10 Questions à Fweley Diangitukwa, professeur, chercheur et écrivain (suite et fin) !

Qui a dit qu'en République démocratique du Congo il n'y a que des professeurs Mabumucrates et autres Miyibicrates autoproclamés "Professeurs" ? Véritables chiens de Pavlov qui salivent au son de la clochette, qui achètent leurs diplômes à l'université de Kisangani, comme l'a dénoncé le professeur Maïndo. Il y a beaucoup des diplômés mais peu des professeurs éclaireurs de notre peuple.

10 Questions à Fweley Diangitukwa, professeur, chercheur et écrivain (suite et fin) !

Par Freddy Mulongo, jeudi 12 octobre 2017  Radio Réveil FM International 

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Professeur Fweley Diangitukwa

6. Lors de la Transition 1+4=0, nous avions 5 commissions citoyennes d’appui à la démocratie: La Commission électorale indépendante devenue CENI ; l’Observatoire national des droits de l’Homme ; la Haute Autorité des Médias devenue CSAC; la commission vérité et réconciliation ; la commission d’éthique et lutte contre la corruption. Elles n’ont jamais vraiment fonctionné, ne faut-il pas les réhabiliter ?

Prof. Fweley Diangitukwa: À la place de réhabiliter ces institutions, c’est l’homme politique congolais qu’il faudrait d’abord réhabiliter en mettant au pouvoir des acteurs qui ont évolué dans un contexte autre que celui de l’univers politique congolais qui est corrompu à outrance. Lorsque quelqu’un a appris à corrompre depuis l’école primaire jusqu’à l’université, qu’est-ce qu’il peut faire si, à l’âge adulte, il devient un responsable politique ? Toutes les institutions citées dans la question ne servent à rien. La preuve réside dans le fait qu’elles n’ont justement servi à rien depuis leur installation, autrement on ne serait pas dans la situation chaotique actuelle.

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Election Louis Michel 2006: Malu Malu, abbé tricheur !

La Commission électorale nationale indépendance a été dirigée par l’abbé Malu Malu qui est devenu un expert ès fraudes électorales. C’est lui qui a introduit la méthodologie électorale frauduleuse dans notre pays en s’inspirant des fraudes électorales mises en place au Tchad sous Idriss Deby. J’ai présenté toute la pédagogie suivie par l’abbé Malu Malu dans mon livre intitulé Les fraudes électorales. Comment on colonise la RDC, éditions L’Harmattan, 2007. Cet abbé était un homme intelligent mais il a mis ses capacités au service de la tyrannie pour s’enrichir rapidement et illicitement.

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Election 2011: Daniel Ngoy Mulunda, pasteur fraudeur !

En 2011, le pasteur Ngoyi Mulunda a fait pire car il a amplifié les stratégies de fraudes électorales déjà en place depuis la première élection présidentielle de 2006, au point où des enfants mineurs étaient porteurs de cartes d’électeurs. J’ai décrit toutes les manigances de ce pasteur dans une conférence que j’ai tenue le 30 juin 2012 à Essen en Allemagne et que j’ai publiée sur notre blog (in https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=935&action=edit). Lorsque le régime actuel partira, nous supprimerons la CENI pour réduire les frais et nous confierons l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur, car c’est dans les responsabilités de ce ministère.

L’Observatoire national des droits de l’Homme est la plus honteuse de ces 5 institutions car elle n’a rien fait, rien dénoncé et rien entrepris pour imposer le respect des droits de l’hommes dans notre pays. À la place de cet Observatoire, ce sont des experts des Nations unies qui ont régulièrement dénoncé les crimes commis sous le régime de M. Joseph Kabila. Même après la publication par l’ONU du volumineux Rapport Mapping, l’Observatoire national des droits de l’Homme n’a rien fait. Il ne pouvait rien fait, parce qu’il est soumis aux dictats du tyran au pouvoir.

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Extrêmement corrompu, fourbe, roublard et grand requin, "Momo" Modeste Mutinga a fait de la fameuse Haute Autorité des Médias un "Etouffoir des libertés" !

Comme la CENI, la Haute autorité des médias devenue depuis peu la CSAC a toujours été occupée par des laudateurs, de Modeste Mutinga Mutuishayi, passant par Dominique Sakombi Inongo. Je pense qu’il est inutile de s’attarder sur les bourdes que les responsables placés à la tête de la Haute autorité des médias ont commises car elles dépassent tout entendement.

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Frère Jacob Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta", fieffé menteur de triste mémoire !

Commission vérité et réconciliation n’a jamais fonctionné. Il suffit de considérer les résultats des concertations nationales jamais mises en application, ainsi que les conclusions du dialogue inclusif conduit par le Togolais Edem Kodjo et le dernier dialogue sous les auspices des évêques de la CENCO. Rien de toutes ces rencontres n’a mis la recherche de la vérité au centre des préoccupations, dans l’intention de contribuer à la réconciliation des Congolais. Dans chaque dialogue, l’État a dépensé de l’argent public plus pour enrichir les acteurs politiques que pour dire la vérité et réconcilier les Congolais. La persistance de la crise congolaise en est la preuve évidente. Quant à la Commission d’éthique et lutte contre la corruption, nous n’avons qu’à nous couvrir de honte car l’éthique n’a jamais été une référence dans notre agir collectif et la corruption règne en maîtresse dans tous les ministères et toute l’administration publique. Tout document administratif est monnayé, comme tout service.

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Le Vuvuzélateur Lambert Mende Omalanga, le Goebbels du régime d'Alias Joseph Kabila

Le ministre de la communication, Lambert Mende Omalanga, est devenu le symbole vivant du manque d’éthique dans la vie publique congolaise. Ce ministre ment publiquement dans presque chaque phrase qui sort de sa bouche, au point de se demander comment il a été élevé. Par exemple, il dit régulièrement que le président de la République doit rester au pouvoir jusqu’à l’élection de son successeur, mais il n’évoque jamais la rigueur de l’art. 220 de la Constitution qui limite l’exercice du pouvoir par le président de la République à uniquement deux mandats ni l’article 73 qui impose l’organisation de l’élection présidentielle quatre-vingt-dix jour avant l’expiration du mandat. D’après l’esprit de la Loi fondamentale, c’est logiquement après avoir organisé l’élection présidentielle que le chef de l’État sortant reste au pouvoir jusqu’à la passation du pouvoir et l’installation de son successeur, comme nous l’avons dernièrement suivi en Angola.

