Libération de Jean-Pierre Bemba: Réaction de Donat M'baya Tshimanga

Donat M'baya Tshimanga est Fondateur et ancien Président de l’ONG congolaise de défense de la liberté de la presse "Journaliste en danger" (JED). Directeur exécutif Centre des médias pour la gouvernance et la rédevabilité (CMGOR) à Toronto, il vit au Canada. A 5 reprises, il s'était rendu à Bangui en RCA pour s'informer sur les exactions que l'on reprochait à JP Bemba par la CPI !

Libération de Jean-Pierre Bemba: Réaction de Donat M'baya Tshimanga, Fondateur et ancien Président de JED !

Par Freddy Mulongo, samedi 16 juin 2018  Radio Réveil FM International 

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Donat M'baya Tshimanga est Fondateur et ancien Président de l’ONG congolaise de défense de la liberté de la presse "Journaliste en danger" (JED). Directeur exécutif Centre des médias pour la gouvernance et la rédevabilité (CMGOR) à Toronto, il vit au Canada . Les radios communautaires ont toujours été partenaires de JED qui a participé à nos Assises. Avec Donat M'Baya, nous étions ensemble dans le comité préparatoire du Congrès national de la presse. Ce dernier s'est tenu au Centre Nganda à Kinshasa, en mars 2004. Qualifié de « Congrès de la refondation », pour la première fois depuis 1989, l’ensemble de la presse congolaise, écrite et audiovisuelle, de la capitale et des provinces s’était réuni afin de réfléchir à son mode d’organisation et aux grands enjeux auxquels elle se trouvait confrontée. Pour avoir été le Premier président de JED, Donat Mbaya Tshimanga est un témoin de l'histoire de la presse de notre pays. Or, la Cour Pénale Internationale (CPI) dans son accusation contre Jean-Pierre Bemba, avait exhibé des coupures de journaux qui furent annexés dans son dossier. Donat Mbaya Tshimanga, président de JED fut cité dans le procès Jean-Pierre Bemba. Lors d’une audience à la CPI, la défense de Jean-Pierre Bemba avait fait diffuser une vidéo du président de JED fustigeant un reportage d’une télévision congolaise qui avait diffusé un reportage à Bangui mettant en cause le président du MLC. La RCA étant l'un des 9 pays voisins de la RDC, Donat M'Baya s'y était rendu à 5 reprises. Il avait donc des informations qui contredisaient la campagne de diabolisation orchestrée par le régime de Kinshasa.

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«J’ai accepté l’inacceptable!». Cette phrase prononcée par Jean-Pierre Bemba Gombo après l’annonce de la «victoire» du président sortant Alias Joseph Kabila à l’élection présidentielle Louis Michel 2006 continue à résonner aux oreilles de nombreux Congolais comme un mauvais rêve. «C’est un hold-up électoral», protestaient des Kinois. D’autres accusent le leader du MLC d’avoir trahi ceux qui avaient voté pour lui. Dans un communiqué daté 14 novembre 2006, le cartel politique «Union pour la Nation» qui a soutenu Jean-Pierre Bemba au second tour avait prédit le succès de celui-ci : «Nous informons l’opinion nationale et internationale qu’à ce stade, le tableau des résultats, au niveau du Centre de compilation des résultats de l’Union pour la Nation, montre que sur 11.954.754 suffrages exprimés, Jean-Pierre Bemba Gombo se place en tête avec 52,5% des voix.» Bemba a-t-il subi des pressions pour s’incliner? Qui est l’auteur de ce chantage qualifié d’«inacceptable» par le principal intéressé? Quelle en a été la forme? En tous cas, les multiples accords signés avant la publication des résultats du second tour entre le MLC et l’AMP (Alliance de la majorité présidentielle), sous l’égide du Comité International d'Accompagnement de la Transition (CIAT), mettent à nu le parti pris de la «communauté internationale».

