Le Maréchal Idriss Déby s'en va ! Folie de grandeur, ces maréchaux dieux d'Afrique !

Maréchal, ce grade se perçoit désormais comme étant le dernier trône des dictateurs avant leurs chutes. En Afrique, on a connu Jean Bedel Bokassa qui ne voulait pas qu'on lui parle de la mort. En Ouganda, il y a eu un certain Idi Amin Dada, lui aussi maréchal. Chez nous au Congo, l'ancien Zaïre donc, tout a été dit sur Mobutu Sese Seko, sauf rien. Le maréchal aimait le pouvoir !

Le Maréchal Idriss Déby s'en va ! Folie de grandeur, ces dieux d'Afrique ! 

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International

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La plupart des grands tyrans de l'histoire furent des personnages extravagants, dont l'évocation garantit le spectacle. Mégalomanie, folie et monstruosité sont des traits de caractère susceptibles de vicier les images d'ambiguïté, pour peu qu'on succombe à leur fascination. Il y a sur terre des hommes qui pensent être devenus immortels. Le pouvoir parfois rend fou. En Afrique, on a connu Jean Bedel Bokassa qui ne voulait pas qu'on lui parle de la mort. Après Dieu c'était lui, le maréchal centrafricain. En Ouganda, il y a eu un certain Idi Amin Dada, lui aussi maréchal. Une légende raconte qu'il connaissait le goût de la chair humaine, et du sang. Chez nous au Congo, l'ancien Zaïre donc, tout a été dit sur Mobutu Sese Seko, sauf rien. Le maréchal aimait le pouvoir et n'avait vraiment aucune intention de passer la main. Lui aussi maréchal, le dernier grade au sein de l'armée. En Afrique du Nord, le général président égyptien Hussein Mohamed s'était fait bombarder maréchal lui aussi. Décidément, ce grade se perçoit désormais comme étant le dernier trône des dictateurs avant leurs chutes.

1. Idriss Déby Itno: L’ogre du Sahel et Maréchal du Lac Tchad !

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Le Maréchal-président tchadien, Idriss Deby Itno, à la tête du pays depuis plus de 30 ans, est décédé alors que l'on vient d'annoncer sa réélection pour un sixième mandat.

Idriss Déby Itno, maréchal et Président du Tchad n’est plus. C’est une évidence. Mais les circonstances de sa mort demeurent encore floues et soulèvent des interrogations qui suscitent des hypothèses. L’homme pourrait avoir été purement et simplement éliminé… par les siens.

Coup de théâtre au Tchad! Le président depuis plus de 30 ans, en passe d'être largement réélu, est décédé après avoir été blessé dans les combats contre des rebelles. «Idriss Déby Itno vient de donner son dernier souffle en défendant l'intégrité territoriale sur le champ de bataille. C'est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad», a annoncé le porte-parole de l'armée, le général Azem Bermandoa Agouna, dans un communiqué lu à l'antenne de la télévision tchadienne.

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Peu après, l'armée a annoncé à la radio d'Etat qu'un des fils du président, Mahamat Idriss Déby Itno, commandant de la garde présidentielle, avait été nommé à la tête d'un conseil militaire chargé de prendre la succession du président défunt.

La veille au soir, la commission électorale tchadienne avait annoncé que l'indéboulonnable président, au pouvoir depuis 1990, avait été réélu avec 79,32% des voix. Cette victoire électorale ne faisait aucun doute après l'élection verrouillée du 11 avril. Mais la précipitation des autorités à annoncer des résultats encore partiels avait interpellé. 

Le jour du scrutin, un mouvement rebelle avait mis ses menaces à exécution en entrant dans le nord du Tchad depuis la Libye. Ces derniers jours, le Front pour l'alternance et la concorde du Tchad (FACT) avait progressé dans le désert jusqu'à la province du Kanem, à quelques centaines de kilomètres seulement de la capitale N'Djamena.

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Idriss Déby, qui était lui-même parvenu au pouvoir par les armes, s'était personnellement rendu sur le front. Malgré les communiqués victorieux de son armée, faisant état de centaines de rebelles tués, c'est dans ces circonstances que le président a été blessé. Idriss Déby avait été confronté à plusieurs reprises à des rébellions. En 2018, son régime avait été sauvé in extremis par une intervention militaire française, alors que les rebelles étaient sous les fenêtres du palais présidentiel.