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Institut Mende Omalanga

 

Il est évident que si le chef d’État sortant n’organise pas l’élection dans le délai, il attendra longuement voire indéfiniment l’arrivée du nouvel élu. La justification de M. Lambert Mende Omalanga sur la nécessité d’attendre l’installation du président élu est le contraire de l’éthique. Le choix cynique de ne pas organiser l’élection présidentielle a été voulu par l’actuel président, sans mandat, sans légalité et sans illégitime, pour garder le pouvoir, car il a terriblement peur de son avenir immédiat à cause de nombreux crimes qu’il a commis, en commençant par son affiliation mensongère, l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila (lire mon livre Le règne du mensonge politique en RD Congo. Qui a tué L.-D. Kabila ?, éditions L’Harmattan, 2005), l’emprisonnement des innocents prétendus être les assassins de L.-D. Kabila (il a déjà été prouvé que ces condamnés n’ont été impliqués ni de près ni de loin de ce qu’ils ont été accusés), les massacres des adeptes de Bundu dia Kôngo et du pasteur Joseph Mukungubila jusqu’aux massacres dans le Kasaï.

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Bureau de cité de Lodja dans le Sankuru

Pour échapper aux poursuites, il se bat comme une parturiente pour retarder son départ du pouvoir. Mais quoi qu’il fasse, l’histoire de ses crimes le rattrapera bientôt. Le subterfuge de l’éternel ministre de la communication, Lambert Mende Omalanga, est un mensonge cousu de fil blanc, comme on dit, c’est-à-dire perceptible ou visible à distance. Et c’est sur cette base que le régime actuel s’organise pour repousser le plus tard possible l’élection du nouveau président afin de ne pas procéder à la passation du pouvoir. Lambert Mende prend les Congolais pour des abrutis. En fait, ce ministre n’a aucun respect pour ses compatriotes.

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La vielle église de Lodja dans le Sankuru

Le mensonge règne à tout le niveau parce que l’observation de l’éthique est absente dans les relations avec la RD Congo. Contrairement à ce que les grandes puissances nous font croire, la plupart d’entre elles entretiennent de bonnes relations d’affaires avec le régime de Joseph Kabila qui commet des crimes au Congo, car ces grandes puissances tirent des bénéfices colossaux avec leur affidé qu’elles ont-elles-mêmes placé au pouvoir en 2001. Tout en le critiquant sur la place publique, elles négocient avec lui en privé et en secret. Elles sont toutes concernées par ce comportement hypocrite. Les firmes transnationales qui ont grandement besoin des minerais stratégiques en provenance du Congo donnent des conseils à M. Kabila pour se maintenir au pouvoir en lui envoyant des conseillers en cas de besoin. Voilà pour quelle raison la sortie de crise est très douloureuse voire impossible, du moins jusqu’à ce jour. Sans aucun état d’âme, Joseph Kabila brade les ressources naturelles du Congo pour obtenir en échange son maintien au pouvoir.

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La Radio Sankuru à Lodja

C’est une réalité que les Congolais négligent ou excluent dans leur analyse. Aucune grande puissance n’est vraiment prête à lâcher Kabila contre la perte de contrôle des minerais stratégiques du Congo, car elles croient que leur retrait profitera à d’autres puissances émergentes comme la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, le Brésil, etc. Pour cette raison, les grandes puissances occidentales pratiquent un double langage, apparemment sincère et clair au grand jour et réaliste sinon machiavélique dans l’ombre et en privé, pour endormir le peuple congolais. C’est un comportement complexe et très ambigu. C’est dans ce sens que les hommes d’affaires occidentaux (mais aussi chinois, russes, iraniens, coréens, indiens, etc. se rendent en RD Congo pour négocier des contrats léonins malgré les crimes commis régulièrement par le régime actuel.

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Le marché de Lodja dans le Sankuru

C’est aussi dans ce même sens que M. Joseph Kabila a été reçu en audience à huis clos par les hommes d’affaires américains, proches du président Donald Trump. Ce dernier n’a pas caché de dire, devant les officiels africains qu’il a reçus à dîner, je le cite : « mes amis s’enrichissent dans vos pays », alors qu’il était censé leur parler de relations diplomatiques avec son pays – les États-Unis. Tout montre clairement la complexité de la situation de notre pays à cause de la richesse que nous avons dans le sous-sol et sur le sol. La situation n’est pas différente avec la Belgique qui est le traditionnel bénéficiaire des ressources naturelles du Congo ou avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

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Hôpital Général de Lodja dans le Sankuru

Tous ces pays occidentaux ont grandement peur de perdre la RD Congo au profit de l’Asie parce qu’ils ignorent superbement ce que nous pensons sur l’avenir de notre pays ni avec qui nous collaborerons demain. Je demande à toutes les grandes puissances et aux firmes transnationales de s’assurer que les autorités congolaises de demain ne trahiront pas les intérêts du Congolais ni les relations avec les traditionnels amis du Congo qui œuvrent pour le bien du Congo.

7. Réveil FM International: Quelles sont les priorités pour le développement de la RDC? Quelles sont les conditions à remplir pour devenir un pays émergent ?

Prof. Fweley Diangitukwa: Cette question est centrale et je ne saurai donner ici une réponse complète. Nous en parlerons plus sérieusement à une autre occasion quoique j’ai déjà répondu partiellement à cette question dans mon livre Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir, éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011. Je me limite ici à évoquer quelques éléments relatifs au concept d’émergence.

