé dans cette affaire. Une façon de l’empêcher d’aborder le sujet. Ce dernier est, avec les directeurs de publication des hebdomadaires « Le Rendez-vous » et « Indépendant Express », Abi Alfa-Izotou et Carlos Ketohou, actuellement inculpé suite à des plaintes des ministres Adji Otèth Ayassor et Ninsao Gnonfam dans une affaire de retro-commissions. Faut-il le rappeler, le confrère Félix Nahm qui officiait à l’époque sur radio Légende, pour avoir fait une interview à Olivier Amah, le président de l’Association des victimes de la torture au Togo (Asvitto), a dû entrer dans le maquis depuis décembre 2013 afin de sauver sa peau ; et depuis, il est introuvable. La liste des harcèlements sur les organes ou journalistes critiques est plus longue.

« (…) Le Togo va reculer de 100 ans en arrière ! ». Tels étaient les mots du « Baobab », de retour en 1991 d’un voyage à Abuja. Comme un présage, sur le plan de la liberté de presse, c’est son fils qui relève ce défi (sic). Faure Gnassingbé ramène bien le pays « 100 ans en arrière ». La dépénalisation du délit de presse effective avec le vote en août 2004 du Code de la presse togolais cité en référence sur le continent, est désormais une vieille histoire. Vous avez dit « leader nouveau, esprit nouveau » ? A chacun d’apprécier.

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