Freddy Mulongo
Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.
Abonné·e de Mediapart

3331 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 oct. 2021

RDC: Ma Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu , première dame oubliée 1960-1965!

En RDC, la fonction présidentielle est rabaissée obtenue par un odieux deal. Tshilombo Tshintuntu est pseudo-président bénéficiaire d'une nomination électorale malgré ses 15%. Ses compagnes se chamaillent à sa présidence usurpée. Mama Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu, l'épouse du premier président de la RDC, Joseph Kasa-Vubu. Elle est la première dame oubliée de 1960-1965 !

Freddy Mulongo
Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

RDC: Ma Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu , première dame oubliée 1960-1965!

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International

Le président Joseph Kasa-Vubu et son épouse, la première dame, Mama Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu !

En République démocratique du Congo, la fonction présidentielle est rabaissée et foulée aux pieds. Tshilombo Tshintuntu est arrivée à sa présidence usurpée en faisant un odieux deal avec Alias Kabila. Il a enjambé la grille du palais de la Nation, avec ses 15% ! La guerre des femmes de Tshilombo prouve à dessein qu'il n' y a pas de première dame au Congo. Toutes les compagnes et concubines de Tshilombo sont des premières dames. Rivales, elles se crêpent les chignons, et ont des Amazones qu'elles payent pour dégommer les concurrentes.

Dans l'histoire de la République démocratique du Congo, sur les pères de l'indépendances, on parle beaucoup plus de Pauline Lumumba, l'épouse du premier Premier ministre Patrice Emery Lumumba. Pour la simple raison, essayant de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre 1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline. 

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba

Et pourtant la République démocratique du Congo  a eu une première première dame: Mama Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu, le 18 octobre, c'était son vingt cinquième anniversaire. Contrairement à Denise Nyakeru, la compagne de Tshilombo Tshintuntu, qui se bat avec la maison civile pour des subventions...le président Joseph Kasa-Vubu avait traçait une ligne rouge que la First Lady ne devrait jamais franchir: Ne pas confondre les biens de l'Etat et biens privés, ce qu'elle fit tout au long de sa vie. Mama Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu  ne recevait pas de salaire spécial de l'Etat.

Pas de cortège avec motards pour ses déplacements. Mama Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu n'utilisait jamais les véhicules de l'Etat pour ses déplacements et les courses pour la famille, toujours en véhicule privé.

On raconte un anecdote selon lequel: la firme SEDEC s'invita à la Présidence de la République pour proposer à Mama Hortense Ngoma Masunda Kasa-Vubu de faire du commerce en lui livrant des ballons de wax hollandais, le refus du Président Joseph Kasa-Vubu fut catégorique en lui disant :  "La première dame ne peut pas faire du commerce, ce serait mal faire vis-à-vis du peuple que " Nous devons servir notre peuple  et non l'exploiter ".  

-Elle joua un rôle d'assistance social envers les camps de réfugiés surtout Angolais établis en RDC par le HCR,  une grande préoccupation de l'époque.

-Elle inaugura  avec la Croix Rouge , le Centre pour les Handicapés de l'avenue des Tuileries à Léopoldville, actuel Kinshasa. 

-Elle ne disposait pas d'un bureau officiel au frais de l'Etat.

-Elle devait se contenter de l'argent que lui remettait son mari pour les besoins ordinaires d'une mère de famille; elle se débrouillait avec cela , pour trouver les voies et moyens pour faire ses économies.

-Elle accompagnait son mari lorsque le protocole le prévoyait mais jamais ne pouvait prétendre faire des discours en lieu et place du Président en public.

-Elle ne tenait jamais de meeting politique ni ne se substituait aux devoirs du Parlement pour décider de la marche à suivre des entreprises publiques et encore moins ouvrir des comptes en banques à l'étranger.

Il faut dire que de 1960-1965, les journalistes et photographes congolais étaient à compter sur le bout des doigts et les réseaux sociaux n'existaient pas. 

Aujourd'hui la prétendue première dame, Denise Nyakeru compagne de Tshilombo Tshintuntu s'exprime sur le pupitre de la présidence de la République. C'est le monde à l'envers. 

Dans le livre " Kasa-Vubu- Biographie d'une Indépendance" Editions Samsa , Bruxelles, 2020 - le chapître 16 ( page 281 ) est consacré à la Première Dame.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Violences sexuelles

À la Une de Mediapart

Journal — Économie
Leroy Merlin, des bénéfices records et des salariés en lutte pour 80 euros
Depuis le 17 novembre, une cinquantaine de salariés de Leroy Merlin bloquent l’entrepôt de Valence, dans le cadre d’une grève inédite sur plusieurs sites de l’enseigne de bricolage. Salariés des magasins et des entrepôts réclament des augmentations et un meilleur partage des bénéfices.
par Khedidja Zerouali
Journal — International
Pourquoi le Kremlin veut en finir avec Memorial
L’historien Nicolas Werth explique les enjeux de la possible dissolution, par la justice russe, de l’ONG Memorial. Celle-ci se consacre à documenter les crimes de la période soviétique, mettant ainsi des bâtons dans les roues du roman national poutinien.
par Antoine Perraud
Journal — France
Mosquée « pro-djihad » : au Conseil d’État, le ministère de l’intérieur se débat dans ses notes blanches
Vendredi 26 novembre, le Conseil d’État a examiné le référé de la mosquée d’Allonnes, qui conteste sa fermeture pour six mois ordonnée par arrêté préfectoral le 25 octobre. Devant les magistrats, la valeur de feuilles volantes sans en-tête, date ni signature, a semblé s’imposer face aux arguments étayés de la défense. Compte-rendu.
par Lou Syrah
Journal — France
Affaire Hulot : Yannick Jadot met « en retrait » un pilier de sa campagne
Proche de Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin a été mis « en retrait » de la campagne de Yannick Jadot, en raison d’interrogations sur la connaissance qu’il aurait pu avoir des agissements de l’ancien ministre, accusé de violences sexuelles et sexistes. Une « décision courageuse » de la part du candidat écologiste à la présidentielle, salue Sandrine Rousseau.
par Mathieu Dejean

La sélection du Club

Billet de blog
« L’Héroïque Lande - La Frontière brûle » : des vies électriques
[Archive] «L'Héroïque Lande. La Frontière brûle», réalisé par Elisabeth Perceval et Nicolas Klotz, renverse les attendus d'un film «sur» La Jungle de Calais, pour sonder les puissances politiques et sensibles du cinéma, avec des images qui s'imaginent depuis une Zone et avec ses fugitifs.
par Robert Bonamy
Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Avec le poids des morts
« Chaque famille, en Côte d'Ivoire, par exemple, est touchée. Tu vois le désastre, dans la mienne ? On assiste à une tragédie impensable ». C. témoigne : après un frère perdu en Libye, un neveu disparu en mer, il est allé reconnaître le corps de sa belle-sœur, dont le bateau a fait naufrage le 17 juin 2021 aux abords de Lanzarote, à Orzola.
par marie cosnay
Billet de blog
« Murs de papiers »
[Archive] Olivier Cousin, dans son dernier film, nous donne à voir ce qu’est la vie des sans-papiers à travers une permanence d’accueil de la Cimade : des chemins de l’exil aux mille dangers, des parcours du combattant face à une administration française kafkaïenne, la fin de la peur et l'espérance en une vie meilleure, apaisée.
par YVES FAUCOUP