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Dans une dépêche datée mardi 1er septembre 2009, l’AFP créée l’événement en rapportant que «des coups de feu ont été tirés» dans la nuit du 30 au 31 août «vers les résidences de deux ministres (…), ex-proches de Jean-Pierre Bemba, (...)». Curieusement, l’information a été communiquée à cette agence par les intéressés eux-mêmes prétendant avoir reçu «des lettres de menaces de mort». Le contenu de ces missives ne s’invente pas : «si tu témoignes contre Bemba, tu meurs!». Au moment des faits, le ministre Alexis Thambwe Mwamba se trouvait en mission officielle à Tripoli, en Libye. Il a néanmoins eu le temps de joindre le correspondant de l’AFP à Kinshasa le même mardi 1er septembre pour lui confier que sa résidence «a également été attaquée» au cours de la même nuit du dimanche 30 août. "J’ai été informé ce matin que des tirs nourris ont été entendus chez moi et une lettre de menace y a été déposée", déclarait Thambwe.

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Au cours d’un point de presse tenu le même mardi, le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, le Vuvuzélateur, Pinocchio et Goebbels Lambert Mende Omalanga a déclaré que d’autres anciens cadres du MLC «ont reçu» le même message de menace «par SMS». Le Vuvuzélateur Lambert Mende de citer les noms : Olivier Kamitatu (ministre du Plan), Antoine Ghonda et Valentin Senga (députés) Samuel Simene, directeur général adjoint de l’OFIDA (Douanes). A en croire Lambert Mende, le journaliste Kabeya Pindi Pasi, auteur d’un reportage à charge sur Jean-Pierre Bemba, a reçu un message identique !

Il faut dire pour mieux couler Jean-Pierre Bemba à la CPI, le régime d'imposture, d'occupation et de prédation de Kinshasa avait mis l'argent en jeu pour fabriquer des ONG bidon, offrir des billets d'avion, frais de mission et divers en RCA qui émanaient d'un mystérieux PR, avec comme acteurs : She Okitundu, Antoine Ghonda, Kabeya Pindi Pasi,. Des mails interceptés à l'époque existent !

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1. Réveil FM International: Quelle est votre réaction quant à l’acquittement et la libération provisoire de Jean-Pierre Bemba ?

Donat Mbaya Tshimanga: J’ai plusieurs réactions :

Je suis content pour Jean-Pierre Bemba, pour ses enfants dont il aura raté une partie importante de leur croissance et pour son épouse qui a fait montre d’un courage admirable. Cette décision est surtout une victoire du droit sur la politique. Je suis de ceux-là qui ont toujours considéré que l’affaire Bemba était, si pas une fausse affaire, mais du moins une affaire mal orienté dès les premiers jours et dont la forme péchait à plusieurs égards. Or en droit, la forme corrompt le fond.

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Luis Moreno Ocampo, l'ancien procureur de la CPI

Cette décision est aussi un désaveu du travail mené, pendant 10 ans, par l’accusation de la CPI depuis le tonitruant procureur argentin Moreno O’Campo – dont on sait qu’il n’était pas un modèle de vertu, jusqu’à l’ancienne ministre de la justice du dictateur gambien Yaya Jammeh, Fatou Bensouda. En dépit des moyens mis à leur disposition, ils ont échoué à prouver au-delà de tout doute la responsabilité pénale de Bemba en tant que chef hiérarchique.

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Fatou Bensouda, procureure de la CPI et son prédécesseur Luis Moreno Ocampo

La clameur publique des atrocités de la RCA entre octobre 2002 et mars 2003 ne constitue par une preuve en droit. L’accusation devrait être la première à le savoir. A moins d’avoir compté sur l’intrusion de la politique dans ce prétoire prestigieux. Au lieu de se prévaloir de ses propres turpitudes et de rejeter la faute à l’instance d’appel de la CPI dans une communication mal venue, Mme Bensouda aurait mieux fait de tirer toutes les conséquences de cette catastrophe judiciaire en rendant son tablier.