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Au fil de son règne, Idriss Déby a su se rendre indispensable aux yeux des Occidentaux, et en particulier de la France. Le Tchad accueille en effet plusieurs bases miliaires françaises. Il est un allié clef de Paris dans la lutte contre les djihadistes au Sahel. Malgré son instabilité, le Tchad n'a pas hésité à envoyer ses soldats dans les pays voisins, comme au Mali et au Nigeria, pour combattre les groupes djihadistes.

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Quelles sont les réactions suite au décès de cet allié clé qui a positionné le Tchad comme une puissance militaire dans la sous région ?

Idriss Deby Itno sera inhumé ce vendredi 23 avril dans son village d'Amdjarass, dans l'intimité familiale, après avoir reçu un hommage militaire en présence des chefs d'Etat.

Considéré comme un autocrate par certains, il était aussi vu comme un rempart contre le terrorisme et instabilité dans le Sahel.

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2. Jean Bedel Bokassa: Un soudard autoproclamé Empereur qui a fini comme prophète en Centrafrique !

Jean Bedel Bokassa (22 février 1921 - 3 novembre 1996) était considérait comme un soudard par le Général de Gaulle qu'il appelait "Papa". Il se disait lui-même "Gaulliste". Ancien président de la République centrafricaine (de 1966 à  1976), par mégalomanie il s'était autoproclamé empereur sous le nom de Bokassa Ier de 1976 à  1979. A Bangui, plus rien ne subsiste des fastes grand-guignolesques du couronnement, le 4 décembre 1977. Le maréchal-président à  vie Bokassa avait pourtant vu grand, engloutissant une année du budget de l'État dans la fête. Une partie des fonds était allée aux prisons, pour y entasser les derniers opposants. ``A l`occasion de la fête nationale du 1er décembre 2010 et des festivités du cinquantenaire de la proclamation de l`indépendance de la République Centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa, ancien président de la République condamné, gracié et décédé, est réhabilité dans tous ses droits, indique ce décret daté du mardi 30 décembre 2010 lu à  la radio nationale centrafricaine. Le président centrafricain François Bozizé a réhabilité dans tous ses droits l`ex-président et empereur Jean-Bedel Bokassa décédé en 1996, qui avait été condamné à  mort en 1987 puis gracié et libéré. ``Cette réhabilitation de droit (...) efface les condamnations pénales, notamment les amendes et les frais de justice, et fait cesser pour l`avenir toutes les incapacités qui en résultent, poursuit le décret.

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Bangui novembre 1986, procès de Jean-Bedel Bokassa, un procès à  grand spectacle.

Accusez Bokassa: Levez-vous !

En 1965, lors du `` coup d`État de la Saint-Sylvestre, un cousin de Dacko, le colonel Jean-Bedel Bokassa, s`empare du pouvoir. Il abroge la Constitution et se déclare président-maréchal à  vie. Le 4 décembre 1976, le congrès extraordinaire du MESAN rénové  proclame l`Empire centrafricain. Le maréchal Bokassa devient l`empereur Bokassa Ier. Il est couronné le 4 décembre 1977. La liberté d`expression est supprimée et les opposants sont jugés par des tribunaux militaires et, pour la plupart, condamnés à  mort.

Ce 26 novembre 1986, date à  laquelle s'ouvre, à  Bangui, la première audience de l'ex-empereur Jean-Bedel Bokassa. Onze chefs d'accusation sont inscrits sur la feuille du président du tribunal, Édouard Franck. Ils ont déjà  valu à  l'ex-empereur d'être condamné à  mort par contumace, le 19 décembre 1980, pour `` assassinat, recel de cadavres, anthropophagie, atteinte aux libertés individuelles, coups et blessures volontaires et détournement de fonds publics. Conscient de risquer sa tête pour de bon, celui que les journalistes appellent maintenant Papa Bok , en référence au tyran haïtien Papa Doc, a appelé à  la rescousse quatre avocats dont deux as du barreau de Paris, Mes Francis Szpiner et François Gibault. Au palais de justice de Bangui, la foule – ou plus exactement ceux qui ont eu la chance de pouvoir se glisser dans la salle – gronde en sourdine. On se pousse du coude pour voir l'homme grisonnant devant lequel, dix ans auparavant, tous rampaient, de peur ou de servilité.

