Lycée Arago de Paris: Benoît Hamon dénonce la "stratégie de tension" du gouvernement

du Premier ministre la "stratégie de tension" et "la violence de la répression" que le gouvernement exerce "contre la jeunesse mobilisée", après l'interpellation d'une centaine de jeunes au lycée Arago à Paris mardi dernier.

Lycée Arago de Paris: Benoît Hamon dénonce la "stratégie de tension" du gouvernement

Par Freddy Mulongo, lundi 28 mai 2018  Radio Réveil FM International 

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Benoît Hamon, fondateur du mouvement Génération.s, a dénoncé auprès du Premier ministre la "stratégie de tension" et "la violence de la répression" que le gouvernement exerce "contre la jeunesse mobilisée", après l'interpellation d'une centaine de jeunes au lycée Arago à Paris mardi dernier.

Je vous alerte solennellement sur les conséquences dramatiques que votre stratégie de tension risque d’engendrer dans notre pays.

L’interpellation de près d’une centaine de jeunes au Lycée Arago mardi dernier a choqué la communauté éducative et, au-delà, ne peut qu’émouvoir chaque famille. L’usage de la force y fut disproportionné et les conditions de détention indignes. Pendant plusieurs heures, des parents ont cherché leurs enfants, sans aucune information. Un traitement dégradant a été infligé à des jeunes parfois mineurs, confinés dans des bus plusieurs heures, interdits d’accès même à des sanitaires, puis déplacés de cellules en cellules lors d’une garde à vue anormalement longue.

Le contraste est saisissant avec l'accueil réservé par le Président de la République à la crème mondiale de l’évasion fiscale. Tandis que de jeunes citoyens engagés pour l’égalité dans l’enseignement supérieur étaient placés en garde à vue, ceux dont la fortune s’est en partie réalisée sur le dos des Etats auxquels ils ne versent aucun impôt, déjeunaient en toute impunité dans la porcelaine élyséenne et posaient pour la postérité avec le Président de la République. Quelle leçon de civisme donnez-vous là à notre jeunesse ? Vous avez procédé à des arrestations politiques car votre gouvernement a voulu faire un exemple.

La violence de votre répression contre la jeunesse mobilisée, dans les universités, et désormais contre les lycéens, n’est pas acceptable. L’inquiétude légitime exprimée par les jeunes, leurs familles, leurs enseignants, ne saurait recevoir pour réponse des coups de menton ni des coups de matraques. La force ne saurait être un palliatif lorsque l’injustice et l’arbitraire de vos réformes éclatent aux yeux de tous, notamment dans le chaos du système Parcoursup.

Je constate que vous avez, dans plusieurs conflits, choisi systématiquement l’option répressive. A cette stratégie, s‘ajoute la répétition de propos malveillants du ministre de l’intérieur. Les derniers en date dépassent l’entendement. Votre ministre de l’intérieur, fait porter aux manifestants la responsabilité de neutraliser les casseurs. Faut-il lui rappeler que ceux qui défilent pacifiquement dans la rue, font respirer une démocratie - qui ne se résume pas au droit de déposer un bulletin dans l’urne tous les cinq ans - et exercent un droit constitutionnel qu’il vous revient à vous et à votre ministre de l’intérieur de garantir et de protéger.

Dès lors, s’impose une conclusion inquiétante : soit votre gouvernement est dépassé par la désapprobation que son action suscite dans notre peuple, soit il met en oeuvre une cynique stratégie de tension pour flatter les mauvais instincts.

Lorsqu’elle fut employée par certains de vos prédécesseurs, cette stratégie de tension s’est toujours achevée dans de terribles drames. En des temps marqués par l’instabilité démocratique et la désagrégation sociale, vous ne prenez pas seulement la lourde responsabilité d’aggraver ces maux que vous devriez combattre, vous prenez le risque de l’irréparable.

Je vous adresse cette mise en garde avant qu’il ne survienne. Je vous en conjure, cessez de frapper la jeunesse, le mouvement social, cessez d’imposer aux Français votre politique par une arrogante brutalité. Retrouvez le chemin du dialogue serein, respectueux des droits de l’opposition mais surtout des citoyens, dont ne doivent jamais s’écarter les gouvernants.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, en l’expression de ma très haute considération.

Benoît Hamon

Fondateur de Génération-s

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