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Des travailleurs chinois transportés sur une remorque en pleine rue de Kinshasa

Est-il nécessaire de rappeler qu’« un pays émergent, ou économie émergente, ou encore marché émergent est un pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui connaît une croissance économique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques et sociales converge vers ceux des pays développés avec une ouverture économique au reste du monde, des transformations structurelles et institutionnelles de grande ampleur et un fort potentiel de croissance » (in https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_%C3%A9mergent).

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Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine désignent les quatre principaux pays émergents. Le nom BRIC a été formé à partir de la première lettre du nom de chaque pays. Ils sont les premiers à sortir de la listes des pays du tiers-monde et qui sont susceptibles de jouer un rôle de premier plan dans l’économie mondiale dans un futur plus ou moins proche. À ces pays s’est ajoutée l’Afrique du Sud en 2011 pour former les BRICS. C’est le seul pays africain qui participe désormais aux sommets regroupant les pays émergents. En ajoutant le Mexique au premier groupe, on parle de BRICM, ou en ajoutant l’Indonésie au même premier groupe, on parle de BRICI.

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Les 5 chantiers bidon avec des chinois au Congo

La RD Congo est loin de remplir les conditions d’appartenir aux pays émergents. Mais grâce aux atouts que la nature a dotés notre pays, il suffit que la RDC soit gérée par des dirigeants compétents qui ont le sens de l’État et de la droiture, il sera facile de sortir de la dépendance et d’entrer dans le concert des pays émergents. Je vous lance cette boutade : « si le peuple me confie les commandes de la RDC, j’en ferai un candidat potentiel à l’émergence en moins de dix ans », car je sais ce que je dois accomplir pour donner à notre pays la possibilité de tutoyer les grands de ce monde.

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L'insalubrité dans Kinshasa, la capitale congolaise

Nous devons d’abord savoir que l’émergence tant souhaitée ne se décrète pas aussi simplement et ne saurait faire l’objet d’un quelconque marchandage, car pour entrer dans le club des pays émergents, il faut emprunter la voie du développement économique et se prêter au jeu de la concurrence économique mondiale. C’est un défi ou un challenge. Comme le dit le collègue politologue Steeve Nzegho de l’université Omar Bongo de Libreville au Gabon, « cette concurrence impose une certaine rigueur dans la gestion des finances publiques et passe par le maintien de la croissance économique, par la lutte contre le chômage, par la diversification de l’économie, par le goût du travail et de l’effort, par la substitution d’une administration nominative à une administration méritocratique, etc. ».

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5 chantiers bidon, le train qui relie la Gare Central de Kinshasa à Masina, la banlieue Est

C’est tout notre pays qui doit se mettre au travail avec amour, patriotisme et abnégation en faisant du développement notre credo politique et le fondement de la République de demain. Tout le monde doit agir avec conviction dans le sens de construire une société idéale, uniquement accessible par le travail et l’engagement quotidien. Pour cela, nous devons absolument et résolument sortir de notre insatisfaction lancinante, de la vie facile, de la corruption, du détournement des deniers publics et de l’impunité.

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5 chantiers bidon, embouteillage monstre à Kinshasa

Devenir un pays émergent revient à dire que les Congolais dans leur ensemble ont un travail stable qui assure à chacun le minimum vital, qu’ils accèdent aux logements décents avec eau potable et électricité sans coupure intempestive, qu’ils ont les infrastructures de base, les soins de santé primaires, les écoles de qualité avec des enseignants bien payés et bien motivés à transférer leur savoir à la jeunesse, que les dirigeants sont compétents et respectent leur mandat électif, que la démocratie est devenue une réalité, bref qu’ils ont tous réussi à réduire le taux de pauvreté. Voilà les préalables à remplir avant d’évoquer la possibilité de devenir un pays émergent. Avec les autorités actuelles et en suivant leur manière de gouverner la République, il n’y a aucune chance que la RDC devienne un pays émergent en 2050. Donc avec le pouvoir actuel, il n’y a aucune raison d’être optimiste, car les chantiers prioritaires auxquels les autorités auraient dû faire face, comme la stabilité du pays, l’alternance au pouvoir, la création des emplois décents, l’augmentation du nombre d’écoles pour répondre à la démographie galopante, l’ouverture des universités technologiques et des centres de recherche ne sont pas leur souci. Or, l’émergence de la RD Congo ne peut être réfléchie que si ces préalables sont pris en compte. Tout ce qui est dit sur l’émergence de notre pays est un vain slogan pour faire croire et endormir le peuple. Tout économiste sérieux dira la même chose.

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Rescapé du crash de Kavumu, Matata Ponyo, Premier ministre honoraire s'est bâti une cité à Kindu dans le Manièma

L’ancien Premier ministre, Matata Ponyo, a passé son temps à nous parler d’une croissance économique en deux chiffres. Tout était sur papier mais rien sur le terrain. Il a suffi qu’il quitte le gouvernement pour que tout son mensonge apparaisse au grand jour. Voilà le genre de responsables que nous avons à la tête du pays, des gens qui mentent constamment et ne pensent qu’à leur ventre, à leur famille et à leur avenir personnel. Les 5 chantiers que les laudateurs du régime ont longuement prônés en trouant nos tympans sont maintenant devenus de véritables lacs en pleine ville de Kinshasa ; malgré cela, ils continuent à faire croire au peuple que leur Raïs est le dirigeant idéal pour la RD Congo. Qu’ils aillent répéter leur idiotie aux gens qui n’ont pas d’yeux.

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Matata Ponyo, ancien Premier ministre, s'est une bâti une université à Kindu dans le Manièma

Un pays qui cherche réellement à s’inscrire dans la perspective de l’émergence ne peut pas mentir et sous-estimer les obstacles qui pourraient entraver la réalisation d’une telle ambition.