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Chef d'État destitué, maréchal dégradé, le roi est nu ou, plutôt, vêtu misérablement de la tenue des prisonniers du fort de Roux, à  sa première sortie de prison. Il renoue ensuite avec le complet veston. Le miracle qu'il espérait en rentrant au pays ne s'est pas produit: la foule ne l'a pas acclamé tel le nouveau Napoléon qu'il rêvait d'incarner. Le mythe a vécu, il n'aura droit ni à  ses Cent-Jours , ni à  la tribune qu'il réclamait, le stade de 10000 places où sa comparution était initialement prévue, les lieux mêmes qui avaient vu se jouer son sacre.

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Bokassa se couronna finalement empereur le 4 décembre 1977 au cours d'une cérémonie à  laquelle 5 000 invités assistèrent, notamment le ministre français de la Coopération, Robert Galley ; aucun chef d'État ne fit cependant le déplacement. Il revêtit pour l'occasion le même costume que le maréchal Ney lors du sacre de Napoléon Ier. Son titre complet était `` Empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national : le MESAN  ("Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire"). Ce dernier épisode lui valut une réputation de mégalomane. Bokassa justifiait ses actions en déclarant que la création d'une monarchie aiderait la Centrafrique à  se distinguer des autres pays africains et à  gagner le respect des autres pays du monde. Il prétendit mettre en place une monarchie constitutionnelle, mais son régime demeura une dictature violente.

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En 1979, Jean Bedel Bokassa ne jouissait plus de sa popularité passée. En janvier, il réprima dans le sang des manifestations de lycéens. Amnesty International et une commission de juristes internationaux établirent qu'il participa au massacre dans la prison de Bangui de 100 enfants qui avaient été arrêtés pour avoir protesté contre le coût trop élevé des uniformes scolaires imposés par l'empereur ; Bokassa nia toujours farouchement son implication dans ce massacre. Des rumeurs prétendaient que Bokassa s'adonnait au cannibalisme à  l'occasion, ce qui lui valut le surnom de  l'Ogre de Berengo , mais ces accusations furent rejetées lors de son procès et jugées improbables par les nombreux enquêteurs dépêchés sur place à  la suite de son renversement. Il semblerait que cette histoire ait été inventée par les services secrets français pour ajouter du crédit à  l'image de monstre qu'on voulait donner de Bokassa à  l'époque pour justifier son renversement.

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3. Idi Amin Dada, le roi de la bouffonneries !

« Son excellence le Président à vie, Maréchal  Alhadji Docteur Idi Amin Dada, titulaire de la Victoria Cross, DSO, titulaire de la Military cross et Conquérant de l’Empire britannique. » Rien a priori ne prédisposait l'Ouganda, un Etat sans débouchés maritimes et aux faibles ressources, à la célébrité. Et pourtant, un homme, le maréchal Idi Amin Dada, va faire connaître son pays dans le monde entier dans les années 70 avec ses frasques et ses bouffonneries, mais aussi avec les dizaines voire centaines de milliers de personnes disparues ou assassinées pendant ses huit années passées au pouvoir. Retour sur la vie de celui que l'on surnommait à l'époque le «boucher de l'Afrique».

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C’est avec toute cette déférence qu’il faut le nommer. Idi Amin Dada restera, de mémoire africaine, l’un des dictateurs les plus sanguinaires et fous de l’histoire de la politique. C’est en Ouganda, son pays, qu’il exercera pendant huit ans, du 25 janvier 1971 au 11 avril 1979, une répression sans limites, mettant les citoyens au service de sa mégalomanie et de sa cruauté.

