Suisse: Chick Osonga Munduki parle enfin...2 mois après l'enterrement de son épouse!

Deux mois après son retour de Kinshasa, avec ses trois enfants dans la cabine et son épouse Jeanine dans la soute d'avion, Chick Osonga Munduki est en train de se refaire, après l'enterrement, le 13 novembre 2020, de son épouse au cimetière à Emmen. Avec bravoure et vaillance, il tient le coup et s'organise. La famille Munduki est en soutien: oncle Athos Munduki et Ma Stéphanie Munduki.

 Suisse: Chick Osonga Munduki parle enfin...2 mois après l'enterrement de son épouse!

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International

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1. Réveil FM International : Deux mois après ton retour en Suisse, avec tes trois enfants et épouse Jeanine en soute puisque décédée à Kinshasa. As-tu une nouvelle vie ? Comment appréhendes-tu ton avenir ? 

Chick Osonga Munduki: D'abord merci beaucoup mon Yaya pour cette occasion que tu me donnes pour m'exprimer. Jusqu'au aujourd'hui, je me pose encore des questions sur ce qui m'est arrivé. Je m'interroge sur ce qui s'est vraiment passé. Nous sommes arrivés, moi, mon épouse et nos trois enfants à Kinshasa en janvier 2020. En moins de 10 mois, j'ai bâti ma villa aux normes civilisationnelles avec eau, électricité, de la fondation au toit. C'est moi qui allait acheter des ciments, caillasses, tôles, chevrons...Ma résidence a donné un plus value dans mon quartier. Au lieu de la pelouse pour embellir la villa, j'ai planté des tomates et légumes bio pour notre consommation individuelle. J'avais un studio d'enregistrement où les artistes venaient seuls sans que j'ai fait de la publicité. J'avais des moyens de transport. Jeanine avait une boucherie. D'ailleurs, la première vache, nous l'avions achetée à Kenge dans le Kwilu. Les maçons, charpentiers et jeunes du quartier étaient devenus membres de la famille. J'avais des partenaires étrangers avec qui nous commençons à bâtir des projets.

Du jour au lendemain, je suis passé d'une vie paisible paradisiaque en enfer. Je suis tombé malade du paludisme, c'est d'ailleurs Jeanine qui me représentait dans des rendez-vous. Elle tombe malade à son tour, en moins de 24h, elle meurt. Et pourtant, que n'ai-je pas fait ? J'ai oublié que j'étais malade, fiévreux avec 41°..J'ai commencé à courir comme un pigeon. Il fallait payer 2000 dollars de caution à l'hôpital de Limeté. Dès son arrivée, jusqu'à son décès, la prise en charge médicale pour Jeanine était totale. Elle était branchée sur des machines médicales ultra-modernes. Sa tension ne remontait toujours pas.

Je n'ai jamais souffert de ma vie, comme avec le décès de Jeanine. Certaines démarches exigent la présence physique. J'allais à l'ambassade de Suisse tous les jours, puisque j'avais décidé de rapatrier le corps de ma femme. Normalement ces démarches prennent trois mois.  En deux semaines, j'ai obtenu toutes les autorisations, pas facile dans une ville comme Kinshasa aux sauts-de-mouton, où les embouteillages peuvent prendre de 4 à 5 heures. De chez moi en centre C'est la veille de notre voyage à 18h que l'ambassade de Suisse m'a remis l'autorisation de rapatriement. Sans ce document, nos billets d'avion seraient perdus.

Depuis notre retour à aujourd'hui, je me pose encore plusieurs questions: qu'est-ce qui s'est réellement passé dans ma vie ? J'ai travaillé dur dans ce pays. J'ai commencé à m'investir dans mon pays d'origine, le Congo. Aujourd'hui, j'ai tout perdu et je dois recommencer à travailler. Je ne me suis pas encore reposé. J'ai trouvé un autre travail mais ce n'est pas facile.

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2. Réveil FM International: A Kinshasa, le papa de Jeanine t'a reproché de ne l'avoir pas informé quand Jeanine rendait l'âme, il fallait qu'il soit présent ? Jeanine avait combien de pères ? Le vieux Moura que les gens connaissent n'est pas le papa de Jeanine ? On apprend aussi qu'elle était Angolaise pas Congolaise ?

Chick Osonga Munduki: Merci pour toutes ces questions en même temps. Jeanine était une Angolaise vraiment africaine. Elle aimait beaucoup la R.D. Congo. Moi aussi je croyais que le vieux Mourra était son papa biologique. Puis un jour, j'ai reçu un coup de fil anonyme m'expliquant ce qui s'était vraiment passé. C'est-à-dire que la maman de Jeanine était enceinte à Kinshasa, elle est partie en Angola. L'infirmier qui l'a aidé et soutenu pour l'accouchement, c'est le vieux Mourra. Et comme il avait entrepris ses démarches de voyage, il a ramené femme et enfant. Jeanine avait une sœur et un frère avec la même maman après. Ayant cette information, il fallait en avoir le cœur net. Ma famille a parlé avec la maman de Jeanine qui a tenté de nier le fait. Le jour de notre mariage, nous n'avons même pas eu le temps de partager le gâteau. Furieuse, la maman a balancé la vérité en reconnaissant que le vieux Mourra n'était pas le vrai père de Jeanine.