Le collègue et politologue Steeve Nzegho cité plus haut dit que l’émergence d’un pays passe forcément par la recherche de l’unité nationale, par la prise de conscience d’une responsabilité collective, par une nouvelle culture du travail, par un changement des mentalités rétrogrades, par l’avènement d’une culture de la méritocratie ou de la « république de la méritocratie » chère à Gambetta (homme politique français et figure centrale de la IIIème République), par le maintien d’un taux de croissance soutenu de l’économie pendant 10 ans à l’ordre de 10%, etc. Ces éléments identifiés sont des prérequis à l’émergence. Les obstacles de la responsabilité collective et économique sont des conditions préalables. Mais que faire lorsqu’un pays, comme le nôtre, a des dirigeants incompétents et foncièrement égoïstes à sa tête ? Si la RD Congo n’a même pas encore amorcé la phase du décollage économique qui est la première parmi les cinq phases dont a parlé Walt W. Rostow en 1960, comment peut-on se projeter dans le temps et croire que notre pays devient émergent en 2025 ou en 2030, comme l’affirment les laudateurs sans éthique du président actuel ? Le dire publiquement revient à se mentir soi-même en mentant simultanément au peuple. C’est un crime qui nécessite la poursuite en justice des auteurs qui le commettent.

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Matata Ponyo a une fondation à son nom, la preuve

Dans la littérature économique, comme le disent Marie Coris et Alain Rallet dans leur article « Les pays émergents à la conquête des marchés mondiaux », Revue de la régulation, n° 2, (2008), seuls « les pays en développement qui constituent des pôles d’attraction des investissements (nationaux et étrangers), qui diversifient et accélèrent, durablement et harmonieusement, leur croissance économique et qui s’intègrent avec succès dans l’économie mondiale grâce à leurs capacités d’exportation» font l’objet d’étude lorsque l’on parle d« économies à marchés émergents ». Or, la RD Congo est loin de figurer sur la liste de ces pays. On ne peut parler d’émergence que si le pays en considération poursuit les bonnes politiques économiques et possède des institutions de qualité. Or, la RD Congo n’a pas des institutions stables et l’insécurité y est permanente. Dans ces conditions, il est impossible de convaincre les investisseurs de s’installer durablement chez nous et chercher à s’insérer avec succès dans le tissu économique mondial.

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Les écoliers, à l'école de Matata Ponyo, mangent à midi !

Les gouvernants actuels cherchent-ils à atteindre le niveau de compétitivité et d’attractivité le plus élevé possible qui nous permet de mettre en place un environnement (administratif, financier, technologique et social) de niveau international afin de faire entrer notre pays dans le club des pays émergents ? À cette question, la réponse est NON. Alors, oublions l’émergence et battons-nous d’abord pour une alternative crédible, pour la stabilité du pays et pour un état de droit.

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Eric Kimbuta, le fils du Gouverneur de Kinshasa André Kimbuta, fume des cigares cubains au Congo

Pour prétendre à l’émergence, nous devons cesser d’exporter les produits bruts et nous mettre à les transformer sur place afin de d’exporter plus de produits finis ou manufacturés de qualité et n’importer en retour que le strict nécessaire. Mais nous devons aussi observer une équité dans la distribution des revenus entre les plus riches (députés avec 12 mille dollars) et les plus pauvres (policiers avec 100 dollars).

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Eric Kimbuta perçoit de son fameux père André Kimbuta, Gouverneur de Kinshasa, pour évacuer des immondices

8. Réveil FM International: La diaspora congolaise joue un rôle prépondérant dans le réveil des consciences de notre peuple. Elle est toujours debout sur la situation socio-politico-économique du pays, pourtant elle ne vote jamais et elle est déconsidérée par le régime de Kinshasa...N’y a-t-il pas un mépris à l’égard de la diaspora ?

Prof. Fweley Diangitukwa: Effectivement la diaspora congolaise joue un rôle prépondérant dans le réveil des consciences de notre peuple et elle est toujours debout sur la situation socio-politico-économique du pays parce que, contrairement à nos compatriotes restés au pays, les membres de la diaspora ont la possibilité de voir autre chose et de comparer. Certains parmi eux voyagent beaucoup dans le cadre de leur profession ou pendant les vacances. Tous ces avantages leur permettent d’avoir une longue d’avance dans la compréhension de ce qui se passe chez nous. D’autres ont étudié dans les meilleures universités du monde et savent clairement que la RDC est le pays le plus riche au monde lorsque l’on compare la variété de nos ressources naturelles. Notre pays a une position géographique, géopolitique et géostratégique exceptionnelle. Il n’y a aucune raison qui puisse expliquer la pauvreté de notre peuple à part la cupidité de nos dirigeants.

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Ambassade de la RDC à Londres, l'effigie d'Alias Joseph Kabila foulée aux pieds !

Comment expliquer qu’un député qui a un salaire de 12000 dollars soit hostile sinon incapable de défendre l’amélioration de vie des électeurs qui ont fait de lui un parlementaire ? Je n’ai jamais lu une interpellation ou une motion allant dans le sens d’imposer un revenu minimum. Comment comprendre que M. Joseph Kabila, arrivé au Congo en 1997 sans rien, soit aujourd’hui milliardaire alors que ceux qui l’ont accueilli broient du noir dans un pays scandaleusement riche ? C’est impensable, inimaginable, inacceptable et révoltant.

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Dinosaures Mobutistes se sont mués en Mammouths Joséphistes

Cette diaspora n’a pas le droit de vote parce que le pouvoir sait parfaitement bien qu’elle votera contre le dirigeant actuel, autrement le régime utilisera la diaspora pour gonfler le nombre de Congolais-électeurs présents au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie, etc. pour faire croire que le candidat du PPRD est populaire dans la diaspora. Il est clair qu’il y a un réel mépris à l’égard de la diaspora que le régime de Joseph Kabila considère comme une simple vache à lait. La question du passeport évoqué plus haut en est la preuve. À cela, on peut ajouter d’autres volets pour voir à quel point les Congolais de l’étranger sont pillés.