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Idi Amin Dada serait né le 17 mai 1928 dans le village de Kampala (Ouganda), sous l e nom d’Idi Awo-Ongo Angoo. Son père se serait convertit à l’Islam en 1910 et aurait alors prit le nom d’Amin Dada. Après une carrière de soldat dans l’armée britannique, il rentre en Ouganda et intègre la police. Sa mère serait originaire du Congo Kinshasa, et guérisseuse-chamane, fille d’un chef tribal. Elle sera pendant des années au service de la famille royale traditionnelle du pays. En 1931, ses parents se séparent, Amin soupçonnant sa femme de le tromper avec le roi, qui est selon lui le père d’Idi Amin et de ses cadets. Elevé seul par une mère aux pratiques mystiques, il baigne durant toute son adolescence dans un monde entre occultisme et réalité, ce qui influence certainement sa stabilité psychique.

Idi Amin effectue différentes tâches avant d’être recruté comme aide-cuisinier par un régiment colonial britannique de la King’s African Rifles en 1946. Comme il est robuste et impressionnant (1m91 pour 100 kg), il est démit de ses fonctions à la cuisine et à la buanderie pour être réquisitionné comme soldat. Il combattra en Somalie et au Kenya  et demeurera plusieurs années dans ce dernier. C’est d’ailleurs au Kenya qu’il acquiert le grade de Caporal puis de Sergent, en 1953. Soldat docile, champion de boxe ougandais (catégorie poids-lourds), champion de natation mais  surtout analphabète, il prend rapidement du galon au sein de l’armée après son retour au pays en 1954. En 1958, il est nommé chef de peloton puis atteint le plus haut grade de l’armée pour un noir au sein d’un régiment coloniale. Etant donné son faible niveau scolaire, c’est grâce à des pitreries et à une efficacité sans failles, qu’il obtient de l’avancement, échouant à tous les examens formels.

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L’indépendance est proclamée le 9 octobre 1962 et le roi Mutesa II devient le premier président de la République. Soutenu par Idi Amin, il le récompense en étendant son pouvoir au sein de l’armée. Il le nomme capitaine en 1963, puis, commandant-adjoint de l’armée ougandaise l’année suivante. Milton Oboté, le premier ministre, entretient une proximité  corrosive avec Idi Amin et très vite, les deux sont impliqués dans une affaire de trafique de matières premières en provenance du Congo Kinshasa. Irrité par l’ingérence de Mutesa II, Oboté fomente un coup d’Etat : Idi Amin, le  nouveau chef des Etats-Majors, le soutient et se rend au Bouganda, fief du roi et président, avec l’armée en 1966. Le Roi est destitué, plusieurs ministres sont arrêtés et Oboté suspend la constitution de 1962, abolissant le fédéralisme, les royaumes et anéantissant ainsi le pouvoir du roi. Mutesa II sera contraint à l’exile chez ses anciens colons, en Grande-Bretagne, où il décède en 1969.

Oboté impose la dictature avec la naissance d’un parti unique exclusivement contrôlé par lui. Etant originaire du nord du pays, comme son compère Dada, ce coup d’Etat signifie également une revanche tribale sur les ethnies du Sud que les nordistes trouvent privilégiés. Dada a autorité pour choisir les membres de son armée. Ainsi, il privilégie les ougandais de son ethnies et quelques musulmans de la région du Nil.

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Pourtant, les relations entre les deux hommes se détériorent rapidement. En effet, Oboté ne tarde pas à comprendre que Dada est un allié incontrôlable. Ce dernier rêve de pouvoir et prépare alors un coup d’éclat. En 1969, un coup d’état se prépare contre Milton Oboté. Le brigadier général Okoya en informe Idi Amin Dada et l’avertit qu’il s’apprête à déjouer le méfait, seulement, il est le seul opposant militaire déclaré de Dada. Le 25 janvier 1970, Okoya est assassiné à son domicile, avec son épouse ; ce drame dégrade définitivement l’entente entre Oboté et Dada… Le président soupçonne son sous-fifre de prendre des libertés et cherche alors à l’évincer de sa sphère politique. Il le fait d’abord placer en résidence surveillée, puis, le rétrograde en lui retirant le commandement de l’armée au profit de tâches administratives sans réelle envergure. La prochaine étape étant de l’arrêter pour le neutraliser définitivement, Idi Amin Dada réagit en lui arrachant le pouvoir par un Coup d’Etat le 25 janvier 1971, soit un an après le meurtre d’Okoya. Milton Oboté se trouve alors à Singapour afin d’assister à une réunion des états du Commonwealth.