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Ange-Félix Patassé, ancien Président Centrafricain

L’acquittement de Bemba est aussi un échec et une remise en cause des méthodes de travail dans la communauté des défenseurs des droits humains avec en tête la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme) et ses organisations partenaires en République Centrafricaine, la LCDH (Ligue centrafricaine des droits de l’homme) et l’OCODEFAD (Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse). Je suis moi-même un défenseur de la liberté d’expression et des médias primé sur le plan international. Les droits humains, c’est aussi faire en sorte que nul ne soit puni pour une faute qu’il n’a pas commise ou sans preuves irréfutable. J’ai du respect pour la FIDH et les autres. Mais je suis convaincu que la collecte, mieux la documentation des atrocités commises en RCA, n’a pas été rigoureuse conformément aux standards en la matière.

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François Bozizé, ancien Président Centrafricain

Entre 2008 et 2009, de part mes fonctions dans Journaliste en danger (JED), j’ai effectué pas moins de cinq missions en RCA. Curiosité journalistique et passion des investigations, je me suis amusé à aller sur les traces des « Banyamulenge », surnom donné aux soldats de Bemba à Bangui. Ce que j’ai vu et entendu était souvent loin des récits contenus dans les rapports que j’avais lu sur ce qu’il s’est passé en RCA de manière générale et à Bangui de manière particulière pendant la campagne militaire démarré en octobre 2002 et qui a installé François Bozize au pouvoir le 15 mars 2003.

Je ne peux terminer cette réponse sans souligner l’occasion manquée, par tous, de rendre réellement justice aux vraies victimes centrafricaines parce que celles-ci n’ont jamais été effectivement au centre des préoccupations du nouveau pouvoir de l’époque (François Bozize).

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Jean-Pierre Bemba, président du MLC

Le vainqueur de la guerre de 2002-2003 a blanchit tous les centrafricains et autres mercenaires Tchadiens, Libyens et même Français pour ne déférer, devant la CPI, que le congolais Jean-Pierre Bemba. Comment ne donner raison à ceux qui pense que la CPI est une justice des vainqueurs sur les vaincus ? Bien plus, l’affaire Bemba aura été une affaire congolaise au lieu d’être d’abord une affaire centrafricaine.

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Paris, Donat M'baya et Freddy Mulongo à Reporters sans Frontières (RSF)

2. Réveil FM International: Justement lors d’une audience à la CPI, la défense de Bemba avait fait diffuser une vidéo du président de JED fustigeant un reportage d’une télévision congolaise qui avait diffusé un reportage à Bangui mettant en cause Bemba. Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette affaire ?

Donat Mbaya Tshimanga: Un concours de circonstances de l’époque a fait que notre propos, en tant que président de JED, a été utilisé par la défense de Bemba dans sa stratégie. Je n’étais pas à l’audience de la CPI pour savoir quel extrait de mon intervention a été utilisé et s’il n’avait pas été charcuté. Dans le cadre de son mandat de défense et de promotion de la liberté de la presse, JED avait appris que des menaces étaient proférées contre le journaliste de Tropicana TV Kabeya Pindi Pasi pour avoir diffusé un reportage qu’il avait réalisé à Bangui dans lequel des victimes accusaient les troupes de Bemba d’avoir commis des atrocités en RCA entre octobre 2002 et mars 2003. Personnellement, je n’avais pas suivi ce reportage. Les menaces qui étaient sournoises sont devenues plus explicites au point où Kabeya Pindi Pasi a du entrer en clandestinité.

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Kabeya Pindi Pasi, ancien président de l'Union Nationale de la Presse Congolaise

JED avait condamné ces menaces tout en menant son enquête pour comprendre ce qu’il en était exactement. Ce que nous avions découvert n’honorait pas la profession. Un membre de l’équipe de reportage nous rapporté que le reportage à Bangui avait été financé par le pouvoir de Kinshasa qui a payé tous les frais. Notre source a avoué avoir touché « 2000 USD seulement ». Sous-entendant qu’il avait droit à plus. Et sur place à Bangui, c’est l’ambassade de la République démocratique du Congo qui a pris la relève pour la logistique, le choix des sites de tournage et la sélection des victimes à interroger. Pour nous ce « reportage » télécommandé et financé par le pouvoir dans le but de noyer un adversaire politique était tout sauf du journalisme. Et notre silence aurait de la complicité. JED refusait ce journalisme de combines à la petite semaine.