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Alias Joseph Kabila Kanambe Kazembere Mtwale

 

À titre d’exemple, j’évoque le dédouanement de véhicules aux ports de Boma et de Matadi. J’ai été trois fois à Matadi sous le régime de Mobutu et sous le régime de Kabila. C’est écœurant de voir comment les agents de la douane extorquent les Congolais. Nos ports internationaux sont les plus chers au monde parce que les gouvernants pensent que les Congolais de l’étranger sont riches. C’est qui est faux car nos compatriotes occupent, dans la plupart du temps, les emplois les moins rémunérés et abandonnés par les nationaux. Pour toutes ces raisons, la diaspora a tout à gagner à se battre pour l’arrivée au pouvoir d’autres gouvernants parmi lesquels il doit y avoir ceux qui ont habité à l’étranger dans des pays bien gouvernés, où les criminels à col blanc sont punis et où la compétition à tous les niveaux est un culte quotidien.

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La revanche des Mobutistes

9. Réveil FM International: Après avoir pillé le pays avec les 32 ans de Mobutu, l’impunité des Mobutistes fait que les mêmes prédateurs et Miyibicrates écument la même la classe politique aujourd’hui ? Comment lutter contre l’impunité ?

Prof. Fweley Diangitukwa: À mon avis, il y a trois solutions radicales : procéder par (1) le renouvellement de la classe politique, (2) la dénonciation et (3) la sanction. Pour répondre valablement à votre question, je préfère rappeler le modèle de gouvernance dans la Chine ancienne où des dispositions avaient été prises pour organiser la population de la capitale et des provinces de façon à unifier les coutumes. Voici ce que dit Le Ho-Kouan-Tseu à ce sujet dans son livre intitulé Précis de domination, éditions, Paris, éditions Allia, 2008, pp. 66-68 : « Tous, parmi la population, s’emploient à se corriger les uns les autres et à s’exercer à la rectitude. Ils se contrôlent mutuellement sur leur lieu de résidence, surveillent les allées et venues de chacun. Les pères s’entretiennent entre eux de devoir et les fils de piété filiale ; les plus âgés exaltent les actes méritoires et les plus jeunes le sen du respect. Ainsi, s’influençant de la sorte du matin au soir, ils s’imprègnent les uns de l’amour paternel, les autres de la piété filiale. Les familles étant liées et les hommes solidaires jusque dans leurs déplacements et allées et venues, nul vagabond ni fripon ne peut espérer passer à travers les mailles du filet. C’est de cette façon que l’on fait fond sur la nature humaine et s’appuie sur l’ordre des choses.

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Des Mobutistes, girouettes politiques au service de la dictature d'Alias Joseph Kabila

» Si le chef d’une brigade (l’ensemble des cinq familles) dont un des membres a enfreint les édits concernant la distribution des biens ou la réglementation sur les lieux de résidence s’est dispensé, sans raison valable, de le porter à la connaissance du responsable du village, il subira la même peine que le contrevenant sous le motif de ‘trouble à l’ordre public dans les familles.

Un responsable de village qui, ayant eu connaissance de cas d’insolence envers des aînés, de parents indignes, de fortes têtes qui, parce qu’ils se croient au-dessus des autres et cherchent à se singulariser, refusent d’obéir auprès du prévôt (chef de dix villages) sera traduit avec sa famille devant les tribunaux sous le chef d’inculpation de ‘trouble à l’ordre public dans les villages’. Le prévôt qui se fait tirer l’oreille pour appliquer les consignes et les instructions, ou omet de rapporter à ses supérieurs des faits dont il aurait eu connaissance, sera traduit avec sa famille devant les tribunaux sous le chef d’inculpation de ‘trouble à l’ordre public dans la commune.

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L’instructeur d’un canton qui met de la mauvaise volonté à appliquer les consignes et les instructions, ou s’abstient de rapporter à ses supérieurs des faits dont il aurait eu connaissance sera traduit avec sa famille devant les tribunaux, sous le chef d’inculpation de ‘trouble à l’ordre du canton’. L’économe de préfecture qui traîne des pieds pour appliquer les consignes et les instructions, omet de rapporter à la commanderie des faits dont il aurait eu connaissance, sera accusé de masquer les brillants talent s’il s’agit d’actes méritoires, de couvrir ses administrés s’il s’agit de fautes ; traduit devant les tribunaux sous le chef d’inculpation général de ‘trouble à l’ordre public dans la préfecture’, il sera exécuté sans aucun espoir de remise de peine.

Le Grand officier de commanderie qui se fait tirer l’oreille pour appliquer les consignes et les instructions, ou omet de rapporter à ses supérieurs certains renseignements pourtant parfaitement exacts, cachant ainsi certains faits au Premier ministre, sera exécuté sans remise de peine possible, sous le chef d’inculpation de ‘troubles de l’ordre publique d’une commanderie’. Le Pilier du Royaume qui ne met pas tous ses soins dans le gouvernement en sorte que les doléances des administrés n’arrivent pas jusqu’au prince, et que les désirs du souverain ne sont pas connus de ses sujets, convaincu du crime de ‘semer le désordre dans le gouvernement’ sera exécuté, ses partisans seront éliminés et son clan exterminé. Le Grand chancelier qui ne promulgue pas les règlements saisonniers adéquats ou bien ne répartit pas judicieusement les terres en fonction de leurs qualités, causant de graves préjudices à la population, convaincu du crime de ‘semer le désordre dans l’empire’, sera condamné à l’écartèlement afin qu’il serve d’exemple. Voilà comment l’on prend soin des êtres et des choses ».

