De Gbadolite à Kingataki: une bonne leçon d'histoire pour Joseph Kabila! S.Vakala

 

 

Il est une création de la piètre classe politique congolaise. Il avait mis pieds au Congo, pour la première fois, un certain 16 mai 1997 avec des bottes en caoutchouc. Désargenté, ahuri, pauvre et dépaysé, il ne connaissait ni personne, ni la culture congolaise, ni son histoire. Il ne parlait pas la langue la plus populaire du Congo: La Lingala. De ce fait il ressemblait à un muet!!! En bon observateur cependant, surtout lorsqu'il s'était habillé de l'étoffe politique, Joseph Kabila avait compris alors que le Congo était un pays riche et que ses politiciens facilement corruptible. C'est une observation et une histoire qu'il va apprendre vite et hériter du premier dictateur que le pays aurait connu. Pour avancer vite, il s'était fait entourer des mobutistes véreux dont la soif d'argent n'était pas encore étanchée. Du Maréchal Mobutu donc, il apprendra beaucoup et dans son subconscient, Joseph Kabila voulait bien dupliquer certains acquis du Guide clairvoyant, Mobutu Sese Seko

Il apprendra que Mobutu aimait l'argent et que dans sa cupidité, il va confondre les caisses de l'Etat en ses comptes bancaires privés et il avait comprit vite que la corruption était institutionnalisée. Mais ce qui va peut-être impressionner le plus le jeune Kabila est le fait d'entendre l'histoire glorieuse de Gbadolité; un domaine présidentiel privé, un mini-Etat construit dans la forêt vierge de l'Equateur à 21 kilomètre de la République Centrafricaine. Au sommet de sa gloire, Gbadolité le fief de Mobutu, était devenu simplement la plaque tournante des affaires politiques. Mobutu y recevait les Chefs d'Etat, les ambassadeurs et même le Roi des Belges. A un moment, les réunions hebdomadaires ou mensuelles du Conseil Exécutif se devaient y tenir. Pour réaliser ce défi, l'un des quelques avions d'Air Zaïre devait sacrifier les passagers pour déplacer diverses équipes du Maréchal: Comité exécutif, membres du Bureau politique... Les visiteurs du Président Mobutu n'étaient pas déçus car l'homme était reconnu très accueillant.

Mais Gbadolité fut aussi un cimetière. Le président y enterra les membres proches de sa famille: Mama Antoinette Mobutu, ses enfants... Dans sa folie de grandeur, Mobutu fit construire même une brasserie pour contenter ses frères autochtones. En vain! Toute cette folie et tout ce qui fit la fierté dans cette forêt au grand centre de l'Equateur s'écroula comme un château des cartes le 16 mai 1997 lorsque Laurent-Désiré Kabila marcha dans Kinshasa avec ses troupes en bottes de caoutchouc, y compris son "fils" après seulement trois semaines qu'il mit pieds au Congo. Et dans ces trois semaines, «le sort du maréchal a été scellé. Affaibli par la maladie, acculé par les forces de Kabila, il s'est envolé pour Lomé le 18 mai 1997 avant de rejoindre Rabat, où il est décédé le 7 septembre, à l'âge de 66 ans.» (1) Dans son exil, Mobutu emporta aussi les cercueils de ses morts. Ces détails sont, dans le contexte de ce récit, très important. Nous voulons, en effet, passer un message clair au locataire de Kingataki qui se croit tout permis; croyant qu'il est le premier à gaspiller, de manière scandaleuse les fonds publics.

Mobutu l'a fait avant lui. Aujourd'hui son domaine qui était devenu presque la seconde capitale du Zaïre comme en témoigne ces photos est un rappel à Joseph Kabila qui a fait de Kingataki un lieu de pèlerinage, un endroit stratégique avec comme mission de déstabiliser l'action de l'homme qu'il a lui-même placé à la tête du pays. Mais Kingataki est aussi un lieu des rendez-vous mesquins. Le Raïs reçoit tous les politiciens (ministres et députés), professeurs d'universités, artistes-comédiens et les Kulunas de tout genre qui sont prêts à lécher son cul, et celui de Maman Olive, dans cet ordre d'idées. En retour ils sont récompensés en billets verts, buffet (comme ce membre du FCC qui dansait l'autre jour avec un gros os de viande dans ses bras) et biens de consommation (les artistes-comédiens peuvent en témoigner) Comme on peut en conclure, les similitudes sont rampantes entre Gbadolité et Kingataki.

· Les deux fiefs ont été érigés pour satisfaire deux chefs capricieux et budgétivores.

Ceux qui sont tombés dans les grâces du Roi s'en réjouissent et ne jurent qu'au nom de leur chef respectif.

· Ils ont transformé leurs domaines en vrais empires visités par des privilégies.

· Ils ont amassé des armes gardées secrètement avec l'espoir qu'elles pourront bien être utilisées par une soldatesque fanatique à l'encontre de leur peuple. L'histoire que nous voulons passer au chef de Kingataki et que nous souhaitons qu'elle lui sert de référence et de leçon est le fait que dans les dernières heures de son séjour au Congo (Gbadolite), Mobutu fut un homme seul, abandonné et vomi, non pas seulement par son peuple mais la majorité des mobutistes courtisans qui tournoyaient au tour du roi comme un essaim d'abeilles. Si Mobutu s'en alla en exil, rien qu'avec certaines possessions qui lui étaient chères: sa voiture Mercedes dans laquelle il s'était entassé, trop faible de bouger, entouré de sa famille restreinte; laquelle Mercedes entra dans l'avion cargo pour Lomé/Togo et ses cercueils; personne ne sait encore les possessions que chérissent Joseph Kabila et qu'l voudrait bien amener en exil quand son tour viendra Mais quand ce jour viendra, il sera obligé de raisonner comme son maître...Mobutu. Le malheur pour lui, il lui sera difficile d'emporter ce grand bétail et des crocodiles/caïmans qui se nourrissent de la chair humaine de ses ennemis les plus en vue. 

 

 

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