Comme à l’accoutumée, la communauté internationale soutient Idi Amin Dada dans cette prise de pouvoir brutale. En effet, des la fin des années cinquante, l’indépendance des états d’Afrique s’annonce comme suite logique de la période de décolonisation. Les britanniques, comme les autres occidentaux, sont désireux de porter au pouvoir des pions sur lesquels ils pourront compter pour garder le contrôle de leurs anciennes colonies. Aussi, un analphabète tel que Dada, brutal et  intellectuellement limité, représente le candidat parfait pour donner au peuple ougandais l’illusion d’une souveraineté autonome, tout en gardant la mainmise sur l’Etat. Néanmoins, personne n’aurait pu prédire le carnage…

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Au départ, il ne se montre pas le tyran sanguinaire qu’il sera durant huit années consécutives. Les ougandais placent également leur confiance en ce nouveau gouvernement. Idi Amin organise même des funérailles nationales pour le roi Mutesa II, libère des prisonniers, détruit la police secrète ougandaise et promet même d’organiser des élections libres. Mais, le vent tourne rapidement et, progressivement il révèle sa barbarie en montant un service d’intelligence nationale, The State Research Bureau. Ce dernier est chargé d’assassiner les opposants, avérés comme potentiels, d’emprisonner quiconque n’ayant pas soutenu sa venue au pouvoir ou proche de l’ex-président Oboté. Ce dernier tente d’ailleurs, depuis la Tanzanie où il est exilé, de reprendre le contrôle par invasion en 1972, sans succès. En représailles, Dada fait bombarder plusieurs villages tanzaniens et une véritable chasse ethnique est déclarée. Déjà psychologiquement perturbé, Dada devient paranoïaque à un degré tel que tous, même ceux de sa propre garde, sont suspectés de vouloir l’assassiner. Le 4 août 1972, il décrète que tous les asiatiques présents sur le territoire doivent partir sous 90 jours, d’après un rêve que dans lequel dieu lui serait apparu. 50 000 trouvent asile sur des terres britanniques, les autres, indiens, encore présents, seront en proie aux pillages et aux exactions. Le délire impériale du dictateur va jusqu’à déclarer qu’une grande partie du Kenya, ainsi qu’une grande partie du Sud Soudan appartiennent historiquement à l’Ouganda. Nairobi refuse et mobilise son armée, Dada abandonne cette idée de conquête. Le régime devient ultra-militaire et près de 20 000 personnes composent le staff de sécurité personnelle d’Amin Dada. Chaque jour, il se procure des armes et annonce des décrets, par voix radiophonique, qui entérinent la chasse à l’ennemi imaginaire et alourdissent la répression. La Grande-Bretagne interrompt ses financements et ferme son ambassade à Kampala en 1976, comme l’avaient fait  les Etats-Unis en 1973.

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Boycotté par l’oligarchie occidentale, Dada se rapproche de la Libye de Khadafi, ses relations avec Israël, anciennement ami, se dégradent au profit du rapprochement de Dada avec la Palestine, où il financera les nationalistes révolutionnaires. Il devient de plus en plus incontrôlable, faisant exécuter chaque jour des travailleurs libéraux (professeurs, journalistes, juges…) ; des villages sont rasés ; les tribunaux militaires remplacent les tribunaux civils.C’est à partir de 1975 qu’il s’autoproclame d’abord maréchal, puis, président à vie et prend également la tête de l'OUA (Organisation pour l’Unité Africaine). Durant le sommet qui a lieu à Kampala, il organise des démonstrations de puissance et défile en automobile pour symboliser sa consécration. De plus en plus mégalomane, il s’invente différents titres, accompagnés de décorations militaires, et finit même par se proclamer Roi d’Ecosse. En 1977, alors que le Royaume-Uni a définitivement interrompu ses relations diplomatiques avec l’Ouganda, Idi Amin Dada retourne la situation et se convainc d’une victoire contre le régime britannique. Ainsi, il se fait décoré avec le titre de « Conquérant de l’empire britannique. Il souffre en effet de troubles mentaux qui ne vont qu’en s’aggravant.