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Atundu Liongo, le Mobuto-Joséphiste patenté

Ce comportement dans la Chine ancienne peut être une source de réflexion dans la réorganisation de notre nation où les crimes sont aussi courants que l’impunité, car ceux qui sont censés punir sont souvent les mêmes que ceux qui commettent des crimes, sinon les uns sont au service des autres et doivent se protéger mutuellement pour assurer la survie du régime. Dans la Chine ancienne, l’ordre régnait partout et la justice réglait tous les litiges de la Cité. Tous les membres de la Cité se sentaient concernés par la justice. Personne n’était épargné. Le Ho-Kouan-Tseu dit à la page p. 69 : « Les villages faisaient un rapport aux communes tous les cinq jours, les communes aux cantons tous les dix jours, les cantons aux préfectures tous les quinze jours, les préfectures aux commanderies tous les trente jours, les commanderies au Pilier du Royaume tous les quarante-cinq jours, le Pilier du Royaume au Fils du Ciel tous les soixante jours. Le Fils du Ciel tous les soixante-douze jours mandait des émissaires dans les commanderies stimuler ceux qui avaient obtenu des succès et punir ceux dont les résultats ne répondaient pas à ce qui était attendu. C’est de cette façon que le gouvernement se calque sur l’action du ciel et de la terre ».

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Mobutu et Léonbitch Kengo au Mont-Ngaliema

Les récompenses et les châtiments étaient distribués de façon équitable à tous les habitants. Personne n’était privilégié car tout était réglé sur une base de dénonciation publique. Tout élu ou tout gouvernant qui se rendait coupable de quelque faute se voyait repéré et châtié. Les princes sans vertu étaient également châtiés. En agissant ainsi « les affaires étaient convenablement traitées et les procès tranchés de façon équitable » (p. 71). Le Ho-Kouan-Tseu dit à la page 70 : « Ceux qui savaient gouverner étaient prospères mais sans excès, ils réduisaient le pouvoir des grands sans trop les avilir […] les fonctionnaires trop durs qui ne savaient user de clémence, qui pressuraient et rudoyaient le peuple étaient immédiatement mis à pied, afin qu’ils ne pervertissent pas l’administration ni ne semassent le trouble dans le gouvernement ; par la même occasion le peuple n’avait pas à pâtir des officiers qui refusaient d’exécuter les ordres et violaient la loi. Les fonctionnaires apprenaient de la sorte à procurer des avantages au peuple au lieu de faire du profit, à faire circuler les biens, au lieu de les accaparer ».

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Mobutu-Alias Joseph Kabila même objectif: enfariner le peuple

Voilà un modèle d’une société juste qui mérite d’être imité, à part l’imposition de la mise à mort des êtres ayant commis des fautes graves. À la place de leur imposer la mort, ils seront contraints à travailler pour réparer le tort qu’ils ont commis. La longueur de la peine dépendra du degré de gravité de la faute. Les prisons traditionnelles décrit par Michel Foucault dans son livre Surveiller et punir (éditions Gallimard, 1993) doivent être supprimées et remplacées par des maisons de correction dans lesquelles chaque fautif travaillera pour réparer, avec son salaire, le tort qu’il a commis. Jean-Jacques Rousseau dit dans son livre Du Contrat social, à la page 73 : « Dans un État bien gouverné il y a peu de punitions, non parce qu’on fait beaucoup de grâce, mais parce qu’il y a peu de criminels ». Il appartient au peuple de dénoncer les prédateurs et miyibicrates qui écument la même la classe politique aujourd’hui.

La paix, la justice et la démocratie commencent dans un pays lorsqu’un peuple a réussi à mettre fin à la dictature. Oui, c’est la rue qui fabrique la démocratie comme le confirme le lien suivant : https://www.legrandsoir.info/oui-c-est-la-rue-qui-fabrique-la-democratie.html

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10. Le tribalisme est un fléau qui mine la République avec des politicailleurs tribalo-ethniques. Comment combattre ce fléau?

Prof. Fweley Diangitukwa: La tribu est une réalité sociologique sur laquelle aucune discussion n’est permise, en revanche le tribalisme est un fléau qui doit absolument être combattu. Les méfaits de ce concept ont été décrits par de nombreux auteurs qu’il n’est plus nécessaire de m’y attarder. Parmi ces auteurs, il y a Jean-Loup Amselle, Elikia M’Bokolo (sous la direction de), Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, éditions La Découverte, 1985 ; Mabika Kalanda, La remise en question. Base de la décolonisation mentale, Bruxelles, éditions Remarques Africaines, 1967 et Jean-Pierre Chrétien et Gérard Prunier, Les ethnies ont une histoire. Paris, éditions Karthala, 2003, etc.

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Le découpage de la RDC en 26 provincettes pour mieux la balkaniser

Dans un pays comme le nôtre aux dimensions continentales, pour lutter efficacement contre le tribalisme, il y a des préalables que j’ai énumérés dans une de mes publications, à savoir Les fraudes électorales, éditions L’Harmattan, 20017. Voici précisément ce que j’ai proposé dans mon livre : « Avec un peu de clairvoyance, il est possible de dépassionner le débat politique, en proposant des solutions démocratiques révolutionnaires mais idéales. On peut par exemple échelonner le choix du chef de l’État par province (successivement), en commençant par les provinces qui n’ont jamais eu de chef de l’État. En réduisant le mandat présidentiel à trois ans voire à deux ans, toutes les provinces pourront avoir la certitude de gouverner la République en l’espace de 48 ans sinon 36 ans. Cette durée est raisonnable et elle correspond à l’âge moyen du Congolais. D’aucuns trouveront cette durée trop longue, mais c’est oublier d’avance qu’une seule province a déjà gouverné le pays pendant plus de 30 ans (1965-1997). »

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Paris, une congolaise drapée sous le drapeau de la RDC au Louvre

Je dois rappeler que le président actuel, qui est sans mandat, sans légalité et sans légitimité depuis décembre 2016, a dirigé la République de 2001 à 2016. Le chef de l’État qui dirigera demain la République sur la base d’un programme prédéfini par la Chambre haute et par la Chambre basse (Sénat et Assemblée nationale) s’appuiera sur un gouvernement et une armée composée de représentants (proportionnalité) de toutes les provinces. Si une telle volonté politique est clairement inscrite dans nos institutions, en l’occurrence dans la Constitutions, le débat politique deviendra moins passionnel et chaque province aura l’espoir de gouverner le pays. Mais il faut dire qu’une telle modification doit s’accompagner d’un transfert important des compétences vers le gouvernement provincial et local, afin que les attentes prioritaires des citoyens trouvent rapidement des réponses. Il faut par ailleurs réduire les prérogatives du chef de l’État comme les Suisses l’avaient institutionnellement fait. En Suisse, le président de la Confédération ne dirige le pays que pendant une année. En RD Congo, la réduction du mandat présidentiel évitera des abus en cas d’élection d’un chef d’État notoirement incompétent.

