Freddy Mulongo
Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.
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Billet de blog 7 mars 2015

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Felix Eboué, premier résistant outre-marin, le seul noir qui repose au panthéon !

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Felix Eboué, premier résistant outre-marin, le seul noir qui repose au panthéon !

Par Freddy Mulongo, samedi 7 mars 2015   Radio Réveil FM International 

Buste de Felix Eboué sur la Place de la Victoire à Pointe-à-pitre. Photo Réveil FM International

Occupée par l’Allemagne nazie, administrée par le régime de Vichy, la France connaît l’une des pages les plus sombres de son histoire. Pourtant, un homme exilé à Londres prend la parole, sur les ondes de la BBC, et appelle les Français à ne pas cesser le combat. Par son célébrissime appel, le Général de Gaulle fonde la Résistance. L’Histoire française a coutume de retenir Albert Camus, Jean Moulin, Stéphane Hessel ou encore Guy Môquet comme les figures tutélaires de la Résistance. Or, c’est omettre un homme sans qui la France n’aurait pu triompher de la barbarie nazie : Félix Eboué. Adolphe Sylvestre Félix Éboué (né le 26 décembre 1884 à Cayenne en Guyane et mort le 17 mai 1944 au Caire en Égypte) est un administrateur colonial, résistant durant la Deuxième Guerre mondiale et homme politique français. Petit-fils d'esclave, Félix Éboué devient administrateur colonial après une formation juridique. Il est nommé gouverneur de la Guadeloupe par le gouvernement du Front populaire. C'est le premier Noir dans cette fonction.

Buste de Felix Eboué (dos) sur la  Place de la Victoire à Pointe-à-pitre. Photo Réveil FM International

Les hommages à son endroit sont nombreux, de Cayenne à Paris, d’Antananarivo à Fort Lamy, de Bangui à Brazzaville. Ainsi, on trouve des rues, des plaques commémoratives, des places et des statues à l’effigie de Félix Eboué, un stade et des lycées.

La place Félix-Éboué, anciennement place Daumesnil, est située dans le 12e arrondissement de Paris. Elle forme un carrefour avec l’avenue Daumesnil, le boulevard de Reuilly, la rue de Reuilly, la rue Claude-Decaen et la rue Lamblardie.

Le général de Gaulle accueilli par Félix Eboué, gouverneur général de l'Afrique Equatoriale Française (AEF) sur l'aérodrome de Brazzaville, septembre 1940

Félix Éboué est nommé secrétaire général en Martinique, de juillet 1933 à janvier 1934 pour remplacer le gouverneur titulaire parti en congé pour deux ans.

Après un passage au Soudan français, il est élevé au rang de gouverneur et nommé en Guadeloupe en 1936. C'est le premier noir à accéder à un grade aussi élevé. En Guadeloupe, il met en pratique son esprit de conciliation dans un contexte social troublé. À l'occasion de la remise solennelle des prix le 1er juillet 1937 au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, il adresse à la jeunesse d'Outre-Mer son célèbre discours « Jouer le jeu » dont voici quelques extraits :

« Jouer le jeu, c'est être désintéressé Jouer le jeu, c'est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l'échelle des valeurs sur les critères de l'esprit. Jouer le jeu, c'est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer, malgré les clameurs ou menaces, c'est poursuivre la route droite qu'on s'est tracée. Jouer le jeu, c'est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s'imposent et faire un pied-de-nez aux pédants et aux attardés. Jouer le jeu, c'est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu'ils sont tous bâtis sur une commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts. Jouer le jeu, c'est mériter notre libération et signifier la sainteté, la pureté de notre esprit... »

"Le lion qui est debout et qui dit non", dira Senghor (son gendre) à propos du premier résistant de la France d'outre-mer, le Guyanais Félix Éboué. Lorsque le général de Gaulle lance l'appel du 18 Juin, cet administrateur colonial, petit-fils d'esclaves né en 1884, occupe depuis deux ans la fonction de gouverneur du Tchad. Accueillant tel un ultime recours "ce cri d'espérance lancé pendant que les pires malheurs s'abattaient sur la France", il prend le parti de la France libre contre le régime de Vichy et prépare en secret le ralliement du Tchad et du reste de l'Afrique-Équatoriale française (AEF).

Dès le 26 août 1940, le gouverneur insoumis annonce officiellement l'appartenance du Tchad à la France libre, provoquant un effet domino : entre le 26 et le 28 août, le Cameroun, le Congo-Brazzaville et l'Oubangui-Chari (l'actuelle République centrafricaine) annoncent à leur tour leur ralliement. Le 15 octobre suivant, Félix Éboué reçoit de Gaulle à Fort-Lamy. Ce dernier le nomme au Conseil de défense de l'empire et en fait, un mois plus tard, le gouverneur de l'AEF. La France libre dispose désormais d'un territoire, donc d'une légitimité. Elle pourra bientôt compter sur une armée.

Désormais basé à Brazzaville, devenue capitale de la France libre, Éboué - qui sera condamné à mort par Vichy - prend une part prépondérante dans la constitution d'une force militaire de 40 000 hommes, tout en accélérant la production de guerre. La capitale congolaise devient le pivot à partir duquel s'organisera la libération du territoire métropolitain. C'est de là que partiront les premières forces armées de la France libre, et c'est grâce aux routes qu'Éboué a fait construire que la colonne Leclerc pourra gagner l'Afrique du Nord via le Tibesti.

À bout de forces, ce résistant de la première heure, profondément humaniste et dont les quatre enfants ont combattu dans les Forces françaises libres, meurt d'une congestion cérébrale en mai 1944, quelques jours avant le débarquement de Normandie. De Gaulle dira alors de "ce grand Français africain", dont les restes reposent au Panthéon depuis 1949, qu'il "est entré dans le génie même de la France".

Le panthéon, est le temple de l’immortalité, le saint des saints lieux où reposent les grands et bels esprits de France. Ils sont homme politiques, philosophes, écrivains, architectes, physiciens, médecins… du beau monde auquel la nation tricolore demeure éternellement reconnaissante. Le fait est que dans ce haut-lieu, il y a un noir, un seul : Adolphe Sylvestre Félix Eboué, résistant noir, ancien gouverneur de l’Afrique Équatoriale Française et député colonial.

Compagnon de la libération, Félix Eboué est décris par le général De Gaulle comme « un de ces noirs ardemment français ». pas étonnant, il a été le premier résistant outre-marin, mais aussi le premier homme de couleur à accéder à la fonction de gouverneur à l’époque coloniale. Le 20 Mai 1949, il devenait le premier noir inhumé au panthéon, le temple de l’immortalité aux côtés des grands hommes de France, à l’instar de Léon Gambetta, jean jacques Rousseau, Voltaire, jacques Germain Soufflot, Jean Moulin, André Malraux, René Cassin, Jean Monnet, Pierre Curie, Marie Curie, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Emile Zola, Louis Braille, jean Jaurès, Victor Schœlcher. Félix Eboué a été inhumé en compagnie de Victor Schœlcher, l’auteur de l’abolition de l’esclavage des noirs.

Bien sûr, d’autres éminentes personnalités noir y ont leur plaques commémoratives comme: Toussaint Louverture et Aimé Césaire. La France, par la loi du 28 septembre 1948, ses restes entrait dans le saint des saints, soit quatre ans après sa disparition.

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