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La situation économique du pays devient alarmante et atteint un point catastrophique en 1978, avec la chute du cours du café. Parallèlement, la Libye diminue son aide financière. Le tyran perd lentement son contrôle ; la même année, le sud-ouest de l’Ouganda est en proie à des mutineries. Les acteurs de ces perturbations se réfugient en Tanzanie, ce qui donne un prétexte à Idi Amin Dada pour attaquer le territoire de Nyerere, une guerre éclate entre les deux états. Ne pouvant éviter son inexorable renversement, Dada fuit la capitale le 11 avril 1979. Il s’exile d’abord en Libye, puis, en Arabie saoudite, qui l’accepte par solidarité islamique. La condition de sa prise en charge par le gouvernement saoudien est qu’il ne prenne plus part aux affaires politiques, les assaillants ougandais décident de ne pas engager de traque mais de le condamner pour tous les crimes commis, au nom desquels il devra se soumettre à une sentence en cas de retour. Yuweri Museveni prend la tête du pays.

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Dix ans plus tard, en 1989, il tente de revenir en Ouganda en passant par la République Démocratique du Congo, qui le refoule et le renvoie en Arabie Saoudite. En juillet 2003, l’une de ses épouses (il en avait cinq en tout), prie le président Museveni de laisser son mari, gravement malade alors, rentrer mourir au pays. Le président ne refuse pas mais promet qu’il aura d’abord à répondre de ses actes devant la justice. Il ne rentre pas et meurt le 16 août 2003 en Arabie Saoudite. Le lendemain, le secrétaire d’état britannique aux affaires étrangères de l’époque, David Owen, admettra publiquement, lors d’une interview donnée à la BBC, avoir suggéré l’assassinat d’Idi Amin Dada (refusé par les autres membres du gouvernement) qui selon lui, n’aurait jamais dû rester aussi longtemps au pouvoir.

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4. Mobutu Sese Seko: Le Maréchal à la toque de léopard !

Il y a vingt-quatre ans disparaissait Mobutu Sese Seko. Tyran sanguinaire, mais allié fidèle de l’Occident, il avait fait de la colonie belge du Congo le Zaïre, un immense Etat dont il ne sut pas faire fructifier les richesses et unifier les populations et qui sombra dans le chaos. Une imposante biographie retrace l’existence de ce personnage hors normes.

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Zaïre, années soixante-dix. Une curieuse séquence apparaît sur les écrans de télévision. Un charismatique homme noir, lunettes au nez et toque de léopard sur la tête, descend du ciel et surgit du fond des nuages. Cette scène céleste sera répétée chaque soir, juste avant le journal national. Spot de propagande, l’animation kitsch met en scène un homme bien trop grand pour le petit écran.

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Celui qui émerge de la lumière s’appelle Mobutu. Mais ses surnoms –  le Guide suprême”, le Tigre ou le roi du Zaïre – ou son titre officiel Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga  (“Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter”) révèlent la mégalomanie du personnage et l’aura qu’il était parvenu à acquérir auprès de ses concitoyens.

De l’élimination de son rival charismatique Lumumba en 1960, son coup d’Etat de 1965 puis sa chute en 1997, Joseph-Désiré Mobutu est resté 32 ans à la tête de cet Etat immense, aux richesses potentielles énormes. Né en octobre 1930, il a pris le contrôle de la colonie belge du Congo, dont il a “africanisé” le nom en Zaïre avant de le faire sombrer dans la misère, la violence et la corruption.  Son culte aigu de la personnalité, son nationalisme exacerbé et son éloquence lui ont permis d’incarner pendant une période une forme de renouveau de l’Afrique à la naissance des indépendances. La biographie que lui consacre aujourd’hui le journaliste Jean-Pierre Langellier met cependant en lumière sa mégalomanie assassine.

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« Moi ou le chaos » est son adage. « Moi et le chaos », corrigèrent les citoyens indignés. En 1965, le commandant Mobutu souhaite concrétiser la promesse du roi Baudouin : garantir l’indépendance du Congo. Et sur le papier,  faire renaître un pays brisé par le système esclavagiste du roi de la Belgique Léopold II.