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Me Liris Kwebe, avocat de Jean-Pierre Bemba

Quelques jours plus tard, j’étais de passage à Bruxelles lorsque j’ai reçu un appel en roaming de feu Me Nkwebe Lyris, le tout premier chef de l’équipe de défense de Jean-Pierre Bemba. C’est un avocat dont j’admirai l’intelligence et la pertinence et que j’ai connu par l’entremise des amis communs. Il voulait me rencontrer pour que je lui donne le point de vue de JED sur le reportage de Kabeya Pindi Pasi sur Tropicana TV. Quand je lui ai dit que j’étais à Bruxelles, il m’a demandé si je peux accepter de recevoir son collègue belge membre de l’équipe de défense afin de lui donner mon analyse sur le reportage car ils avaient appris que ce reportage était un des éléments de l’accusation. J’ai accepté volontiers et j’ai répondu à une ou deux questions de deux avocats belges qui m’ont filmé disant la position de JED qui était sans ambiguïtés.

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Donat M'Baya Tshimanga

3. Réveil FM International: Vous avez dit avoir été sur les traces des "Banyamulengés" à Bangui, c’est-à-dire quoi concrètement ?

Donat Mbaya Tshimanga: En deux années (2008 et 2009), j’ai profité de mes différents séjours en RCA. Cinq au total, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé dans ce pays, parmi les plus pauvres du Continent. Mon fil conducteur était le premier rapport de mission de la FIDH publié en février 2003 et portant le titre «Crimes de guerre en République centrafricaine. Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ». Ce premier rapport d’une grande qualité informationnelle avait été transmis à la CPI dès sa publication, soit un mois avant la prise du pouvoir en République Centrafricaine (RCA) par les rebelles de l’ancien chef d’Etat major général des FACA (Forces armées Centrafricaines). Ce rapport a eu le mérite de retracer la genèse du conflit qui a aboutit aux affrontements armés d’octobre 2002 au 15 mars 2003. Il présente également avec exactitude les différents protagonistes en présence, dont les uns étaient avec le président de l’époque, Ange-Félix Patassé qui défendait son pouvoir et les autres étaient avec les rebelles de François Bozize qui voulait renverser le présent élu mais honni de la majorité du peuple. Ce rapport qui était du pain béni pour la CPI comprenait également des analyses juridiques des crimes commis ainsi qu’une esquisse des responsabilités pénales de chaque partie prenante de ce conflit meurtrier qui aura duré cinq mois.

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Madame Bernadette Sayo

En dépit de la qualité indéniable de ce premier rapport complété par un autre rapport paru une année plus tard (27 février 2004) intitulé « Quelle justice pour les victimes de crimes de guerre ? », ces documents ne constituaient que des pistes de travail pour la CPI qui a attendu d’être saisie officiellement par les nouvelles autorités centrafricaines (ex-rebelles de Bozize) pour enclencher la machine du montage d’un dossier judiciaire en béton, aussi bien en termes de qualification des crimes commis que des preuves au-delà de tout doute en passant par les responsables des crimes ainsi épinglés. Les rapports de la FIDH étaient des rapports citoyens dont pouvait s’inspirer le bureau du procureur O’Campo puis Bensouda pour bétonner l’accusation et éviter ainsi de se faire renvoyer la copie comme des écoliers. Tout porte à croire que le travail de l’accusation n’a pas suivi un cheminement normal. La RCA a offert à la CPI le coupable idéal, Jean-Pierre Bemba et ses hommes du MLC baptisés « Banyamulenge » par la population centrafricaine, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, candidat malheureux aux élections présidentielles, parti du pays sur la pointe des pieds après des affrontements meurtriers en pleine capitale, Kinshasa, où Joseph Kabila n’a pas hésité non seulement à tirer le premier mais également à sortir l’artillerie lourde.

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Oubliant tous les autres protagonistes de la guerre en RCA dont l’actuel président et ses rebelles, qui somme toute fut le plus grand bénéficiaire de cette guerre, les troupes loyalistes des FACA, les Tchadiens d’Abdoulaye Miskine, les Français de Paul Barril, les libyens, l’Unité de sécurité présidentielle (USP) de Bombayake.