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Ces idées proposées il y a dix ans sont toujours d’actualité. C’est le mérite de savoir anticiper lorsqu’on réfléchit sur l’avenir de notre pays. Le tribalisme est un fléau et le recours à la loi est la meilleure façon de le combattre. Le président Mobutu était un tribaliste notoire et Joseph Kabila l’est aussi. Dans tous les gouvernements mis en place par ce dernier, certaines provinces (et souvent les mêmes) sont surreprésentées au détriment d’autres.

La première étape consiste à vider les prérogatives du chef de l’État qui font de lui l’homme le plus important et le plus puissant de la vie publique nationale pour en faire un président protocolaire dans les relations du Congo avec les pays étrangers et un président au service de la défense des intérêts nationaux (congolais), comme cela se passe merveilleusement bien en Suisse. Pour mieux y parvenir, il est nécessaire de procéder par l’élection à tour de rôle du chef de l’État par province afin de dépassionner le débat politique et de lutter contre le tribalisme et l’ethnicisme. Ce n’est pas la langue qui doit primer comme l’un de nos Compatriotes l’a récemment proposé mais plutôt l’espace géographique, car en proposant l’une des langues nationales parmi les quatre (kikôngo, lingala, kiswahili et kiluba) comme critère de choix du chef de l’État, on renforcera fatalement le tribalisme. Parmi les autres préalables, il y a la proportionnalité, la réduction de la durée du mandat présidentiel (entre deux à trois ans par mandat), le transfert des compétences vers les provinces, la subsidiarité, etc. Ces propositions sont largement développées dans mon livre sur les fraudes électorales cité plus haut.

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Encore combien des morts ? #Free Kongo

À mon avis, le fonctionnement des États-Unis n’est pas la bonne source d’inspiration pour réorganiser le pouvoir dans notre pays pour trois raisons principales : l’origine de la création de ce pays, la Constitution de ce pays et l’unilinguisme des États-Unis. Pour avoir étudié la Constitution des États-Unis et la Constitution suisse mais aussi pour avoir vécu dans le pays de l’Oncle Sam, je peux dire que la Suisse est le meilleur exemple à suivre pour la RDC. Les Suisses parlent quatre langues nationales comme les Congolais en RDC. Il y a en Suisse des groupes ethniques d’origine comme en RDC alors que les États-Unis ne pratiquent qu’une langue et les habitants sont venus d’ailleurs (à part les Indiens qui ont été massacrés par les premiers colons).

Aux États-Unis, c’est la possession de la fortune et l’appartenance à l’un de deux grands partis qui déterminent le choix du Président alors qu’en Suisse c’est l’origine ethnique et linguistique qui définit l’alternance au pouvoir en tant que président de la Confédération.

Vous pouvez voyager à travers les États-Unis en parlant une seule langue (l’anglais) et être compris partout, ce qui n’est pas le cas en Suisse et en RDC où il faut connaître et parler plus d’une langue. Si les pères fondateurs des États-Unis ont « joué » sur la méritocratie, il faut vite préciser que cette méritocratie est à coupler avec la fortune du candidat à l’élection présidentielle ainsi qu’avec l’origine blanche et britannique du candidat (vrai jusqu’à l’élection d’Obama) alors qu’en Suisse, c’est l’appartenance partisane et linguistique qui est prioritaire. Je peux multiplier les exemples pour prouver que les États-Unis ne sont pas le bon exemple qui peut nous servir de source d’inspiration pour le Congo.

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En matière de tribalisme, j’admets que Mobutu a tué la formation universitaire avec son système de quota qui n’a fait qu’accentuer le tribalisme et la corruption. Mobutu n’a pas promis le déluge, il l’avait volontairement préparé. Lorsqu’il disait : « Après moi le déluge », il ne faisait que confirmer la conséquence de sa mauvais politique. Moïse Tshombe n’est pas le bon exemple car une fois au pouvoir, il s’est partagé les postes clés du Gouvernement avec Munongo. On a accusé Kasa-Vubu d’être tribaliste alors qu’il a sauvé l’unité du Congo. En revanche, Moïse Tshombe était celui que les Belges avaient utilisé pour créer la sécession du Katanga et il avait mordu par égoïsme et régionalisme.

Il y a des compatriotes qui proposent un troisième dialogue dans le contexte actuel. Comme vous le savez, je m’étais catégoriquement opposé à l’idée de dialoguer avec le régime actuel et j’ai expliqué la raison pour laquelle on ne devait pas dialoguer avec un tyran.

Dans mon livre intitulé « Pouvoir et clientélisme au Congo-Zaïre-RDC », éditions L’Harmattan 2001, je me suis attardé sur les différents dialogues et conclaves qui ont jalonné l’histoire de notre pays jusqu’à la conférence nationale non souveraine. Nous connaissons les résultats. C’est sur la base de cette longue expérience que je m’étais opposé aux concertations nationales en disant au Compatriote Omer Songo die Lema, avant leur convocation, que : « avant concertations nationales = après concertations nationales » (lire https://fweley.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=1223&action=edit). Comme il ne m’avait pas cru, il s’était lancé dans des explications superflues et inutiles.

Mais il s’était vite tu au vu des résultats. Depuis, il n’est plus revenu sur ce sujet et ne cite plus mon nom dans ses articles, car les résolutions prises à l’issue des concertations nationales n’ont jamais connu un début d’application. L’argent des contribuables a donc été jeté par les fenêtres. Pareil pour les deux dialogues qui ont suivi. Après plusieurs rencontres dans des pays étrangers, deux dialogues ont été tenus. Qu’avons-nous obtenu ? Le tribalisme et la corruption sont toujours là. Ai-je eu raison de refuser tout dialogue avec un tyran ?