C'est à 27 ans que Jeanine a appris que son papa biologique était à Kinshasa. C'est encore qui a pris l'initiative de l'encourager à renouer avec son père biologique, en l'appelant, lui envoyant de petits colis. Nous sommes allés pour la première fois au pays au mois de septembre 2008 nous l'avions rencontré.

Figurez-vous que cette fois-ci, nous étions au pays pendant 10 mois, avec sa fille et ses petits enfants. Le papa de Jeanine n'est jamais venu voir sa fille. A plusieurs reprises, elle a invité son père pour venir voir ne fût-ce que ses petits enfants . On lui annonce le décès de sa fille, il vient avec 250 dollars de cotisation et ose dire qu'il fallait que l'on lui dise quand sa fille rendait l'âme ! Je n'ai pas amené Jeanine à l'hôpital pour mourir. On amène quelqu'un à l'hôpital pour la ramener à la maison guérie, pas pour la revoir uniquement à la morgue puis dans un cercueil. J'ai passé mon temps entre la maison et la morgue de l'hôpital du cinquantenaire, pour veiller à ce que le corps soit bien conservé. 19 fois ! Et son père qui habite à Lingwala à moins de 15 minutes à pied n'est jamais allé voir le corps de sa fille qui était resté à la morgue du cinquantenaire pendant 13 jours le temps que je fini les démarches.

Alors lorsque j'étais déjà assommé me voilà reproché de n'avoir pas annoncé à son père que Jeanine était entrain de rendre l'âme ? J'avais renvoyé le chauffeur et étais assis dans la salle d'attente lorsque les médecins sont venus me chercher pour m'annoncer la mauvaise nouvelle.

Construire sa maison au pays, est-ce que c'est un crime ? Pourquoi dois-je souffrir ainsi ? J'ai vécu plusieurs peines à la fois. Endeuillé, je devais entreprendre toutes les démarches sans aide...Je n'ai jamais répondu à l'interpellation de papa de Jeanine car elle était déplacée. C'est navrant.

3. Réveil FM International: Au cimetière à Emmen, la maman de Jeanine tenant tes enfants a dit: "Mama Na Bino Amelaki Mabele Na Ngai. Bino Pe Bozali Bana na Ngai", "Votre maman a été allaité avec mes seins, vous aussi vous êtes mes enfants". Cela signifie quoi exactement ?

Chick Osonga Munduki: Je ne comprends pas le comportement de ma belle-mère. Mes enfants sont miens. C'est la sorcellerie en pleine journée. J'ai officiellement épousé Jeanine après la dot. J'ai vécu avec elle 21 ans et nous avons eu trois enfants. C'est moi, en tant que père de famille qui subvient aux besoins de ma famille. Jeanine était femme au foyer. Ma belle-mère intoxique mes enfants. Elle a pris en otage, mon fils aîné et elle est en train d'influencer ma grande fille. La grand-mère oppose mon fils à son père que je suis. Mon fils  a 19 ans, il doit étudier et combiner avec des stages et travail pour gagner sa vie. La grand-mère l'a pris chez elle. Il n'étudie pas , quel sera son avenir. La Suisse est le pays des factures, comment s'en sortira-t-il ? Et la grand-mère dans ses manœuvres veut me ravir encore ma fille de 16 ans. Après avoir fait face à tout ce que j'ai connu au pays, je suis en train de constater que ma belle mère est en train de saper mon autorité avec mes enfants.

Ma mère qui habite aux Etats-Unis, lorsqu'elle était venue pour notre mariage, était furieuse. La raison est qu'à mon absence, ma belle-mère entrait dans ma chambre pour parler à sa fille et touchait mes sous-vêtements pour aider sa fille...Ma mère était en colère. Et depuis, ma belle-mère s'arrangeait et venait tous les jours chez moi voir sa fille pendant que j'étais au boulot. Ma belle-mère passait tous les temps avec sa fille au téléphone. Et quand j'étais au boulot , elle passait son temps à la maison en absence et elle endocrinait mes enfants. Elle s'arrangeait de quitter ma maison avant mon retour. Je me rends compte aussi de son emprise sur mes propres enfants. Comment peut-elle s'auto-proclamait mère de mes enfants, alors qu'elle n'est que grand-mère. En Afrique, on parlerait de la sorcellerie "Kindoki" moi je suis loin de tout ça.. Je suis tiraillé entre le fait de ne pas salir la mémoire de Jeanine et me battre contre ma belle-mère pour sauvegarder ma famille.

Les gens que je ne connais pas m'ont vu en vision dans un cercueil. Certains m'ont dit que j'étais mort. Je suis encore là . Ceux qui pensent s'approprier ma villa de Kinshasa que j'ai construite avec mon argent et la sueur de mon front doivent savoir que je suis là debout.

 4. Réveil FM International: Vous êtes rentré en Suisse, vous avez repris le travail , que comptez-vous faire ?

 Chick Osonga Munduki: Je suis en train d'écrire mon livre . Celui de ma vie. Je crois que les questions que les gens se posent pourront trouver leurs réponses dans le livre.

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