Mes enquêtes en RCA m’ont confirmé qu’il y a eu des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité qui ont été commis contre les populations civile en termes, de tueries, de viols et de pillages. Ceci est une constante que même la cour d’appel de la CPI n’a pas nié contrairement aux insinuations de la procureure Fatou Bensouda dans ses larmes d’après l’acquittement de Bemba. Il y avait aussi une clameur publique, spécialement à Bangui impliquant les « Banyamulenge »dans les atrocités commisent dans la capitale centrafricaine. Tout le monde répétait ce que tout le monde disait, surtout les nouvelles autorités sorties gagnantes de cette guerre. Au nom de la paix, soit disant, les centrafricains ont décidé non d’extirper leurs démons par la justice mais de les couvrir de cendre en déférant devant la CPI un chef rebelle Congolais ou Zaïrois comme on dit à Bangui où ces derniers n’ont jamais eu bonne presse de tout temps comme les Rwandais en RDC. L’accusation de la CPI semble avoir considéré cette clameur publique, valable peut-être en politique, comme une preuve suffisante pour faire condamner un chef hiérarchique qui n’était pas sur le théâtre des opérations et dont les troupes sur le terrain relevaient du commandement des opérations de l’ancien président Patassé à l’invitation duquel les troupes du MLC ont foulé le sol centrafricain. Et il ne faut pas être un breveté d’état major pour le savoir.

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Bien plus, le commandant des troupes du MLC en RCA était le colonel « Mwanamulenge » Mustafa Mukiza qui n’a jamais été inquiété au même titre que tous les autres chefs des troupes qui se sont affrontés en RCA à cette époque. Qu’un témoin rapporte à la cour que le colonel Mustafa qui travaille pour Kabila qui l’a fait général aujourd’hui recevait ses ordres directement de Bemba relève du fantasme. C’est comme si on disait que le contingent du Népal à la Monusco reçoit ses ordres d’opération dans l’est de la RDC de son CEMG à Katmandou ! Un peu comme cet autre témoignage d’une victime repris dans le rapport de la FIDH qui déclare avoir vu Bemba en personne atterrir avec un petit porteur dans la cour du centre de santé de Begoua. Nous avons visité ce centre où aucun petit porteur ne peut atterrir. Un autre témoignage repris dans le rapport est celui d’un témoin qui aurait vu Bemba haranguer ses troupes à Bangui en novembre 2003 alors qu’il a été établi que le chef rebelle du MLC n’a jamais mis ses pieds à Bangui tout au long de ce conflit. La fille d’une victime de viol rapporte que sa maman est morte de VIH en mars 2003 après avoir été violée le 25 décembre 2002. Sans cracher sur la souffrance de cette victime, on est en droit de s’interroger sur la durée de la période d’incubation du VIH.

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Ilunga Mwana Bute, Isabelle, James Ngumbu, Guy Kalenga et Freddy Mulongo à l'ouverture de la première d'audience de Bemba à la CPI

Comme quoi les récits des témoins ou victimes ne sont pas toujours la parole d’Évangile surtout quand ceux-ci ont été recrutés via un communiqué à la radio invitant « toutes les victimes des Banyamulenge à se faire enregistrer pour être indemnisés ». De quoi provoquer des attroupements qui ont frôlé l’émeute devant le bureau à coté de la Haute autorité de la communication. Des amis journalistes centrafricains se rappellent de l’engouement que ce communiqué avait créé. Une femme qui était à Brazzaville pendant les événements de RCA nous a avoué s’être fait inscrire sur la liste des victimes de viols à Bangui dans l’espoir de recevoir une indemnisation dans une ville où la misère est omniprésente. Certes il y a eu des viols mais le chiffre de 5000 avancé nous a semblé avoir été exagéré. Devant la justice un viol ne se prouve pas avec la seule parole de la victime. Il y a des examens médicaux qui doivent le confirmer.