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Nous n’arrivons pas à nous en sortir à cause tout simplement d’une question de rapports de force. Notre opposition est trop divisée et chacun de nous a tendance à soutenir son leader de tribu (ou de région) au lieu de soutenir l’un des Congolais parmi les plus compétents qui, en plus, sait anticiper. Il y a au Congo de nombreux compatriotes qui n’ont jamais soutenu un leader autre que celui de leur tribu ou de leur région d’origine. Vouloir voir à tout prix le sien parvenir à la tête de l’État, même lorsque cet individu ne remplit pas toutes les conditions est ce qui tue notre pays. Ma prochaine publication sur cette question sera plus explicite.

À mon avis, le tribalisme cessera non pas avec « l’avènement d’un pouvoir fort » mais avec le recours à la proportionnalité et à la subsidiarité. Ce sont deux concepts qui doivent être bien compris et intégrés dans la Constitution et dans notre manière d’agir, car ils ont fait leurs preuves dans les pays qui les pratiquent, comme la Suisse et les Pays-Bas. Le recours à la proportionnalité est la seule solution pour sortir la République du tribalisme et de l’ethnicisme.

Pour lutter contre le tribalisme, nous devons agir au niveau culturel (permettre aux enfants de chaque groupe ethnique d’apprendre la langue des autres groupes ethniques dès l’école primaire comme les Suisses le font), il faut en plus favoriser les échanges (les élèves d’une province vont étudier pendant une année ou deux dans une autre province pour améliorer les acquis linguistiques de la langue parlé dans ladite province). La question du tribalisme est complexe mais les solutions existent et j’y réfléchis régulièrement à titre personnel. Nos quatre langues nationales (kikôngo, lingala, swahili et tshiluba) sont un atout, malheureusement, nous en faisons un frein.

Je suis convaincu que nous finirons par trouver une voie commune à forcer de commettre des fautes, car, on apprend aussi par essais et erreurs. Parce que le régime de Kabila a organisé des fraudes électorales en 2006 et en 2011, le peuple congolais refuse maintenant catégoriquement de se laisser avoir. Le peuple a appris par accumulation d’expérience. « Chat échaudé craint l’eau froide », dit-on. Il est maintenant question d’avoir des femmes et des hommes avertis au pouvoir, c’est-à-dire eux qui ont longuement réfléchi à la politique à mener à la tête de l’État et qui ont en plus pensé à des solutions avant d’arriver au pouvoir.

Il faut permettre à chacun d’évoluer dans son domaine de prédilection. Aujourd’hui, au Congo, tout le monde veut être politicien, mais si un médecin ou un professeur d’université peut gagner le même salaire voire plus qu’un ministre ou un président de la République, comme en Suisse, je suis convaincu que le fauteuil présidentiel ne sera plus envié et convoité. Nous avons oublié que la politique est une profession de foi (comme la prêtrise), c’est un service à rendre à la nation. Le président de la République est un employé de ses compatriotes qui les commandent via la Constitution et les institutions. Nous avons tendance à ne pas le rappeler.

J’ai toujours défendu l’idée de constituer l’union de l’opposition. J’ai même fait une longue proposition sur cette question bien avant la rencontre de Genval, car « l’Union fait la force », selon la devise des Belges. Le tribalisme, c’est-à-dire le chacun pour soi risque de tuer le Congo qui est l’unique puissance régionale en Afrique centrale. Malheureusement, nous Congolais n’avons pas encore compris cela. C’est par la loi et la proportionnalité que nous parviendrons à vaincre progressivement le tribalisme tout en gardant la tribu. C’est en tenant des débats sans état d’âme et sans injure que nous éviterons de tourner en rond. La construction du Congo et le maintien de son unité sont notre responsabilité commune.

Certains compatriotes proposent avec enthousiasme la décentralisation comme solution de lutter contre le tribalisme. Mais ils se trompent très lourdement, car ce concept est loin de résoudre le problème de tribalisme. Dans bien des cas, la décentralisation se transforme en un simple transfert du pouvoir central vers les provinces avec tous ses méfaits. Si le pouvoir central est tyrannique, le pouvoir sera aussi tyrannique dans les entités administratives décentralisées. C’est sûr. La politique de décentralisation n’est pas le meilleur outil pour lutter efficacement contre le tribalisme. En effet, comme le dit Angelo Bonfiglioli dans son livre Gouvernance décentralisée et développement local, « Les modes ou les degrés de la décentralisation sont nombreux. On peut distinguer :

« Une décentralisation/déconcentration : il s’agit d’un type de décentralisation qui n’est qu’une exécution des services et fonctions du gouvernement central par des fonctionnaires affectés dans les administrations décentralisées ;

• Une décentralisation/délégation : il s’agit d’une délégation des services et fonctions du gouvernement central aux administrations décentralisées, avec transfert de ressources nécessaires (ceci étant le modèle de la décentralisation dans la tradition juridique francophone) ;

• Une décentralisation/dévolution : il s’agit d’un véritable transfert de pouvoirs, autorité, fonctions, responsabilités et ressources aux administrations décentralisées, à savoir des entités légales avec pouvoir de traduire et être traduites en justice (ceci étant le modèle de décentralisation prévalent de la tradition juridique anglo-saxonne) ».

C’est pour répondre aux manquements de ces différents modes et pour mieux équilibrer la distribution du pouvoir entre les tribus, les ethnies et les régions linguistiques que les politistes proposent le recours à la proportionnalité [Ceux qui veulent en savoir plus sur ce sujet peuvent se référer à mon livre « Gouvernance, action publique et démocratie participative », éditions Dictus Publishing, Saarbrücken (Allemagne), 2e édition, 2012].

Vous l’avez compris, je suis un défenseur de l’État unitaire. À mes compatriotes, je ne cesse de répéter ces mots simples : « Aimons le Congo comme nous aimons notre être ».

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