Mais il commence par trahir, dès 1960, le père de l’indépendance, le militant  Patrice Lumumba, qu’il accuse de vouloir céder le pays aux Soviétiques et qu’il livre à ses pires ennemis les sécessionistes katangais, soutenus par la Belgique.  En 1965, son coup d’Etat à l’encontre de Joseph Kasa-Vubu, président du Congo, marque le début d’un règne immoral. Mobutu écrit le récit du Zaïre en lettres de sang, en fait une édifiante fresque où se succèdent massacres et richesses flamboyantes.

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Six mois seulement après son putsch, le militaire fait pendre sur la place publique quatre anciens ministres accusés de complot. En 1969, il réprime une révolte estudiantine. Suite à l’intervention brutale de l’armée, les cadavres des étudiants jonchent les rues. Qu’à cela ne tienne, le dictateur élude le massacre et s’autoproclame « père de la nation« .

Le cynisme d’un assassin ? Le portrait dressé par Jean-Pierre Langellier tend plutôt vers l’ambivalence : Mobutu est à la fois un leader lucide et un tyran aveugle. Chef stratégique, il prétend écraser la « menace communiste » et consolide des années durant ses amitiés avec les dirigeants occidentaux les plus influents, de Valéry-Giscard d’Estaing – qui adopte à ses côtés la toque de léopard – à François Mitterrand, de Reagan à George Bush, cet ex-directeur de la CIA et ami de longue date.

Aux quatre coins du monde, Mobutu vante la force économique du Congo, et reçoit les compliments de Mao Zedong – qui admire son « courage » –  comme de Richard Nixon. « Nous pouvons apprendre beaucoup de choses de vous”,  affirme le président américain. Mais plus encore que de louer à l’international sa fierté nationale, Mobutu crée l’événement sur ses propres terres, et fait de son pays le symbole d’une Afrique fière de ses traditions et confiante en son avenir.

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Le 30 octobre 1974 se tient à Kinshasa le match de boxe du siècle, opposant George Foreman et Mohammed Ali. A raison de 10 millions de dollars de budget, Mobutu appuie la médiatisation de l’événement. Opportuniste, il érige la victoire de Mohammed Ali en apogée du mobutisme. On a déjà vu pire marketing.

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Mais sous ses oripeaux d’ami de l’Occident (surnommé « le fils de Jacques Chirac« ), Mobutu est tiraillé par les contradictions.

A 26 ans, Joseph-Désiré Mobutu n’a pas encore changé de nom et vit de sa plume de journaliste. L’éditorialiste épingle le « paternalisme » blanc, les « buveurs« , les marabouts et les polygames. Une fois au pouvoir, il accumulera les richesses, érigera les maraboutages en institution et traînera une réputation peu reluisante de prédateur sexuel.

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Et si l’ennemi de Mobutu était Mobutu lui-même ? Sa lutte contre l’Eglise catholique illustre ce conflit intérieur. Mobutu passe ses années d’études à se rebeller contre les missionnaires flamands. Quand l’Eglise reconnaît son autorité, le « Messie noir » exprime son mépris du « Dieu des Occidentaux » et qualifie les prêtres d’ « agents subversifs« .

Apaisé lorsqu’il accueille Jean-Paul II au Zaïre en 1980, il s’échine pourtant à faire du mobutisme l’unique religion, Mégalo, il fait remplacer les crucifix par son propre portrait et érige une chapelle, Notre-Dame de la Miséricorde, dans l’un des deux magnifiques palais qu’il fait construire en pleine forêt équatoriale.

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Entre la légende et le réel 

« Mobutu parle comme un homme mais c’est un fauve, un félin. Cet animal n’attaque pas de face. Il est dans l’arbre. Il saute sur sa proie« . A en croire le mathématicien Aubert Mukendi, Mobutu est un être romanesque, le support de toutes les fables et métaphores. C’est ce fantasme que scrute Jean-Pierre Langellier.