Durant nos différents séjours en RCA nous avons été à PK 11, 12, PK 22, le marché du bétail où il nous a été montré l’emplacement d’un charnier. Notre « pèlerinage » dans Bangui la meurtrie nous a conduit au siège de l’OCODEFAD (Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse), une association de victimes de violences sexuelles fondée par Mme Bernadette Sayo Nzale. Cette association a fait parler d’elle après le coup d’Etat de 2003 qui a vu l’ancien rebelle Bozize accéder à la magistrature suprême. Avec elle, la LCDH dont le président Me Goungaye Wanfiyo, qui n’avait pas sa langue en poche, a été tué en décembre 2008, dans un accident de voiture dans le nord de la RCA. L’homme était farouchement opposé à l’amnistie en échange de la paix décidé par le dialogue national. Simple coïncidence ?

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Freddy Mulongo et James Mbungu à la CPI

Contrairement au président de la LCDH, la présidente de l’OCODEFAD que ses adversaires décrivent comme ambitieuse et manipulatrice à souhait, n’a pas hésité à faire équipe avec le rebelle Bozize, l’un des bourreaux d’hier, devenu chef de l’Etat. Mme Sayo qui dit avoir été violée et dont le mari a été tué par des « Banyamulenge » à son domicile accepte le poste de ministre du tourisme et de l’artisanat pour, dit-elle, faire bouger les choses de l’intérieur. Lorsque nous nous pointons au siège de son organisation, nous ne sommes pas les bienvenus. Un jeune homme présenté comme membre de la famille Sayo assume l’intérim de la présidente devenue ministre. Un groupe de femmes, certainement des victimes, est assemblée dans la petite cour. On nous interdit de les approcher. Nous patientons dans les environs et arrivons à aborder difficilement, en aparté l’une d’entre elles. De bonne foi, elle nous confie qu’elle sort d’une séance de « répétition » au cours de laquelle on leur apprend « ce qu’elles doivent dire aux enquêteurs qui vont venir les indemniser » (Sic). Nos tentatives pour rencontrer Mme Sayo sont vaines. C’est pendant notre séjour que nous apprenons que la ministre continue à faire l’objet de menaces. Aussi curieux que cela peut paraître pour un membre du gouvernement possédant une garde rapprochée.

C’est alors que l’un de nos interlocuteurs nous rapporte une histoire rocambolesque que malheureusement nous n’avons pas pu vérifier par de sources directes ou indépendantes. Mme Sayo serait en procès (à l’époque) avec sa belle famille qui lui reprocherait d’avoir fait tuer leur fils (son mari). Au greffe à Bangui où nous avons tenté de confirmer ne fut-ce que la plainte, on s’est caché derrière le secret de l’instruction. Preuve qu’il y avait effectivement une affaire devant la cour.

Les adversaires de Mme Sayo, même au sein de la société civile centrafricaine ont toujours considéré que la présidente de l’OCODEFAD avait bradé, si pas utilisé les victimes du conflit de 2002-2003 comme d’un marchepied pour assouvir ses ambitions personnelles.

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4. Réveil FM International: Justement, pensez-vous que la CPI a craché sur les victimes centrafricaines et que par conséquent elle a perdu toute crédibilité ?

Donat Mbaya Tshimanga: Moi je dirais, par contre, que les centrafricains ont gaspillé une occasion en or non seulement de rendre justice aux victimes des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sur leur territoire contre leurs concitoyens. Ils ont loupé l’occasion de bâtir une vraie paix fondée sur la fin de l’impunité et la justice. Ils ont monnayé sur l’autel des intérêts personnels une opportunité d’un nouveau départ fondé sur un nouveau leitmotiv : plus jamais ça. Conséquence de ces ratés :

la RCA est plongée depuis dans une nouvelle guerre plus meurtrière que celle de 2002-2003. Les « Banyamulenge » ne sont plus là, la commission vérité et réconciliation a vécu mais la paix n’est toujours pas au rendez-vous car au lieu d’extirper les démons par la justice – la CPI a été une occasion idéale – ils ont préféré les recouvrir de cendre.

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En dépit des faiblesses et fautes dans la documentation des crimes portés devant la CPI, les victimes n’auront eu que le mérite d’être reconnues comme victimes. Les auteurs des crimes et leurs vrais commanditaires ont échappé à la justice. Ils y ont même brillé par leurs absences.

Certains sont encore en vie et tirent les ficelles de l’actuel conflit armé. D’autres sont morts dont l’ancien président Ange-Felix Patassé. Certes les troupes de Bemba – invitées et placées sous commandement de Patassé - ont commis des atrocités pour lesquels les auteurs directs et intellectuels devraient payer.

Cela n’a pas été le cas. On ne condamne pas quelqu’un sur la base de la clameur publique. L’orientation prise par cette affaire centrafricaine qui était devenu, par la magie de la politique, une affaire RDcongolaise avait tout faussé et l’acquittement de Bemba n’a été que la conséquence logique du droit : l’accusation de Bensouda n’a pas pu prouver au-delà de tout doute que les troupes du MLC sur le terrain des opérations en RCA recevaient leurs ordres sur le théâtre des opérations à l’étranger d’un chef basé à des milliers de kilomètres.

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Par contre, l’instance d’appel a sauvé la crédibilité de la CPI dans cette affaire et la procureure Fatou Bensouda devrait être honnête envers elle-même en démissionnant car elle a fait preuve de légèreté dans le montage de ce dossier. Elle et son prédécesseur Luis Moreno O'Campo auront effectué plus de mission en RDC qu’en Centrafrique, le théâtre des opérations. Pourquoi? Lorsque Jean-Pierre Bemba est arrêté le 24 mai 2008 en Belgique, le dossier n’est pas encore ficelé et la décision, dictée par des considérations politiques congolaises, est tout simplement précipitée par O’Campo.

Les juges d’appel à la majorité n’ont jamais dit que rien ne s’est passé en RCA entre octobre 2002 et mars 2003. Ils n’ont jamais dit que le contingent du MLC envoyé dans ce pays n’avait rien fait. Ils ont simplement constaté que l’homme amené par devant eux – et qui était en prison depuis 10 ans – n’était pas le donneur d’ordre des atrocités commises par ses hommes placés sous commandement d’un gouvernement légitime. Ou du moins, l’accusation n’a pas pu le démontrer au-delà de tout doute. Comment pouvait-il en être autrement dès l’instant ou ni Patassé, ni Bozize, ni Absoulaye Miskine, ni le commandant de l’Unité de sécurité présidentielle, ni le Français Barril et encore moins les libyens et Tchadiens n’ont été entendus, même pas à titre de renseignant? Pour l’accusation, depuis O’Campo jusqu’à Bensouda, la cause Bemba était entendue. Souvenez-vous de cette interview fleuve du procureur O’Campo dans un journal kinois qui évoquait déjà la possibilité d’une peine de 30 ans de prison pour Jean-Pierre Bemba.

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Pour terminer, je dirai que la CPI est toujours utile pour la justice internationale. Si elle n’avait pas existé, il aurait fallu la créer tant qu’il y aura des despotes et autres régimes pour commettre et couvrir des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Elle sera encore utile tant qu’elle pourra rendre justice à des citoyens auxquels leurs pays refusent ou ne peuvent rendre justice.

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Malheureusement, de l’adoption du Statut de Rome en juillet 1998 à ce jour, la CPI donne l'impression d’être devenu un instrument entre les mains des puissants et des vainqueurs pour éliminer ceux qui dérangent, tenter de refaire la géopolitique internationale, anéantir ses adversaires politiques. Qu’il s’agisse de Kabila et Alassane Ouattara aujourd’hui ou de François Bozize hier, la CPI a été détournée de sa mission première pour jouer le rôle de la justice des vainqueurs contre les perdants. Les victimes sont devenues le cadet de ses soucis sans oublier l’interférence du politique (le Conseil de sécurité de l’ONU) qui décide qui on poursuit et qui on ne touche pas quels que soient les crimes.

Vingt ans après sa création, j’estime humblement que le moment est peut-être venu de faire un audit institutionnel de cette justice internationale qui avait suscité tant d’espoir et qui semble aujourd’hui s’être détournée de sa mission première.

Toronto, le 15 juin 2018

Donat M’Baya

Directeur exécutif

Centre des medias pour la gouvernance et la redevabilité (CMGOR)

Fondateur et ancien président de JED

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