Mobutu n’a pas simplement conduit le Zaïre vers la déchéance, de la répression du MRP – Mouvement populaire de la révolution (surnommé  Mourir pour rien) à la nationalisation brutale d’une économie en chute libre. S’il ignore la misère du bas peuple qu’il prétend défendre, Mobutu se rêve en pèlerin du Zaïre « authentique« , berceau d’une unité nationale renaissante, d’une culture populaire congolaise brillante et vertueuse. Une culture qu’il nourrit en fictions propagandistes.

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Dès son putsch – une « élection triomphale » – Mobutu s’obstine à déformer le réel, affirmant qu’un parti unique « peut représenter la forme la plus élaborée de la démocratie« . Gouverner était pour lui un jeu, ce dont témoigne le slogan martial qu’il impose aux joueurs de l’équipe nationale de football, les bien nommés Léopards : « Vaincre ou mourir !« .

Ses origines, il les réécrit sous forme d’images d’Epinal, au gré de bandes dessinés massivement diffusées dans les écoles, le dévoilant, encore enfant, terrassant un léopard. Sur sa fin de règne, reclus sur ses terres de Gbadolite, au cœur de la forêt équatoriale, il passe ses jours dans son somptueux palais, loin des troubles, tel un lion en son royaume. Son « Versailles de la jungle » le sacre en Louis XIV du Zaïre.

Figure chaotique, le Guide Suprême s’apparente davantage à Kurtz, cet aventurier mystique et sanguinaire d’Au cœur des ténèbres, incarné par Marlon Brandon, terré dans sa jungle et sa folie dans Apocalypse Now, transposition du célèbre roman de Conrad. Se réfugiant aux bords de la rivière Oubangui, il aime se faire appeler appelé  Noé, – « Je suis né sur le fleuve, je vis sur le fleuve » disait-il. Carnassier, l’homme-fauve boit le sang encore chaud des poulets qu’il égorge. Une façon de conjurer le mauvais sort, mais aussi de quêter l’immortalité.

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Quelques années avant que le cancer ne le terrasse, Mobutu assure pouvoir présider le Zaïre jusqu’au XXIe siècle. Tout en conservant sur sa table de chevet un livre qu’il ne quitte plus depuis l’aube des années soixante : Le Prince de Machiavel.

Son besoin de toute-puissance surpasse le terrestre. En mai 1977, le despote rêve de toucher les étoiles. Il fait décoller une fusée de six mètres du Zaïre. Celle-ci monte péniblement jusqu’à 20 000 mètres d’altitude puis s’écrase. De quoi conférer au destin de Mobutu des allures de mythe d’Icare. A ses yeux, le Zaïre est un roman dont il est le démiurge. « L’institution, c’est moi » dira-t-il. Lorsque son ami Nicolas Ceaucescu est exécuté en décembre 1989, le Congolais, stupéfait, est persuadé que cette mort préfigure la sienne, imminente. La vision du corps sans vie du dictateur roumain inonde les écrans de télévision, elle le hante. Mobutu est à ce point obsédé par son image qu’il se reconnaît dans celle des autres.

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« Les petits Mobutu »

Marqué par les « éléphants blancs« , projets d’infrastructure au coût massif, le régime de Mobutu a normalisé la corruption, comme le dévoile cette biographie exhaustive. Adepte de la manière forte et obsédé par son culte, l’homme-léopard était un dirigeant colérique et populiste.Tout en revendiquant son goût pour le faste, se baladant avec des valises Vuitton emplies de diamants dans les mains, Mobutu n’a cessé de louer son “parler vrai” à l’égard du peuple, en fustigeant par exemple ces élites politiques qui « sacrifient le pays et leurs compatriotes à leurs propres intérêts« .

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Une contradiction qui n’est pas sans évoquer un actuel leader occidental. Selon la journaliste belge Colette Braeckman, le mal du « mobustime », tels les esprits perturbateurs des légendes locales, n’a jamais cessé de planer sur le peuple congolais :

« La pratique du mensonge, la vénalité, le goût du pouvoir ont engendré, à tous les niveaux, des milliers de  “petits Mobutu« . Ils ont partagé les avantages du système, reproduit le comportement du chef et s’en inspireront longtemps après la disparition du Guide ».

Mobutu de Jean-Pierre Langellier, Editions  Perrin.

 

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